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Le Vatican Information Service (VIS) est un service d'information de la Salle-de-Presse du Saint-Siège. Il propose des informations sur le Magistère et l'activité pastorale du Saint-Père et de la Curie Romaine... []

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mardi 29 septembre 2015

Dans l'avion du retour


Cité du Vatican, 29 septembre 2015 (VIS). Comme à l'accoutumée, le Pape a répondu aux questions de quelques journalistes durant le vol entre Philadelphie et Rome. Il a d'abord dit sa surprise de l'accueil populaire mais aussi officiel rencontré aux Etats-Unis, même si cela s'est exprimé selon des modalités différentes à Washington, New York et Philadelphie. En rencontrant les évêques, il a tenu à leur dire sa compassion pour la "grande tribulation" vécue à cause du scandale pédophilie: "Nous savons que ces abus se produisent partout, au sein de la famille et du voisinage, de l'école et des clubs sportifs. C'est plus grave lorsqu'un prêtre est en cause car sa vocation est de faire grandir l'enfant dans la maturité affective et l'élever vers l'amour de Dieu, vers le bien et non vers le mal. En lui faisant du mal...il a trahi sa vocation et pratiquement commis un sacrilège... L'Eglise ne peut le couvrir. Qui le couvre est coupable, y compris s'il s'agit d'un évêque... J'ai été très dur à ce propos". Ensuite, le Saint-Père a dit comprendre que certaines victimes ou familles de victimes ne parviennent pas à pardonner: "Je prie pour ces personnes sans les juger", comme je l'ai fait lorsqu'une mère ayant appris que sa fille avait été violée a juré et perdu la foi. "Même si elle est morte athée, je suis certain que Dieu l'a accueillie".

Il s'est par ailleurs félicité de l'accord de pacification survenu en Colombie, confiant avec rendu grâce à Dieu lorsqu'il a été averti de la signature entre gouvernement et FARC. "Il faut maintenant arriver en mars prochain à l'accord définitif". Révélant s'être entretenu deux fois avec le Président Santos, il a renouvelé la disponibilité du Saint-Siège dans le processus. A propos ensuite des pays européens qui ferment leur frontière au flux migratoire, le Pape François a souligné que cette situation découle d'une crise née il y a plusieurs années: Les gens fuient la guerre et la faim: "Quant je pense à l'Afrique, au risque de simplifