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Le Vatican Information Service (VIS) est un service d'information de la Salle-de-Presse du Saint-Siège. Il propose des informations sur le Magistère et l'activité pastorale du Saint-Père et de la Curie Romaine... []

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jeudi 24 septembre 2015

Accueil du Pape à la Maison Blanche


Cité du Vatican, 24 septembre (VIS). Deux cent mille personnes attendaient hier le Pape aux abords de la Maison Blanche, où il a été accueilli vers 9 h (15 h heure de Rome) par le Président des Etats-Unis d'Amérique. Puis il a prononcé son premier discours devant les 20.000 invités rassemblés dans les jardins. En voici le texte intégral:
"Je suis profondément reconnaissant pour votre accueil au nom de tous les Américains. Comme fils d’une famille d’immigrés, je suis heureux d’être un hôte en ce pays, qui a été en grande partie bâti par de semblables familles. J’attends avec impatience ces jours de rencontre et de dialogue, où j’espère écouter et partager nombre des espérances et des rêves du peuple américain. Durant ma visite, j’aurai l’honneur de m’adresser au Congrès, où j’espère, en tant que frère de ce pays, offrir des paroles d’encouragement à ceux qui sont appelés à guider l’avenir politique de cette nation dans la fidélité à ses principes fondateurs. Je me rendrai aussi à Philadelphie pour la huitième Rencontre mondiale des familles, afin de célébrer et de soutenir les institutions du mariage et de la famille en ce moment critique dans l’histoire de notre civilisation. Avec leurs concitoyens, les catholiques américains sont engagés dans la construction d’une société qui soit véritablement tolérante et inclusive, dans la sauvegarde des droits des individus et des communautés, et dans le rejet de toute forme d’injuste discrimination. Avec d’innombrables autres personnes de bonne volonté, ils nourrissent également le souci que les efforts pour bâtir une société juste et ordonnée avec sagesse respectent leurs plus profondes préoccupations et leur droit à la liberté religieuse. Cette liberté demeure l’un des plus précieux acquis de l’Amérique. Et, comme mes frères, les évêques des Etats-Unis, nous l’ont rappelé, tous sont appelés à être vigilants, précisément en tant que bons citoyens, pour préserver et défendre cette liberté de tout ce qui la menacerait ou la compromettrait".


"Monsieur le Président, je trouve encourageant que vous promouviez une initiative pour la réduction de la pollution de l’air. En acceptant cette urgence, à moi également il semble clair que le changement climatique est un problème qui ne peut plus être laissé à la future génération. En ce qui concerne la sauvegarde de notre maison commune, nous vivons un moment critique de l’histoire. Il est encore temps d’opérer les changements qui s’imposent en vue d’un développement durable et intégral, car nous savons que les choses peuvent changer. Un tel changement exige de notre part que, de manière sérieuse et responsable, nous prenions en considération, non seulement le genre de monde que nous pourrions léguer à nos enfants, mais aussi les millions de personnes vivant dans un système qui les a marginalisés. Notre maison commune fait partie de ce groupe d’exclus qui crient vers le ciel et qui aujourd’hui frappent avec force à la porte de nos maisons, de nos villes et de nos sociétés. Pour utiliser une expression imagée du Pasteur Martin Luther King, nous pouvons dire que nous avons manqué d’honorer un billet à ordre et le moment est arrivé de le faire. Nous savons par la foi que le Créateur ne nous abandonne pas, jamais il ne fait marche arrière dans son projet d’amour, il ne se repent pas de nous avoir créés. L’humanité possède encore la capacité de collaborer pour construire notre maison commune. En tant que chrétiens inspirés par cette certitude, nous voulons nous engager, de manière consciencieuse et responsable, pour la sauvegarde de notre maison commune. Les efforts réalisés récemment afin d’amender les relations rompues et afin d’ouvrir de nouvelles portes à la coopération au sein de la famille humaine sont des étapes positives sur le chemin de la réconciliation, de la justice et de la liberté. Je voudrais que tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté de cette grande nation soutiennent les efforts de la communauté internationale pour protéger les personnes vulnérables dans notre monde et pour encourager les modèles de développement intégral et inclusif, en sorte que nos frères et sœurs partout puissent connaître les bénédictions de paix et de prospérité que Dieu veut pour tous ses enfants Monsieur le Président, une fois encore, je vous remercie de votre accueil, et j’attends impatiemment ces jours à passer dans votre pays. Dieu bénisse l’Amérique!".

Le Pape s'adresse aux évêques des Etats-Unis


Cité du Vatican, 24 septembre (VIS). Hier après-midi en la cathédrale de Washington, le Saint-Père a prononcé un important discours programmatique devant les évêques américains. En voici la partie principale:

"Avant tout je rends grâce à Dieu pour le dynamisme évangélique qui a permis la croissance remarquable de l’Eglise dans ce pays, ainsi que la contribution généreuse, qu’elle a offerte et continue d’offrir, à la société des États-Unis et au monde. J’apprécie vivement votre générosité et votre solidarité envers le Siège apostolique tout comme pour l’évangélisation dans beaucoup de parties tourmentées du monde, et je vous en remercie avec émotion. Je me réjouis de l’engagement indéfectible de votre Église pour la cause de la vie et de la famille, motif principal de ma présente visite. Je suis avec attention l’effort considérable d’accueil et d’intégration des émigrés qui continuent de regarder l’Amérique de la même manière que les pèlerins qui y ont abordé à la recherche de ses ressources prometteuses de liberté et de prospérité. J’admire l’effort au prix duquel vous poursuivez la mission éducative dans vos écoles à tous les niveaux et l’œuvre de charité de vos nombreuses institutions. Ce sont des activités souvent conduites sans aucune aide publique... Je suis conscient du courage avec lequel vous avez fait face à des moments délicats...sans craindre les critiques et les humiliations. Vous n'avez pas eu peur des sacrifices nécessaires pour retrouver l’autorité et la confiance demandée aux ministres du Christ... Je sais combien est gravée en vous la blessure des dernières années et je vous ai accompagnés dans votre généreux engagement en faveur des victimes" d'abus sexuels et dans vos efforts "afin que de tels crimes ne se répètent plus jamais".
"Je vous parle comme Evêque de Rome, appelé par Dieu d’une autre terre américaine pour préserver l’unité de l’Eglise universelle et pour encourager dans la charité le parcours de toutes les Eglises particulières... Parmi vous, je ne me sens pas un étranger... Je connais bien le défi de semer l’Evangile dans le cœur d’hommes provenant de mondes différents, et qui souvent se sont endurcis au long de l’âpre chemin parcouru avant d’arriver. Elle ne m’est pas étrangère, l’histoire de l’effort pour implanter l’Eglise entre plaines, montagnes, villes et banlieues d’un territoire souvent inhospitalier, où les frontières sont toujours provisoires, où les réponses évidentes ne durent pas, et où la clé d’entrée demande de savoir conjuguer l’effort héroïque des pionniers explorateurs avec la sagesse prosaïque et la résistance des natifs... Dès l’aube de la nation américaine, quand, au lendemain de la révolution a été créé le premier diocèse à Baltimore, l’Eglise de Rome vous a toujours été proche et son assistance constante, tout comme son encouragement, ne vous a jamais fait défaut. Au cours des dernières décennies, trois de mes prédécesseurs vous ont rendu visite, vous remettant un important patrimoine d’enseignement toujours actuel, que vous avez mis à profit pour orienter vos programmes pastoraux... Je n’entends pas tracer un programme, ni définir une stratégie. Je ne suis pas venu pour vous juger, ni pour donner des leçons. J’ai pleinement confiance dans la voix de celui qui “enseigne tout. Permettez-moi seulement, avec la liberté de l’amour, de parler comme un frère parmi ses frères. Je n’ai pas à cœur de vous dire ce qu’il faut faire, parce que nous savons tous ce que nous demande le Seigneur. Je préfère plutôt revenir sur...les chemins à parcourir, sur les sentiments à nourrir lorsqu’on travaille, sur l’esprit dans lequel agir. Sans prétendre être exhaustif, je partage avec vous quelques réflexions que j’estime opportunes pour notre mission... Notre joie la plus grande est d’être pasteurs, rien d’autre que pasteurs, d’un cœur sans partage et dans un don de soi irréversible. Il faut garder cette joie sans permettre qu’on nous la vole... L’essence de notre identité doit se chercher dans la prière assidue, dans la prédication... Non pas une prière quelconque, mais l’union familière avec le Christ, où l’on croise chaque jour son regard pour entendre la question qui nous est adressée, Qui est ma mère, qui sont mes frères?... Non pas une prédication de doctrines complexes, mais l’annonce joyeuse du Christ, mort et ressuscité pour nous... Que la Parole donne sens et plénitude à toute partie de leurs vies, que les sacrements les nourrissent de cet aliment qu’ils ne peuvent se procurer, que la proximité du pasteur réveille en eux la nostalgie de l’étreinte du Père. Veillez à ce que les fidèles rencontrent toujours dans le cœur du pasteur cette réserve d’éternité qu’avec anxiété l’on cherche en vain dans les choses du monde. Qu’ils trouvent toujours sur vos lèvres l’appréciation pour leur capacité d’agir et de construire, dans la liberté et dans la justice, la prospérité dont est prodigue cette terre. Mais que ne fasse pas défaut le courage serein de confesser qu’il faut travailler non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle. Non pas se paître soi-même...ni rester enfermés dans l’autoréférentialité, mais regarder toujours vers les horizons de Dieu qui dépassent tout ce que nous sommes capables de prévoir ou de planifier. Veiller aussi à fuir la tentation du narcissisme, qui rend aveugle le pasteur, qui rend sa voix méconnaissable et ses gestes stériles".

"Il est certainement utile que l’évêque possède la clairvoyance du leader et l’habileté de l’administrateur, mais le danger reste...d'échanger le pouvoir de la force contre la force de l’impuissance, à travers laquelle Dieu nous a sauvés. L’Evêque doit avoir une perception lucide du combat entre la lumière et les ténèbres qui se livre dans ce monde. Malheur à nous si nous faisions de la croix un étendard de luttes mondaines, en ignorant que la condition de la victoire durable est de se laisser transpercer et vider de soi-même. Elle ne nous est pas étrangère, l’angoisse des premiers onze, enfermés dans leurs murs, agressés et effarés, habités par la peur des brebis dispersées parce que le pasteur a été frappé. Mais nous savons que nous a été donné un esprit de courage et non de timidité. Par conséquent, il n’est pas permis de nous laisser paralyser par la peur. Je sais que les défis auxquels vous êtes confrontés sont nombreux, que le champ dans lequel vous semez est souvent hostile, et que les tentations sont nombreuses de s’enfermer dans les murs de la peur à se lécher les blessures, se rappelant une époque qui ne reviendra pas et planifiant des réponses dures aux résistances qui sont d’ores et déjà âpres. Et cependant, nous sommes des partisans de la culture de la rencontre. Nous sommes des sacrements vivants de l’étreinte entre la richesse divine et notre pauvreté. Nous sommes des témoins de l’abaissement et de la condescendance de Dieu qui, dans l’amour, précède aussi notre première réponse. Le dialogue est notre méthode, non par stratégie habile, mais par fidélité à celui qui ne se fatigue jamais de passer et de repasser sur les places des hommes jusqu’à la onzième heure pour proposer son invitation d’amour. Le chemin, c’est donc le dialogue entre vous, dialogue dans vos presbytères, dialogue avec les laïcs, dialogue avec les familles, dialogue avec la société. Je ne me lasserai pas de vous encourager à dialoguer sans peur. Plus riche est le patrimoine, que vous avez à partager dans la vérité, que plus éloquente soit l’humilité avec laquelle vous l’offrez. N’ayez pas peur d’accomplir l’exode nécessaire à tout dialogue authentique. Autrement, il n’est pas possible de comprendre les raisons de l’autre, ni de comprendre en profondeur que le frère ...compte davantage que toutes les positions que nous jugeons éloignées des nôtres, même si celles-ci sont d’authentiques certitudes. Le langage aigre et belliqueux de la division ne convient pas aux lèvres d’un pasteur, il n’a pas droit de cité dans son cœur et, même s’il semble pour un moment assurer une apparente hégémonie, seul l’attrait durable de la bonté et de l’amour reste vraiment convainquant... Parfois la solitude de nos peines nous pèse, et nous prenons tellement sur nous le joug que nous ne nous souvenons plus de l’avoir reçu du Seigneur. Il semble seulement nôtre, et donc nous nous traînons comme des bœufs fatigués dans le champ aride, menacés par la sensation d’avoir travaillé en vain, oubliant la plénitude du repos indissociablement lié à celui qui nous en a fait la promesse... La grande mission que le Seigneur nous confie, nous l’exerçons en communion, de manière collégiale. Le monde est déjà tellement déchiré et divisé, le morcellement a désormais élu domicile partout. Par conséquent, l’Eglise, la tunique sans couture du Seigneur, ne peut se laisser déchirer, être mise en morceaux, ou devenir objet de querelles. Notre mission épiscopale est en premier de cimenter l’unité, dont le contenu est déterminé par la Parole de Dieu et par l’unique Pain du Ciel, par lesquels chacune des Eglises particulière...reste catholique, ouverte et en communion avec toutes les autres et avec celle de Rome qui préside à la charité. Il est impératif, par conséquent, de veiller à cette unité, de la garder, de la favoriser, d’en témoigner comme signe et instrument qui, au-delà de toute barrière, unit nations, races, classes, générations. Que l’Année Sainte de la Miséricorde toute proche, en nous introduisant dans la profondeur inépuisable du cœur divin, dans lequel il n’y a aucune division, soit pour tous une occasion privilégiée pour renforcer la communion, perfectionner l’unité, réconcilier les différences, se pardonner mutuellement et surmonter toute division... Un tel service à l’unité est particulièrement important pour votre pays, dont les vastes ressources matérielles et spirituelles, culturelles et politiques, historiques et humaines, scientifiques et technologiques imposent des responsabilités morales non négligeables dans un monde assourdi et qui peine à la recherche de nouveaux équilibres de paix, de prospérité et d’intégration. Offrir aux Etats-Unis d’Amérique l’humble et puissant levain de la communion est donc une part essentielle de votre mission. Que l’humanité le sache, le fait qu’elle est habitée par le sacrement d’unité est la garantie qu’elle n’est pas destinée à l’abandon ni à la désagrégation. Un tel témoignage est un phare qui ne peut s’éteindre... Par conséquent je vous encourage à affronter les questions de notre temps, qui constituent des défis. Au fond de chacune d’elles, il y a toujours la vie comme don et responsabilité. L’avenir de la liberté et de la dignité de nos sociétés dépend de la manière dont nous saurons répondre à de tels défis: La victime innocente de l’avortement, les enfants qui meurent de faim ou sous les bombes, les immigrés qui se noient à la recherche d’un lendemain, les personnes âgées ou les malades dont on voudrait se débarrasser, les victimes du terrorisme, des guerres, de la violence et du narcotrafic, l’environnement dévasté par une relation déprédatrice de l’homme avec la nature, en tout cela, est toujours en jeu le don de Dieu dont nous sommes les nobles administrateurs, mais non les maîtres. Il n’est donc pas permis de s’évader ni de se taire... Ces aspects de la mission de l’Eglise...nous ont été transmis par le Seigneur. Nous avons donc le devoir de les garder et de les communiquer, même lorsque l’esprit du temps rend imperméable et hostile à un tel message. Je vous encourage donc à offrir un tel témoignage à la société".

"A cette fin, il est très important que l’Eglise aux Etats-Unis soit aussi un foyer humble qui attire les hommes par la splendeur de la lumière et la chaleur de l’amour. Comme pasteurs, nous connaissons bien l’obscurité et le froid qu’il y a encore dans le monde, la solitude et l’abandon de beaucoup de personnes même là où abondent les moyens de communication et les richesses matérielles, mais aussi la peur de la vie, les désespoirs et les multiples évasions qui y sont liées. Seule une Eglise qui sait se rassembler autour du foyer demeure capable d’attirer. Certes, pas n’importe quel feu, mais celui qui s’est allumé le matin de Pâques. C’est le Seigneur ressuscité qui continue à interpeller les pasteurs de l’Église à travers la voix des pauvres... Avant de conclure ces réflexions, permettez-moi de vous faire encore deux recommandations qui me tiennent à cœur. La première se réfère à votre paternité épiscopale. Soyez des pasteurs proches de vos gens, des pasteurs proches et des serviteurs. Que cette proximité s’exprime de façon particulière envers vos prêtres. Accompagnez-les afin qu’ils continuent à servir le Christ d’un cœur sans partage, puisque seule la plénitude comble les ministres du Christ. Je vous en prie, donc, ne les laissez pas se contenter de demi-mesures. Prenez soin de leurs sources spirituelles afin qu’ils ne tombent pas dans la tentation des notaires et des bureaucrates, mais qu’ils soient l’expression de la maternité de l’Eglise qui engendre et fait grandir ses enfants. Veillez à ce qu’ils ne craignent pas de se lever en pleine nuit pour répondre à celui qui frappe à la porte... Entraînez-les pour qu’ils soient prêts à s’arrêter, à se pencher, à verser du baume, à prendre en charge et à se dévouer en faveur de celui qui, par hasard, s’est trouvé dépouillé de tout ce qu’il croyait posséder. Ma seconde recommandation se réfère aux immigrés. Je présente des excuses si de quelque façon, je défends presque ma propre cause. L’Eglise des Etats-Unis connaît comme peu d’autres les espérances des cœurs des pèlerins. Depuis toujours, vous avez appris leur langue, soutenu leur cause, intégré leurs contributions, défendu leurs droits, promu leur recherche de prospérité, conservé allumée la flamme de leur foi. Encore à présent, aucune institution américaine ne fait davantage pour les immigrés que vos communautés chrétiennes. Maintenant, vous avez cette longue vague d’immigration latine qui investit beaucoup de vos diocèses. Non seulement comme Evêque de Rome, mais aussi comme pasteur venu du Sud de l'Amérique, je sens le besoin de vous remercier et de vous encourager. Il ne sera peut-être pas facile pour vous de lire leur âme, peut-être serez-vous mis au défi par leur diversité. Sachez, toutefois, qu’ils possèdent aussi des ressources à partager. Accueillez-les donc sans peur. Offrez-leur la chaleur de l’amour du Christ et déchiffrez le mystère de leur cœur. Je suis certain que, encore une fois, ces gens enrichiront l’Amérique et son Église. Que Dieu vous bénisse et que la Vierge Marie vous garde!". 

Canonisation de Junípero Serra, évangélisateur de la Californie


Cité du Vatican, 24 septembre (VIS). Le Pape François s'est rendu hier soir au sanctuaire national de l'Immaculée pour célébrer la messe de canonisation de Junípero Serra (1713 - 1784), le franciscain espagnol, missionnaire au Mexique puis en Basse Californie à partir de 1760. Il fonda une vingtaine de missions, dont certaines furent à l'origine de villes, San Francisco, San Diego et Los Angeles. Fray Junípero a été béatifié par Jean-Paul II en 1988. Voici l'homélie du Saint-Père:

A la suite de Paul, nous comprenons que "quelque chose en nous, nous invite à la joie et à ne pas nous satisfaire de placébos qui simplement veulent nous apaiser. Ceci dit, nous vivons les tensions de la vie quotidienne, des situations qui semblent remettre en cause cette invitation... Nous risquons parfois de nous laisser aller à une résignation qui peut se transformer en accoutumance. Sa fatale conséquence est l’anesthésie du cœur... Jésus nous dit ce qu'il a dit aux disciples: Allez, annoncez! La joie de l’Evangile, on l’expérimente, on la connaît et on la vit uniquement en la donnant, en se donnant. L’esprit du monde nous invite au conformisme, au confort. Face à cela, il faut reprendre conscience que nous avons besoin les uns des autres, que nous avons une responsabilité vis-à-vis des autres et du monde. La responsabilité d’annoncer le message de Jésus. En effet, la source de notre joie naît de ce désir inépuisable d’offrir la miséricorde, fruit de l’expérience de l’infinie miséricorde du Père et de sa force communicative. Allez annoncer à tous en oignant et oindre en annonçant. C’est à cela que le Seigneur nous invite aujourd’hui, nous disant: La joie, le chrétien l’expérimente dans la mission. Il la trouve dans l'invitation d'aller et annoncer. La joie, le chrétien la renouvelle, l’actualise à travers l'appel de Jésus à évangéliser à toutes les nations... Jésus ne nous donne pas une liste sélective de ceux qui sont dignes ou pas de recevoir son message, sa présence. Au contraire, il a toujours embrassé la vie comme elle se présentait à lui. Avec un visage de douleur, de faim, de maladie, de péché. Avec un visage de blessures, de soif, de fatigue, de doutes et de pitié. Loin d’attendre une vie maquillée, décorée, parée, il l’a embrassée comme elle venait à sa rencontre. Même si c’était une vie qui souvent apparaissait défaite, souillée, détruite. A tous, Jésus a dit, allez et annoncez, allez et embrassez, en mon nom... La mission ne naît jamais d’un projet parfaitement élaboré ou d’un manuel très structuré et planifié. Elle naît toujours d’une vie qui s’est sentie recherchée et guérie, rencontrée et pardonnée. La mission naît de l’expérience toujours renouvelée de l’onction miséricordieuse de Dieu".

"Peuple saint de Dieu, l'Eglise sait parcourir les chemins poussiéreux de l’histoire parsemés de conflits, d’injustices et de violence, pour aller à la rencontre de ses fils et frères. Le saint peuple fidèle ne craint pas l’erreur mais l’enfermement, la cristallisation en élites, le fait de s’accrocher à des sécurités personnelles. Il sait que l’enfermement sous ses multiples formes est la cause de tant de résignations. Par conséquent, sortons, sortons pour offrir à tous la vie de Jésus-Christ. Le peuple de Dieu sait s’engager parce qu’il est disciple de Celui qui s’est agenouillé devant les siens pour leur laver les pieds. Aujourd’hui, nous sommes ici parce que beaucoup ont eu le courage de répondre à cet appel, parce que beaucoup ont cru que la vie grandit en se donnant et s’affaiblit dans l’isolement et le confort. Nous sommes des fils de l’audace missionnaire de nombreuses personnes qui ont préféré ne pas se renfermer dans les structures qui donnent une fausse protection dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles, alors que, dehors, il y a une multitude affamée. Nous sommes des débiteurs d’une tradition, d’une chaîne de témoins qui ont permis que la Bonne Nouvelle de l’Evangile continue d’être, de génération en génération, Nouvelle et Bonne".

"Et aujourd’hui, nous nous souvenons de l’un de ces missionnaires, qui a su témoigner sur ces terres de la joie de l’Evangile, Frère Junípero Serra. Il a su vivre ce qu’est l’Eglise en sortie, cette Eglise qui sait sortir et aller par les chemins, pour partager la tendresse réconciliatrice de Dieu. Il a su quitter sa terre, ses coutumes, il a eu le courage d’ouvrir des chemins, il a su aller à la rencontre de tant de personnes en apprenant à respecter leurs coutumes et leurs particularités. Il a appris à porter la vie de Dieu et à l’accompagner dans les visages de ceux qu’il rencontrait en faisant d’eux ses frères. Junípero a cherché à défendre la dignité de la communauté autochtone, en la protégeant de ceux qui avaient abusé d’elle. Des abus qui continuent aujourd’hui de susciter en nous un dégoût, notamment en raison de la douleur qu’ils causent dans la vie de nombreuses personnes. Il s’est donné une devise qui a guidé ses pas et modelé sa vie: Toujours de l’avant! Ce fut sa manière de vivre la joie de l’Evangile, pour que son cœur ne s’anesthésie pas. Il est allé toujours de l’avant, parce que le Seigneur attend, parce que le frère attend . Toujours de l’avant à cause de tout ce qu’il lui restait à vivre... Comme lui hier, aujourd’hui nous pouvons dire: Toujours de l’avant!".


Autres actes pontificaux


Cité du Vatican, 24 septembre (VIS). Le Saint-Père a:

Accepté la renonciation de Mgr.Calogero La Piana, SDB, à la charge pastorale du diocèse métropolitain de Messina - Lipari - Santa Lucia del Mela (Italie), présentée en conformité au canon 401,2 du CIC.

Accepté la renonciation de Mgr.Giacomo Lanzetti, à la charge pastorale du diocèse d'Alba (Italie), présentée en conformité au canon 401,2 du CIC.

Accepté la renonciation pour limite d'âge de Mgr.Ricardo Oscar Faifer, à la charge pastorale du diocèse de Goya (Argentine). Lui succède son Coadjuteur, Mgr.Adolfo Ramón Canecin.

Nommé Mgr.Luis Gerardo Cabrera Herrera, OFM, Archevêque de Guayaquil (superficie 14.637, population 3.324.319, catholiques 2.825.672, prêtres 338, diacres 18, religieux 502), en Equateur. Jusqu'ici Archevêque de Cuenca (Equateur), il succède à Mgr.Antonio Arregui Yarza, dont la renonciation a été acceptée pour limite d'âge.


mercredi 23 septembre 2015

Dernière messe en terre cubaine au sanctuaire del Cobre


Cité du Vatican, 23 septembre (VIS). L'avant-dernier rendez-vous du Saint-Père à Cuba, a été la célébration hier d'une messe au sanctuaire mariale del Cobre. A l'homélie, centrée sur la lecture évangélique, il a évoqué "la présence de Dieu dans notre vie, une présence qui...nous pousse à nous mettre en mouvement. Quand Dieu nous visite, il nous fait toujours sortir de chez nous. Visités pour visiter, rencontrés pour rencontrer, aimés pour aimer". Et d'évoquer la Visitation: "Là, nous voyons Marie, la première disciple, une jeune fille...visitée par le Seigneur qui lui annonça qu’elle serait la mère du Sauveur. Loin de s’enorgueillir et de penser qu'on" viendrait la servir, "elle sort de chez elle et va servir. Elle va aider sa cousine Elisabeth. La joie qui jaillit de savoir que Dieu est avec nous, avec notre peuple, réveille le cœur, nous met en mouvement, nous fait aller dehors, nous conduit à partager la joie reçue comme service, comme don dans toutes ces situations embarrassantes que nos voisins ou parents peuvent être en train de vivre. L’Evangile nous dit que Marie est partie avec empressement, d’un pas lent mais constant, des pas qui savent où ils vont, des pas qui ne courent pas pour arriver rapidement, ou bien vont trop lentement comme pour ne jamais arriver. Ni agitée ni endormie, Marie va avec empressement, afin d’accompagner sa cousine enceinte dans sa vieillesse. Marie, la première disciple, visitée, est sortie pour visiter. Et depuis ce premier jour, cela a toujours été sa caractéristique particulière. Elle a été la femme qui a visité tant d’hommes et de femmes, d’enfants et de personnes âgées, de jeunes. Elle a su visiter et accompagner la gestation dramatique de beaucoup de nos peuples. Elle a protégé la lutte de tous les peuples qui ont souffert pour défendre les droits de leurs fils. Et aujourd’hui encore, elle continue de nous apporter la Parole de Vie qu'est son Fils notre Seigneur".


"Ce pays a été aussi visité par sa maternelle présence. La patrie cubaine est née et a grandi dans la chaleur de la dévotion à la Vierge de la Charité. Elle a donné une forme propre et spéciale à l’âme cubaine, écrivaient les évêques de ce pays, en suscitant les meilleurs idéaux d’amour de Dieu, de la famille et de la Patrie dans le cœur des cubains. Vos compatriotes l’ont également exprimé, il y a cent ans, lorsqu’ils demandaient à Benoît XV de déclarer la Vierge de la Charité Patronne de Cuba... Dans ce sanctuaire, qui garde la mémoire du saint peuple fidèle de Dieu en marche à Cuba, Marie est vénérée comme Mère de la Charité. D’ici, elle protège nos racines, notre identité pour que nous ne nous perdions pas sur les chemins du désespoir. L’âme du peuple cubain, comme nous venons d’entendre, a été forgée dans les douleurs et les privations qui n’ont pas réussi à éteindre la foi, cette foi qui s’est maintenue vivante grâce à tant de grand-mères qui ont continué à rendre possible, au quotidien dans leur foyer, la présence vivante de Dieu, la présence du Père qui libère, fortifie, guérit, donne du courage, et qui est un refuge sûr comme signe de nouvelle résurrection. Des grand-mères, des mères, et tant d’autres qui, avec tendresse et affection, ont été des signes de visitation, de courage, de foi pour leurs petits-fils, dans leurs familles. Elles ont maintenu ouverte une fente petite comme un grain de sénevé à travers laquelle l’Esprit continuait d’accompagner les palpitations de la vie de ce peuple. Et chaque fois que nous regardons Marie nous voulons croire en la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection. Génération après génération, jour après jour, nous sommes invités à renouveler notre foi. Nous sommes invités à vivre la révolution de la tendresse, comme Marie, Mère de la Charité. Nous sommes invités à sortir de nous mêmes, à avoir les yeux ouverts sur les autres. Notre révolution passe par la tendresse, par la joie qui se fait toujours proximité, qui se fait toujours compassion et nous conduit à nous impliquer, pour servir, dans la vie des autres. Notre foi nous fait sortir de chez nous pour aller à la rencontre des autres afin de partager joies et allégresses, espérances et frustrations. Notre foi nous fait sortir de la maison pour visiter le malade, le détenu, celui qui pleure et celui qui sait aussi rire avec celui qui rit, se réjouir des joies des voisins. Comme Marie, nous voulons être une Eglise qui sert, qui sort de chez elle, qui sort de ses temples, de ses sacristies, pour accompagner la vie, soutenir l’espérance, être signe d’unité. Comme Marie, Mère de la Charité, nous voulons être une Eglise qui sorte de la maison pour établir des ponts, abattre les murs, semer la réconciliation. Comme Marie, nous voulons être une Eglise qui sache accompagner toutes les situations embarrassantes de nos semblables, engagés dans la vie, la culture, la société, pas en nous retirant mais en cheminant avec nos frères. Voilà notre cuivre le plus précieux, voilà notre plus grande richesse et le meilleur héritage que nous puissions laisser: Comme Marie, apprendre à sortir de chez nous pour prendre les sentiers de la visitation. Et apprendre à prier avec Marie parce que sa prière se souvient, est reconnaissante. C’est le cantique du peuple de Dieu qui chemine dans l’histoire. C’est la mémoire vivante que Dieu est au milieu de nous. C’est la mémoire perpétuelle du fait que Dieu a regardé l’humilité de son peuple, qu’il est venu en aide à son serviteur comme il l’avait promis à nos pères et à leur descendance".

Rencontre avec les familles à Santiago de Cuba


Cité du Vatican, 23 septembre (VIS). Le Saint-Père a quitté le sanctuaire del Cobre pour regagner Santiago où, dans laquelle il a rencontré une délégation de familles cubaines. Voici les passages majeurs de son discours: "Nous sommes en famille et grâce à vous les familles cubaines, je me sens chaque jour en famille... Cette rencontre avec vous est comme la cerise sur le gâteau de mon séjour". Après avoir remercié un couple ayant "eu le courage de partager avec nous leurs aspirations et leurs efforts pour faire de leur foyer une Eglise domestique", le Pape est revenu sur les noces de Cana, une épisode de la vie de Jésus qui correspond à la fête d’une famille: "Le mariage est un des moments majeurs dans la vie de beaucoup de personnes... Jésus commence donc sa vie publique à la faveur d’un mariage. Il s’insère dans cette histoire de semences et de récoltes, de rêves et de recherches, d’efforts et d’engagements, de travaux ardus qui ont labouré la terre pour que celle-ci donne son fruit. Jésus commence sa vie dans une famille, dans un foyer. Et il est au cœur de nos foyers où constamment il continue de s’insérer, d’être partie prenante... Pour lui, manger avec des gens divers et visiter des maisons a été un mode privilégié pour faire connaître le projet de Dieu... Il n’était pas sélectif, et peu lui importe si ses hôtes sont publicains ou pécheurs, comme Zachée. Non seulement il agissait ainsi, mais en envoyant ses disciples annoncer la bonne nouvelle du Royaume, il leur disait de rester dans la maison qui les accueillait, de manger et boire tout ce qu’on leur servait. Mariages, visite dans des familles, dîners, ces moments avaient certainement quelque chose de spécial dans la vie des personnes pour que Jésus les choisisse... Beaucoup de familles n'ont que le dîner pour se retrouver..., le soir, après le travail, et lorsque les enfants ont terminé leurs devoirs. C’était un moment spécial de la vie familiale". A la maison "nous sommes ce que nous sommes et, d’une manière ou d’une autre, nous sommes invités à chercher le meilleur pour les autres. C’est pourquoi la communauté chrétienne définit la famille une Eglise domestique. Dans la chaleur du foyer, la foi imprègne chaque coin, illumine chaque espace, construit la communauté. Car en ces moments, c’est comme si les personnes apprenaient à découvrir l’amour concret et agissant de Dieu. Dans beaucoup de cultures, aujourd’hui, ces espaces disparaissent progressivement... Or sans famille, sans la chaleur du foyer, la vie devient vide. Les réseaux, qui nous soutiennent dans l’adversité, nous alimentent dans la vie quotidienne et motivent la lutte pour la prospérité, commencent à manquer. La famille nous sauve de...la fragmentation comme de la massification. Dans les deux cas, les personnes deviennent des individus isolés, faciles à manipuler et à gouverner. Des sociétés divisées, cassées, séparées ou très affectées par le phénomène de masse sont une conséquence de la rupture des liens familiaux, lorsque se perdent les relations qui nous constituent comme personnes, qui nous enseignent à être des personnes. La famille est école d’humanité, qui enseigne à avoir à cœur les besoins des autres, à être attentif à la vie des autres. Malgré tant de difficultés...les familles ne sont pas un problème, elles sont d’abord une chance, une opportunité que nous devons préserver, protéger, accompagner".


"L’on discute beaucoup sur l’avenir, sur le monde que nous voulons léguer aux nouvelles générations et sur la société que nous voulons pour nos enfants... Laissons un monde avec des familles. Certes, il n’existe pas de famille parfaite, il n’existe pas d’époux parfaits, de parents parfaits ni d’enfants parfaits, mais cela n’empêche pas que c'est la réponse pour demain. Dieu nous incite à l’amour et l’amour engage toujours la personne qui aime. Par conséquent, prenons soin de nos familles, véritables écoles de demain. Prenons soin de nos familles, véritables espaces de liberté. Prenons soin de nos familles, véritables centres d’humanité. Je ne saurais terminer sans faire mention de l’Eucharistie. Vous avez dû vous rendre compte que Jésus veut utiliser comme lieu de son mémorial, un repas. Il choisit comme espace de sa présence parmi nous un moment concret de la vie familiale. Un moment vécu et que tous peuvent comprendre, le dîner. L’Eucharistie est le repas de la famille de Jésus, qui par toute la terre se réunit pour écouter sa Parole et se nourrir de son Corps. Jésus est le Pain de Vie de nos familles... Dans quelques jours, je participerai avec les familles du monde entier à la Rencontre Mondiale des Familles et, dans moins d’un mois, au Synode des Evêques, qui a comme thème la Famille. Je vous invite à prier spécialement à ces deux intentions, pour que nous sachions tous nous aider à prendre soin de la famille, pour que nous sachions continuer à découvrir l’Emmanuel, le Dieu qui vit au milieu de son Peuple en faisant des familles son foyer". Remerciant les cubains de leur accueil chaleureux, le Saint-Père a enfin insisté sur la place et l'importance des grands parents au sein des familles.

Le Pape répond aux journalistes qui l'accompagnent


Cité du Vatican, 23 septembre (VIS). Durant le vol entre Santiago de Cuba et Washington, le Saint-Père a comme de coutume conversé avec les journalistes qui l'accompagnent. Voici les réponses à certaines d'entre-elles:

Quel sera votre position devant le Congrès à propos du blocus?

"Cette question fait partie de la négociation et les deux chefs d'Etat en ont parlé. Je suis l'amélioration des bonnes relations entre les deux pays en espérant que la négociation parvienne à un accord satisfaisant pour les deux parties. Mes prédécesseurs se sont plusieurs fois exprimés sur la question embargo, et pas uniquement dans le cas cubain. Je m'en remets à la doctrine sociale de l'Eglise, qui est précise et juste. Devant le Congrès des Etats-Unis j'en référerai au principe du respect qui doit s'appliquer à tous les accords bilatéraux ou multilatéraux, et pas spécifiquement à cette matière. Le respect est un élément de progrès dans la coexistence des peuples. Je suis presque certain que je n'évoquerai pas la question du blocus".

-Une cinquantaine de dissidents, qui demandaient à vous rencontrer, auraient été arrêtés devant la nonciature. Deviez-vous les rencontrer ?

"Ne ne suis pas au courant de ceci... Certes, j'aimerais pouvoir rencontrer tout le monde, car chaque personne est enfant de Dieu et chaque contact est enrichissant. Concrètement, je puis dire qu'aucune rencontre n'était prévue avec des dissidents...ou d'autres groupes privés. La nonciature avait répondu à des appels téléphoniques en disant que si quelques personnes voulaient me saluer en privé, elles pouvaient se rendre à la cathédrale lors de la rencontre avec le clergé. Mais aucun de ceux que j'y ai salué ne s'est présenté comme dissident".

-A propos de votre rencontre avec Fidel Castro, auriez-vous senti qu'il se repentait d'avoir fait souffrir l'Eglise de Cuba?

"Ce sentiment est intime et il relève de la conscience. Avec Fidel Castro nous avons parlé de jésuites que nous avons connus. Je lui ai offert le livre d'un jésuite de ses amis...et nous avons également parlé de l'encyclique car il s'intéresse beaucoup à l'écologie. Ce n'est pas un sujet du passé, et la situation de la planète le préoccupe".

-Certains parlent de vous comme d'un pape communiste parce que vous dénoncez les injustices causées par le système économique. Aux Etats-Unis certains se demandent si vous êtes catholique!

"Je ne dis rien qui ne soit dans la doctrine sociale de l'Eglise. Une fois précédente, un de vos collègues m'a demandé à propos de mon discours aux mouvements populaires si l'Eglise me suivait. Je lui ai répondu que c'est moi qui suit l'Eglise... On peut me suspecter parfois d'être un peu de gauche, mais c'est erroné parce que ma doctrine est de critiquer les effets de l'impérialisme économique. La Laudato Si' appartient à la doctrine sociale de l'Eglise. Si vous voulez que je vous récite le Credo, je suis prêt à le faire!".

-Lors de votre voyage en Amérique latine vous avez durement critiqué le libéralisme capitaliste. Et à Cuba le système communiste!

"La encore, je m'en suis tenu à la doctrine sociale de l'Eglise. Ce qu'il fait corriger, il faut le dire haut et clair. Sur la capitalisme sauvage, tout était dit précisément dans la Evangelii Gaudium... A Cuba je suis venu dialoguer avec les catholiques, les chrétiens et avec tant d'autres personnes de bonne volonté... J'ai développé un discours d'espérance pour encourager le dialogue et gommer ce qui nous divise. Ce langage pastoral complète le caractère technique de l'encyclique".

-L'Eglise va-t-elle jouer un rôle dans l'ouverture de Cuba aux libertés, après celui joué par le Saint-Siège dans le rétablissement des relations entre La Havane et Washington?

"L'Eglise cubaine a réalisé une liste des détenus à libérer...et 3.500 ont été libérés, tandis que d'autres cas sont restés à l'étude et la Conférence épiscopale continue de travailler sur le dossier... Certains affirment qu'il faudrait abolir la perpétuité, que j'ai définie comme une condamnation à mort voilée. Je l'ai dit dans un discours adressé à des juristes... Faudrait-il accorder une amnistie chaque année ou chaque deux? A cette perspective, l'Eglise réfléchit... Je ne sait pas sir les 3.500 prisonniers dont on parle relèvent de la liste élaborée par l'Eglise, ni pour combien de personnes elle a fait une démarche formelle".

-Trois visites papales en moins de vingt ans signifient-elles que Cuba serait particulièrement malade?


"Non... Jean-Paul a effectué une visite historique, comme il a visité d'autres pays qui avaient été très durs avec l'Eglise... Benoît XVI a suivi cette voie...et moi je suis allé à Cuba par un certain concours de circonstance. Je serais allé aux Etats-Unis à l'occasion d'un voyage envisagé au Mexique, à Mexico pour aller vénérer la Guadalupe et à Ciudad Juárez, sur la frontière américaine.... Lorsque le 17 décembre dernier il a été question dans la presse des tractations menées depuis près d'un ans entre Cuba et les Etats-Unis, j'ai pensé qu'il serait bon de proposer d'aller aux Etats-Unis comme prévu en passant par Cuba".  

Arrivée aux Etats-Unis


Cité du Vatican, 23 septembre (VIS). L'avion papal a atterri hier à 15 h 50' (21 h 50' heure de Rome) sur la base militaire d'Andrews à Washington. Ainsi a débuté la seconde partie du voyage du Pape François, accueilli par le Président Obama, le Vice Président Biden (catholique) et leurs familles, les autorités civiles et ecclésiastiques locales. Après un premier bref entretien en privé dans les salons de l'aérodrome, le Pape et son entourage ont gagné par la route le centre ville et la nonciature apostolique. Ce matin à partir de 9 h 15' (15 h 15' heure de Rome), se déroulera à la Maison Blanche la cérémonie officielle de bienvenue, au cours de laquelle le Saint-Père prononcera son premier discours. Après un nouvel entretien avec le Président des Etats-Unis, il se rendra en la cathédrale de Washington pour rencontrer l'épiscopat. Plus tard, il célébrera la messe de canonisation de Junipero Serra et conclura cette première journée américaine par une visite au séminaire Jean-Paul II.

Autres actes pontificaux


Cité du Vatican, 23 septembre (VIS). Le Saint-Père a accepté pour limite d'âge la renonciation de Mgr.Alessio Saccardo, SJ, à la charge pastorale du diocèse de Ponta de Pedras (Brésil). Lui succède son Coadjuteur, Mgr. Teodoro Mendes Tavares, CSSP.


mardi 22 septembre 2015

Rencontre avec les jeunes, espérance de Cuba


Cité du Vatican, 22 septembre 2015 (VIS). Hier après la récitation des vêpres, le Pape s'est rendu au centre d'études Père Félix Varela, adjacent à la cathédrale, pour y rencontrer les jeunes de Cuba. Le centre est consacré au Serviteur de Dieu Félix Varela (1788 – 1853), considéré comme le maître des maîtres cubains. Ce prêtre, dont la cause de béatification est en cours, après avoir enseigné dix ans au Collège du Séminaire St.Charles, contribuant au progrès des sciences et des lettres sur l'île, fut élu en 1821 représentant de Cuba dans les cours espagnoles, où il réclama la liberté pour les esclaves nègres. En 1823, après la restauration absolutiste de Fernand VII, il part aux Etats-Unis où il proclame le droit de Cuba à l'indépendance et pendant trente ans exerce son ministère pastoral, fondant des écoles, construisant des églises et évangélisant les marginaux. Le centre qui lui est dédié est un institut laic, en fonction depuis 2011, que coordonne le Conseil pontifical de la culture. Il comprend un centre d'études ecclésiastiques, où sont aussi donnés des cours de philosophie, psychologie et un master dénommé Cuba-Entreprend dont la finalité est d'aider les initiatives entrepreneuriales privées qui tendent au changement de la politique économique du pays. Ce centre est aussi le siège de concerts, conférences, etc et patronne le Festival du cinéma latino-américain. Le Pape a dit sa joie d'être avec les jeunes dans ce centre si important dans l'histoire de Cuba, et après avoir reçu les salutations de quelques jeunes, il leur a remis le discours qu'il leur avait préparé:

"Quand je vous vois, la première chose qui me vient à l’esprit et au cœur, c’est le mot espérance. Je ne peux pas concevoir un jeune qui ne bouge pas, qui est paralysé, qui n’a pas de rêves ni d’idéaux, qui n’aspire pas à quelque chose de plus. Mais, quelle est l’espérance d’un jeune cubain à cette époque de l’histoire? Ni plus ni moins que l’espérance d’un jeune de n’importe quelle autre partie du monde. Car l’espérance nous parle d’une réalité qui est enracinée au plus profond de l’être humain, indépendamment des circonstances concrètes et des conditionnements historiques dans lesquels il vit. Elle nous parle d’une soif, d’une aspiration, d’un désir de plénitude, de vie réussie, d’une volonté de toucher ce qui est grand, ce qui remplit le cœur et élève l’esprit vers les grandes choses, comme la vérité, la bonté et la beauté, la justice et l’amour. Toutefois, cela comporte un risque. Cela demande d’être disposé à ne pas se laisser séduire par ce qui est passager et caduc, par de fausses promesses de bonheur vide, de plaisir immédiat et égoïste, d’une vie médiocre, centrée sur soi-même, et qui laisse derrière soi uniquement tristesse et amertume dans le cœur. Non, l’espérance est audace, elle sait regarder au-delà du confort personnel, des petites sécurités et des compensations qui rétrécissent l’horizon, pour s’ouvrir à de grands idéaux qui rendent la vie plus belle et plus digne. Je demanderais à chacun d’entre vous: qu’est-ce qui donne de l’élan à ta vie? Qu’il y a-t-il dans ton cœur, en quoi consistent tes aspirations? Es-tu disposé à toujours prendre des risques pour quelque chose de plus grand? Peut-être me diriez-vous: Oui, Père, l’attrait de ces idéaux est grand. Je sens leur appel, leur beauté, la splendeur de leur lumière dans mon âme. Mais, en même temps, la réalité de ma faiblesse et de mes forces limitées est trop forte pour que je me décide à parcourir le chemin de l’espérance. L’objectif est très haut et mes forces sont limitées. Mieux vaut me contenter de peu, de choses peut-être moins grandes mais plus réalistes, plus à la portée de mes possibilités’. Je comprends cette réaction, il est normal de sentir le poids de ce qui est ardu et difficile, toutefois, attention à ne pas tomber dans la tentation de la désillusion, qui paralyse l’intelligence et la volonté, et à ne pas nous laisser gagner par la résignation, qui est un pessimisme radical face à toute possibilité d’atteindre ce dont on a rêvé. Ces attitudes, en fin de compte, finissent ou bien en une fuite de la réalité vers des paradis artificiels ou bien dans l’enfermement dans l’égoïsme personnel, dans une espèce de cynisme, qui ne veut pas écouter le cri de la justice, de la vérité et de l’humanité qui se lève autour de nous et en nous".

"Mais que faire? Comment trouver des chemins d’espérance dans la situation dans laquelle nous vivons? Que faire pour que ces rêves de plénitude, de vie authentique, de justice et de vérité soient une réalité dans notre vie personnelle, dans notre pays et dans le monde? Je pense qu’il y a trois idées qui peuvent être utiles pour maintenir vivante l’espérance. L’espérance, un chemin fait de mémoire et de discernement. L’espérance est la vertu de celui qui est en chemin et se dirige vers une destination. Elle n’est pas, par conséquent, le simple fait de marcher pour le plaisir de marcher, mais a plutôt une finalité, un but, qui donne sens et illumine le sentier. En même temps, l’espérance s’alimente de la mémoire, elle embrasse de son regard non seulement l’avenir mais aussi le passé et le présent. Pour marcher dans la vie, en plus de savoir où nous voulons aller, il est important de savoir aussi qui nous sommes et d’où nous venons. Une personne ou un peuple qui n’a pas de mémoire et efface son passé court le risque de perdre son identité et de ruiner son avenir. On a besoin, par conséquent, de la mémoire de ce que nous sommes, de ce qui constitue notre patrimoine spirituel et moral. Je crois que c’est cela l’expérience et l’enseignement de ce grand Cubain que fut le Père Félix Varela. Et on a besoin aussi du discernement, parce qu’il est essentiel de s’ouvrir à la réalité et de savoir la lire sans peurs ni préjugés. Les lectures partielles et idéologiques ne servent à rien, elles déforment la réalité pour la faire entrer dans nos petits schémas préconçus, en provoquant toujours désillusion et désespoir. Discernement et mémoire, parce que le discernement n’est pas aveugle, mais se réalise sur la base de solides critères éthiques, moraux, qui aident à discerner ce qui est bon et juste".

"L’espérance, un chemin d’accompagnement. Un proverbe africain dit: ‘Si tu veux aller vite, sois seul; si tu veux aller loin, sois accompagné’. L’isolement ou l’enfermement sur soi-même ne génèrent jamais l’espérance. Au contraire, la proximité et la rencontre avec l’autre, oui. Seuls, nous n’arrivons nulle part. Avec l’exclusion, on ne construit non plus un avenir pour personne, même pas pour soi-même. Un chemin d’espérance requiert une culture de la rencontre, du dialogue, qui surmonte les oppositions et l’affrontement stérile. Pour cela, il est fondamental de prendre en compte les différences dans la manière de penser, non comme un risque, mais comme une richesse et un facteur de croissance. Le monde a besoin de cette culture de la rencontre, il a besoin de jeunes qui veulent se connaître, qui veulent s’aimer, qui veulent cheminer ensemble et construire un pays comme en rêvait José Martí: Avec tous et pour le bien de tous.


L’espérance, un chemin solidaire. La culture de la rencontre doit conduire naturellement à une culture de la solidarité. J’apprécie beaucoup ce qu’a dit Leonardo au début lorsqu’il a parlé de la solidarité comme force qui aide à surmonter tout obstacle. Effectivement, s’il n’y a pas de solidarité, il n’y a d’avenir pour aucun pays. Au-dessus de toute considération ou intérêt, doit se trouver la préoccupation concrète et réelle pour l’être humain, qui peut être mon ami, mon compagnon ou bien aussi quelqu’un qui pense différemment, qui a ses idées, mais qui est autant être humain, autant cubain que moi-même. La simple tolérance ne suffit pas, il faut aller au-delà et passer d’une attitude craintive et défensive à une attitude d’accueil, de collaboration, de service concret et d’aide efficace. N’ayez pas peur de la solidarité, du service, de donner la main à l’autre pour que personne ne soit laissé de côté en chemin. Ce chemin de la vie est illuminé par une espérance plus élevée: celle qui nous vient de la foi en Christ. Il s’est fait notre compagnon de route, et non seulement il nous encourage mais aussi il nous accompagne, il est à nos côtés et nous tend sa main d’ami. Lui, le Fils de Dieu, a voulu se faire l’un de nous, pour parcourir aussi notre chemin. La foi en sa présence, son amour et son amitié allument et illuminent toutes nos espérances et aspirations. Avec lui, nous apprenons à discerner la réalité, à vivre la rencontre, à servir les autres et à marcher dans la solidarité. Chers jeunes cubains, si dieu lui-même est entré dans notre histoire et s'est fait homme en Jésus, s'il a pris sur lui notre faiblesse et notre péché, n'ayons pas peur de l'espérance, n'ayons pas peur de l'avenir, parce que Dieu compte sur nous, croit en nous, espère en nous. Chers amis, merci pour cette rencontre. Que l'espérance dans le Christ, votre ami, vous guide toujours dans votre vie. Et, s'il vous plaît, n'oubliez pas de prier pour moi. Que le Seigneur vous bénisse".

Messe du Pape à Holguin


Cité du Vatican, 22 septembre 2015 (VIS). Ayant quitté La Havane, le Saint-Père s'est rendu par avion à Holguín, la troisième ville de Cuba, une ville universitaire de 1,5 million d'habitants. De l'aéroport, il a gagné le centre en papamobile pour célébrer une grand messe sur la place dédiée à Calixto García Iñiguez de Holguin, un patriote du XIX siècle. A l'homélie, rappelant que c'est la fête de l’apôtre et évangéliste Matthieu, le Pape François a dit que la communauté ecclésiale célèbre l’histoire d’une conversion.

Matthieu a lui même raconté la rencontre qui a marqué sa vie: Un jour, "alors qu’il était assis à sa table de percepteur, Jésus s’approcha et lui dit Suis-moi. Il se leva et le suivit. Jésus le regarda. Quelle force d’amour a eu le regard de Jésus pour faire bouger Matthieu?... Matthieu était un publicain, c'est-à-dire qu’il percevait les impôts des Juifs pour les donner aux Romains. Les publicains étaient mal vus et même considérés comme des pécheurs, si bien qu’ils vivaient marginalisés, méprisés par les autres. On ne pouvait pas manger avec eux, ni parler, ni prier. Pour le peuple ils étaient des traîtres qui ils tiraient profit" de la situation. Pourtant, Jésus s’est arrêté, il n’est pas rapidement passé au large... Il l’a regardé avec des yeux de miséricorde, comme personne ne l’avait fait auparavant. Et ce regard a ouvert son cœur, l’a rendu libre, l’a guéri, lui a donné l’espérance, une vie nouvelle... Bien que nous n’osions pas lever les yeux vers le Seigneur, lui nous regarde" et chacun de nous peut dire Moi aussi je suis un pécheur sur qui Jésus a posé son regard. Je vous invite à" méditer, avec gratitude et joie, sur le moment où le regard miséricordieux de Dieu s’est posé sur votre vie. L'amour du Seigneur "nous précède, son regard devance nos besoins. Il sait voir au-delà des apparences, au delà du péché, de l’échec ou de l’indignité. Il sait voir au-delà de la catégorie sociale à laquelle nous appartenons. Il voit au-delà cette dignité de fils, parfois salie par le péché" car il est précisément "venu chercher tous ceux qui se sentent indignes de Dieu. Laissons-nous regarder par Jésus..., laissons son regard nous rendre la joie et l’espérance".
Après l'appel de Jésus, Matthieu ne fut plus le même. Il avait changé intérieurement, transformé...par son amour miséricordieux". Ayant abandonné le monde de l’argent et son exclusion, il dut "se lever pour donner, pour offrir, pour s’offrir aux autres. Jésus l’a regardé et Matthieu a trouvé la joie de servir. Pour Matthieu et pour tous ceux qui ont senti le regard de Jésus, les concitoyens ne sont pas ceux...dont on use et abuse. Le regard de Jésus génère une activité missionnaire, de service, de don. Son amour soigne nos myopies et nous stimule à regarder au-delà, à ne pas nous arrêter aux apparences ou au politiquement correct. Jésus va de l’avant, il nous précède, il ouvre le chemin et nous invite à le suivre. Il nous invite à surmonter progressivement nos préjugés, nos résistances au changement des autres, voire de nous-mêmes. Il nous défie jour après jour par la question: Crois-tu? Crois-tu qu’il est possible qu’un percepteur d’impôts devienne serviteur? Crois-tu qu’il est possible qu’un traître devienne un ami? Crois-tu qu’il est possible que le fils d’un charpentier soit le Fils de Dieu? Son regard transforme nos regards, son cœur transforme notre cœur. Dieu est un père qui cherche le salut de tous ses enfants. Laissons-nous donc regarder par le Seigneur dans la prière, dans l’Eucharistie, dans la confession, dans nos frères surtout ceux qui se sentent abandonnés, les plus esseulés."
"Je sais au prix de quels efforts et au prix de quels sacrifices l’Eglise de Cuba oeuvre pour porter à tous...la parole et la présence du Christ. Et je salue de manière spéciale, les maisons de mission qui, face au manque de lieux de culte et de prêtres, permettent à de nombreuses personnes d’avoir un espace de prière, d’écoute de la Parole, de catéchèse et de vie communautaire. Ce sont des petits signes de la présence de Dieu dans vos quartiers et une aide quotidienne" pour rendre vivante votre vocation dans d’humilité, la douceur et la patience. Tournons nous maintenant vers la Vierge de la Charité del Cobre. "Je lui demande de maintenir sur tous et sur chacun des enfants de Cuba son regard maternel. Que ce regard miséricordieux soit toujours posé sur vos familles et les personnes qui se sentent exclues".

Avant de quitter Holguín, le Pape s'est rendu sur la colline panoramique appelée Loma de la Cruz, au sommet de laquelle se dresse une grande croix érigée en 1790. Depuis ce lieu de pèlerinage, il a béni la ville et récité une prière pour que tous ceux qui souffrent, mais aussi les familles, les enfants et les jeunes qui vivent à l'ombre de cette croix monumentale soient consolés et se sentent invités à suivre Jésus, la voie unique qui conduit au Père.


Devant la Vierge del Cobre, Patronne de Cuba


Cité du Vatican, 22 septembre (VIS). Le Saint-Père a quitté Holguín en milieu d'après-midi (vers 22 h hier, heure de Rome) pour gagner Santiago de Cuba, la seconde ville du pays. Fondée en 1514 et capitale de l'île jusqu'en 1617, elle a été inscrite par l'UNESCO au patrimoine mondial pour ses monuments. Son premier rendez-vous s'est déroulé au séminaire diocésain, où il a rencontré à huis clos l'épiscopat de Cuba. Après quoi, il s'est rendu au sanctuaire de la Vierge de la Charité del Cobre, lieu de pèlerinage principal du pays, déjà visité par Jean-Paul II et Benoît XVI. Accompagné par les évêques cubains, le Pape François s'est aussitôt recueilli devant l'image de la Vierge découverte en 1606, autour de laquelle le sanctuaire a été construit à partir de 1684. Puis il a déposé à ses pieds une offrande floréale, invoquant Marie comme mère de réconciliation qui rassemble son peuple dispersé de par le monde: "Fais de Cuba un lieu de fraternité, où son peuple ouvre son esprit, son coeur et ses bras au Christ, l'unique Sauveur et Rédempteur". Puis il a prié le Seigneur de prendre soin des familles et de la jeunesse, richesse et avenir de Cuba.


Aujourd'hui, le Pape célèbre la messe en la Basilique del Cobre, après quoi il rencontrera en la cathédrale de Santiago une représentation des familles cubaines catholiques. Ensuite il bénira a ville et gagnera l'aéroport local. En début d'après-midi (vers 18 h 30' heure de Rome), l'avion papal décollera à destination de Washington. Le Pape François arrivera aux Etats-Unis trois heures et demi plus tard.

Au siège des Nations-Unies


Cité du Vatican, 22 septembre 2015 (VIS). Après accord du Saint-Siège, le drapeau pontifical sera hissé le 25 devant le siège des Nations-Unies, en concomitance avec la visite du Pape. Il n'y aura pas de cérémonie particulière et il sera simplement hissé à côtés des autres. Il a été adopté en 1929 pour représenter officiellement le Saint-Siège, qui est Observateur permanent depuis 1964. 

lundi 21 septembre 2015

Entretien dans l'avion


Cité du Vatican, 19 septembre (VIS). Au début du vol papal, le Saint-Père est allé saluer les journalistes accrédités, avec des échanges informels et cordiaux. Puis il leur a souhaité bon travail durant ce long voyage: "Le P.Lombardi a évoqué la question de la paix. Plus que jamais le monde en a besoin, devant tant de conflits, tant de personnes qui fuient pour échapper à la mort. Ce flux migratoire est engendré par la guerre... Ce matin j'ai rencontré une des deux familles de réfugiés, des syriens accueillis par la paroisse Ste.Anne du Vatican. J'ai vu leur désespoir!.. Je vous serez reconnaissant si dans votre travail vous favorisez l'établissement de ponts. L'accumulation de petits ponts peut créer un grand pont pour la paix". Il a tenu à saluer et à souhaiter bon travail aussi aux collègues restés dans les rédactions.  

Arrivée du Pape à Cuba


Cité du Vatican, 21 septembre 2015 (VIS). Missionnaires de la miséricorde, tel est le thème choisi par le Saint-Père pour sa visite à Cuba, l'île caraïbe où il est arrivé samedi 19 à 16 h locales (22 h, heure de Rome). A l'aéroport International de La Havane, il a été par le Président Raúl Castro, chef de l'exécutif, et le Cardinal Jaime Ortega y Alamino, Archevêque de la Havane, représentants respectivement l'Etat et l'Eglise. Après la cérémonie d'accueil, le Pape François a d'abord remercié tous ceux qui préparé cette visite pastorale, puis prié le Président de transmettre sa considération et ses respects à son frère Fidel Castro: "Je voudrais aussi que mes salutations arrivent, en particulier, à toutes ces personnes que, pour divers motifs, je ne pourrai pas rencontrer et à tous les cubains dispersés à travers le monde". Rappelant que 2015 marque le 80 anniversaire de relations diplomatiques ininterrompues entre Cuba et le Saint-Siège, et qu'il arrive à la suite de Jean-Paul II et de Benoît XVI, il a dit venir renforcer la coopération et l’amitié afin que "l’Eglise continue d’accompagner et d’encourager le peuple cubain dans ses espérances et dans ses préoccupations, dans la liberté et dans les conditions nécessaires à l’annonce du Royaume jusqu’aux périphéries existentielles de la société". Ce voyage apostolique, a ajouté le Pape, "coïncide, en outre, avec le centenaire de la désignation de la Vierge de la Charité del Cobre comme patronne de Cuba par Benoît XV... Depuis, elle accompagne l’histoire du peuple cubain, soutient l’espérance qui préserve la dignité des personnes dans les situations les plus difficiles... Votre dévotion croissante envers elle est le témoignage visible de la présence de la Vierge dans l’âme du peuple cubain. Durant ces jours, j’aurai l’occasion d’aller à Cobre, comme fils et pèlerin, prier notre Mère" d'aider ce pays à "suivre la voie de la justice et de la paix, de la liberté et de la réconciliation".

"Cuba est un archipel d’une importance majeure, une clef entre le nord et le sud, entre l’est et l’ouest, qui regarde toutes ces directions. Sa vocation naturelle est d’être le point de rencontre pour que tous les peuples se réunissent dans l’amitié, comme l’a rêvé José Martí". Ce fut aussi le souhait de Jean-Paul II lorsqu'il lança en 1998 un appel pour que Cuba s'ouvre au monde et que le monde s'ouvre à Cuba. "Depuis quelques mois, on assiste à un événement qui nous remplit d’espérance, la normalisation des relations entre deux peuples, après des années d’éloignement. C’est un signe de la victoire de la culture de la rencontre et du dialogue sur la culture de la confrontation... J’encourage donc les responsables politiques à continuer d’avancer dans cette voie et à développer toutes les potentialités des deux pays...en faveur de la paix et du bien-être de leurs peuples, de toute l’Amérique, et comme exemple de réconciliation pour le monde entier. Notre monde a tellement besoin de réconciliation dans le climat de troisième guerre mondiale fragmentée que nous vivons". En conclusion, le Pape a redit placer son séjours "sous la protection de la Vierge de la Charité del Cobre, des bienheureux Olallo Valdés et José López Pieteira et du vénérable Félix Varela".

Messe à La Havane


Cité du Vatican, 16 septembre (VIS). Le Saint-Père a entamé sa seconde journée cubaine en célébrant une grand messe au coeur de La Havane, sur la Place de la Révolution dédiée à José Martí, le poète qui combattit pour l'indépendance de l'île. Avant de monter à l'autel, il a rencontré de manière informelle les représentants des diverses confessions chrétiennes locales. Son homélie a été centrée sur le service des plus pauvres et la question de ce qui est vraiment le plus important dans la vie: "Qui est le plus important? C'est une question qui nous accompagnera tout au long de la vie car, à chacune de ses phases, nous serons confrontés au défi d’y répondre. Nous ne pouvons pas échapper à cette question... L’histoire de l’humanité a été marquée par la manière d'y répondre. Jésus n'a pas craint les questions des hommes, ni l’humanité ni les différents problèmes qu’elle pose. Au contraire, connaissant le fin fond du cœur humain, il est toujours disposé à nous accompagner... Il assume nos interrogations et nos aspirations, auxquelles il donne un nouvel horizon. Il réussit à donner une réponse capable de proposer un nouveau défi, en déplaçant les réponses attendues ou ce qui apparemment relève de l’ordre établi. Jésus propose toujours la logique de l’amour, une logique capable d’être vécue par tous, parce qu’elle est pour tous. Loin de tout élitisme, l’horizon de Jésus n’est pas réservé à quelques privilégiés... L’horizon de Jésus est toujours une offrande faite à la vie quotidienne", ici aussi à Cuba.

"Voilà le grand paradoxe de Jésus. Les disciples discutaient de celui qui occuperait la place la plus importante, de celui qui serait choisi comme le préféré, qui serait exempté de la loi commune, de la norme générale, pour s'affirmer au-dessus des autres... L’invitation au service possède une particularité à laquelle nous devons être attentifs. Servir signifie, en grande partie, prendre soin de la fragilité. Prendre soin des membres fragiles de nos familles, de notre société, de notre peuple. Ce sont les visages souffrants, les personnes sans protection et angoissées que Jésus propose de regarder et invite concrètement à aimer. Amour qui se transforme en actions et en décisions. Amour qui se manifeste à travers les diverses tâches qu’en tant que citoyens, nous sommes invités à accomplir. Les personnes en chair et en os, avec leur vie, leur histoire et spécialement leur fragilité, sont celles que nous sommes invités par Jésus à défendre, à protéger, à servir. En effet, être chrétien implique servir la dignité de vos frères, lutter pour la dignité de vos frères et vivre pour la dignité de vos frères. C’est pourquoi le chrétien est toujours invité à laisser de côté, ses aspirations, ses envies, ses désirs de toute puissance, en voyant concrètement les plus fragiles. S'il existe un service utile, nous devons nous méfier de la tentation d'un service qui se sert lui même. Il y a une façon d’exercer le service qui vise comme intérêt le bénéfice des siens, au nom de ce qui est nôtre... Nous sommes tous appelés par vocation chrétienne au service qui sert tout le monde, à nous aider mutuellement sans tomber dans la tentation du service qui se sert lui même. Stimulés par Jésus, nous sommes tous invités, stimulés à nous prendre en charge les uns les autres...sans regarder de côté pour voir ce que le voisin fait ou a omis de faire. Jésus dit: Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier et le serviteur de tous. Il ne dit pas, si ton voisin veut être le premier, qu’il serve. Nous devons nous prémunir contre le regard accusateur et avoir le courage de croire dans le regard, qui transforme".


"Le saint peuple fidèle de Dieu en marche à Cuba est un peuple qui a le sens de la fête, de l’amitié, de la beauté. C’est un peuple qui marche, qui chante et loue. C’est un peuple qui porte ses blessures...mais qui sait ouvrir les bras, qui marche avec espérance, parce que sa vocation a de la grandeur. Aujourd’hui, je vous invite à préserver cette vocation, à préserver ces dons que Dieu vous a faits, mais spécialement je veux vous inviter à prendre soin de la fragilité de vos frères et à les servir. Ne les négligez pas pour des projets qui peuvent être séduisants, mais qui se désintéressent du visage de celui qui est à côté de vous. Nous connaissons, nous en sommes témoins de la force imparable de la Résurrection qui suscite partout des germes de ce monde nouveau. N’oublions pas la Bonne Nouvelle d’aujourd’hui. L’importance d’un peuple, d’un pays ou d’une personne se fonde toujours sur la façon dont est servie la fragilité des frères. En cela, nous trouvons l’un des fruits d’une vraie humanité. La vie de celui qui ne vit pas pour servir ne vaut pas la peine d’être vécue". 

Appel à la réconciliation nationale en Colombie


Cité du Vatican, 20 septembre (VIS). En conclusion de la messe, le Saint-Père a récité l'angélus avec l'assemblée, à laquelle il s'est ensuite adressé: "Nous avons vu comment les disciples avaient peur d’interroger Jésus lorsqu’il leur parlait de sa passion et de sa mort. L’idée de le voir souffrir sur la croix les effrayait et ils ne pouvaient pas la comprendre. Nous aussi nous avons la tentation de fuir nos croix personnelles et celles des autres, de nous éloigner de celui qui souffre". Tournons-nous vers la Vierge pour lui demander de "nous enseigner à rester proche de la du frère qui souffre. Apprenons à voir Jésus en chaque homme prostré sur le chemin de la vie, en chaque frère qui a faim ou soif, qui est nu ou en prison, ou malade... Apprenons de Marie à être éveillés et attentifs aux besoins des autres. Comme elle nous l’a enseigné aux noces de Cana, soyons pleins de sollicitude dans les petites choses de la vie, et ne faiblissons pas dans la prière les uns pour les autres, pour qu’à personne ne manque le vin de l’amour nouveau, de la joie que Jésus nous apporte".


"Mes pensées vont maintenant vers la Colombie, qui trouve à un passage crucial. Redoublant d'efforts et animés par l’espérance, ses enfants cherchent à construire une société en paix. Que le sang versé par des milliers d’innocents durant de nombreuses décennies de conflit armé, sang uni à celui du Seigneur Jésus-Christ en croix, soutienne tous les efforts actuellement en cours, y compris en cette belle île, en vue d’une réconciliation définitive, de sorte que la longue nuit de souffrances et de violence, grâce à la volonté de tous les Colombiens, puisse se transformer en un jour sans déclin de concorde, de justice, de fraternité et d’amour, dans le respect des institutions comme du droit national et international, pour une paix durable. Nous n’avons pas le droit de nous permettre un échec de plus sur ce chemin de paix et de réconciliation... Prions Marie et déposons toutes nos préoccupations et nos aspirations auprès du Cœur du Christ. Prions la spécialement pour tous ceux qui ont perdu l’espérance et ne trouvent pas de motifs pour continuer à lutter, pour ceux qui souffrent d’injustice, d’abandon et de solitude, pour les personnes âgées, les malades, les enfants et les jeunes, pour toutes les familles en difficulté. Puisse Marie essuyer leurs larmes, les réconforter avec son amour de mère, leur redonne l’espérance et la joie".

Rencontre avec le Président Raúl et le Commandant Fidel


Cité du Vatican, 20 septembre 2015 (VIS). Après la messe et le déjeuner à la nonciature apostolique, le Pape s'est rendu en voiture au Palais de la Révolution pour rencontrer le Président du Conseil d'Etat et du Conseil des ministres, M.Raúl Castro, désigné à cette charge en 2008, en remplacement, pour des raisons de santé, de son frère Fidel Castro. Bien que cette visite de courtoisie ne faisait pas partie du programme officiel de la visite, le Saint-Père avait auparavant rencontré le Commandant Fidel. "C'était une rencontre prévisible, bien qu'elle ne fasse pas partie du programme -a expliqué le P.Lombardi-. Nous savions tous que le Commandant Fidel souhaitait voir le Pape, comme il l'avait fait avec Benoît XVI lors d'une visite antérieure. Actuellement, le commandant Fidel, qui est une personne âgée, mène une vie d'étude et de réflexion. Il lit beaucoup et aime converser avec les personnes qui ont une grande expérience. C'est ainsi qu'il a fait explicitement avec le Pape Benoît XVI et qu'il le fait avec le Pape François".


"Fidel Castro avait demandé au Pape Benoît de lui envoyer quelques livres qui pourraient lui être utiles pour ses réflexions, et le Pape François, se souvenant de cela, a pris l'initiative de lui amener deux livres du prêtre italien Alessandro Pronzato, que beaucoup connaissent comme auteur fécond de textes spirituels et catéchétiques. Il lui a aussi apporté un livre et deux cd du père Armando Llorente, prêtre jésuite, mort il y a quelques années, qui fut très proche de Fidel Castro alors que celui-ci n'était qu'un enfant, et qu'il allait à l'école des jésuites au Collège de Belén. Le souvenir de cette relation avec un éducateur qui avait profondément marqué sa vie dans sa jeunesse a été un geste très significatif de la part du Pape. Le Saint-Père lui a aussi offert deux de ses grands textes: Evangelii Gaudium et Laudato si', pensant que ces deux sujets intéressent actuellement Fidel Castro, sur les grandes questions du monde actuel et son avenir. Il trouvera certainement ces documents très intéressants. Fidel Castro, pour sa part, a offert au Pape un livre, très connu lui aussi: Entretiens sur la religion, une conversation avec Frère Betto. La rencontre fut très familière, l'échange serein, en présence de divers membres de la famille, et sûrement un moment positif". Après sa visite au Palais de la Révolution, le Pape s'est rendu en papamobile à la cathédrale de l'Immaculée Conception et de Saint-Christophe de La Havane pour célébrer les vêpres avec les prêtres, religieux, religieuses et séminaristes cubains".

Vêpres à la cathédrale de La Havane


Cité du Vatican, 20 septembre 2015 (VIS). L'Immaculé Conception est la sainte patronne de La Havane, et c'est dans la cathédrale historique, dont la façade baroque a été conçue par Borromini, qui lui est consacrée ainsi qu'à saint Christophe, que le Pape a rencontré les prêtres, religieux, religieuses et séminaristes de Cuba pour réciter ensemble les vêpres. Le Saint-Père, évoquant le récit évangélique du jeune riche observant de la loi qui s'éloigne tristement quand Jésus lui dit que s'il veut le suivre, il doit laisser toutes ses richesses, a improvisé quelques mots sur la valeur de la pauvreté tant pour les chrétiens que pour les consacrés et leur a remis le discours qu'il leur avait préparé et dont voici la teneur:

"Nous sommes réunis dans cette historique cathédrale de La Havane pour chanter avec les psaumes la fidélité de Dieu à son peuple, afin de rendre grâce pour sa présence et son infinie miséricorde. Fidélité et miséricorde dont font mémoire non seulement les murs de cet édifice, mais aussi certaines têtes blanches, rappel vivant, actualisé que sa miséricorde est infinie et que sa fidélité demeure pour les âges. Frères, rendons grâce ensemble. Rendons grâce pour la présence de l’Esprit à travers la richesse des divers charismes sur les visages de tant de missionnaires qui sont venus sur ces terres, parvenant à devenir Cubains parmi les Cubains, signe que sa miséricorde est éternelle.

L’Evangile nous présente Jésus en dialogue avec son Père, et nous met au centre de l’intimité faite prière entre le Père et le Fils. Alors qu'approchait son heure, Jésus priait le Père pour ses disciples, pour ceux qui étaient avec lui et pour ceux qui viendraient. Cela nous fait penser qu’à son heure cruciale, Jésus met dans sa prière la vie des siens, notre vie. Et il demande à son Père de les garder dans l’unité et dans la joie. Jésus connaissait bien le cœur des siens, il connaît bien notre cœur. C’est pourquoi il prie, il demande au Père qu'ils ne se laissent pas gagner par une conscience qui les conduit à s’isoler, à se réfugier dans leurs propres certitudes, sécurités, espaces; à se désintéresser de la vie des autres en s’installant dans de petites fermes qui brisent le visage multiforme de l’Eglise. Situations qui débouchent sur une tristesse individualiste, sur une tristesse faisant peu à peu place au ressentiment, à la plainte continuelle, à la monotonie. Ce n’est pas le désir de Dieu pour nous, ce n’est pas la vie dans l’Esprit à laquelle il les a invités, à laquelle il nous invite. C’est pourquoi Jésus prie, il demande que la tristesse et l’isolement ne gagnent pas notre cœur. Nous voulons faire de même, nous voulons nous unir à la prière de Jésus, à ses paroles, pour dire ensemble: Père, garde-les unis dans ton nom… pour qu’ils soient un comme nous-mêmes...et que leur joie soit parfaite.

Jésus prie et nous invite à prier parce qu’il sait qu’il y a des choses que nous pouvons recevoir seulement comme un don, il y a des choses que nous pouvons vivre seulement comme un don. L’unité est une grâce que seul l’Esprit Saint peut nous donner. Nous devons la demander et donner le meilleur de nous-mêmes pour être transformés par ce don. Il est fréquent de confondre l’unité avec l’uniformité, avec le fait que tous font, sentent et disent la même chose. Cela n’est pas l’unité, c’est l’homogénéité. C’est tuer la vie de l’Esprit, c’est tuer les charismes qu’il a distribués pour le bien de son peuple. L’unité se trouve menacée chaque fois que nous voulons faire les autres à notre image et ressemblance. C’est pourquoi l’unité est un don, ce n’est pas quelque chose que l’on peut imposer de force ou par décret. Je me réjouis de vous voir ici, hommes et femmes de différentes générations, milieux, parcours personnels, unis par la prière en commun. Prions Dieu de faire croître en nous le désir de la proximité. Que nous puissions être des prochains, être proches, avec nos différences, nos habitudes, nos styles, mais proches. Avec nos discussions, nos luttes, en nous parlant en face, et non par derrière. Que nous soyons des pasteurs proches de notre peuple, que nous nous laissions questionner, interroger par les gens. Les conflits, les discussions dans l’Eglise sont normaux, et j’ose même dire nécessaires; ils sont des signes que l’Eglise est vivante et que l’Esprit continue d’agir, continue de la dynamiser. Malheur à ces communautés où il n’y a ni un oui, ni un non! Elles sont comme ces mariages où l'on ne discute plus, parce qu’on a perdu l’intérêt, on a perdu l’amour.


En second lieu, le Seigneur prie pour que nous soyons remplis de la même joie parfaite qu’il possède. La joie des chrétiens, et spécialement celle des consacrés, est un signe très clair de la présence du Christ dans leurs vies. Quand il y a des visages attristés c’est un signal d’alerte, quelque chose ne va pas bien. Et Jésus demande cela à son Père, juste avant d’aller au jardin, lorsqu’il doit renouveler son Fiat. Je ne doute pas que vous deviez tous vous charger du poids de nombreux sacrifices, et que pour certains d’entre vous, depuis des décennies, les sacrifices ont été durs. Par son sacrifice, Jésus prie aussi pour que nous ne perdions pas la joie de savoir qu’il est vainqueur du monde. Cette certitude nous pousse chaque matin à réaffirmer notre foi. A travers sa prière, dans le visage de notre peuple, il nous permet de relever la tête et de recommencer, avec une tendresse qui ne nous déçoit jamais et qui peut toujours nous rendre la joie. Que c’est important! Quel témoignage si précieux, pour la vie du peuple cubain, que celui de rayonner toujours et partout de cette joie, malgré les fatigues, les scepticismes, y compris malgré le désespoir qui est une tentation très dangereuse qui mine l’âme! Frères, Jésus prie pour que nous soyons un et pour que sa joie demeure en nous. Faisons de même, unissons-nous les uns aux autres dans la prière". 

Le Pape dialogue avec des jeunes cubains et américains avant son voyage apostolique


Cité du Vatican, 21 septembre 2015 (VIS). Le 17 septembre, le Pape François a participé à un programme organisé par les Scholas Occurrentes, une initiative pour le dialogue entre les étudiants d'écoles de différents pays, cultures et religions, retransmis par la CNN, vendredi 18, et à laquelle ont participé deux groupes d'étudiants de La Havane et de New York. Le Saint-Père a répondu aux questions des étudiants, en commençant par celle posée par une jeune fille de New York sur la responsabilité des jeunes dans la protection de l'environnement.

"C'est l'une des choses qu'il faut apprendre dès la jeunesse -a-t-il répondu-Aujourd'hui, l'environnement fait partie des exclus. Il crie pour que nous lui prêtions attention, que nous le soignions. Alors, comment un jeune peut-il prendre en charge l'environnement? D'abord, en voyant les problèmes qui existent dans ton quartier, dans ta ville, dans ta nation. Chercher concrètement ce que vous pouvez faire. Le gaspillage de papier est impressionnant. Le gaspillage d'électricité... Le peu que je puisse faire, mais c'est un petit peu, plus un petit peu, plus un petit peu. Additionner la volonté de sauver notre maison commune".

La deuxième question a été posée par une jeune fille de La Havane sur la capacité de leadership que l'on attribue au Pape. ''Un leader est bon leader s'il est capable de faire surgir parmi les jeunes d'autres leaders -a-t-il dit-. Si un leader veut être le seul, c'est un tyran. En fait, le vrai leadership est fécond. Les leaderships uniques existent aujourd'hui et ne seront pas demain. S'ils ne sèment pas de leadership chez les autres, ils ne servent à rien, ce sont des dictateurs. Soyez des leaders dans ce qui vous touche. Des leaders de pensée, des leaders d'action, des leaders de joie, des leaders d'espérance, des leaders de construction d'un monde meilleur. C'est votre chemin, mais la graine c'est vous qui l'avez... Je n'ai pas d'appétit pour être dictateur. Je ne sais pas pourquoi, j'aime semer".

La troisième question a été posée par une jeune fille de New York qui a montré au Saint-Père la photographie d'un arbre mort avec un oiseau posé sur une de ses branches. ''Sur la photo, l'arbre est mort, l'oiseau est vivant -a observé le Pape-. Cet oiseau aura besoin, d'ici quelques mois, de faire un nid pour y mettre ses œufs et avoir ses oisillons, mais si l'arbre est mort, comment va-t-il pouvoir faire son nid? Voilà ce qu'il en est quand on ne prend pas soin de l'environnement. Une mort apporte une autre mort...et, alors, au lieu de semer de la croissance, au lieu de semer une espérance, nous semons la mort. Le chemin est au contraire de soigner la vie".

Ensuite, un jeune de La Havane a évoqué la nécessité d'en terminer avec l'embargo sur Cuba. ''Je vais faire tout mon possible pour ne pas oublier -a répondu le Saint-Père-. Construire des ponts ou débloquer pour rétablir la communication, pour que la communication donne lieu à de l'amitié. Une des plus belles choses, c'est l'amitié sociale. C'est à cela que j'aimerais que vous parveniez: l'amitié sociale".

Les deux dernières questions ont concerné l'éducation des garçons et des filles. ''L'éducation est un des droits de l'homme -a répondu le Pape-. Un enfant a droit à être aimé...à jouer...à l'éducation... Pensez-vous à la quantité d'enfants qui, dans les pays qui sont en guerre en ce moment, ne reçoivent pas d'éducation?... C'est un défi que nous devons relever. Et nous devons nous y mettre... Ne pas attendre que les états ou les gouvernements se mettent d'accord. Beaucoup d'années passeront parce que c'est difficile... Combien de jeunes de votre âge, combien de garçons et de filles vont les week-ends, les jours fériés, éduquer, faire la classe aux autres, leur apprendre... Un peuple qui n'est pas éduqué, à cause de la guerre ou pour d'autres raisons, qui ne peut pas recevoir d'éducation, est un peuple qui tombe en déchéance, qui tombe, tombe, et peut même retomber jusqu'au niveau des instincts... Engagez-vous dans l'éducation des enfants".


''Ce matin -a jouté le Pape- j'ai reçu un groupe de jeunes. Un jeune d'un pays en guerre m'a offert...un projectile de ceux qui tombent continuellement sur sa ville et sur les enfants, qui, pour survivre doivent rester enfermés dans leurs maisons, ils ne peuvent pas jouer... Nous avons perdu la notion de la quantité d'enfants qui n'ont pas la joie de pouvoir jouer, à cause de la guerre ou de la pauvreté, ou parce qu'ils vivent dans la rue. Et ces enfants qui ne savent pas communiquer par la joie du jeu, sont des proies pour les esclavagistes qui les utilisent dans la délinquance juvénile, pour le vol, la drogue, la prostitution, pour tant d'autres choses. Peut-être que la meilleure manière de commencer à éduquer les jeunes est de leur donner la possibilité de jouer". A la fin de la transmission, le modérateur a invité le Pape à planter un olivier dans un pot placé à côté, en lui demandant d'y enterrer le projectile sur lequel grandira l'olivier. Ce qu'a fait le Pape.
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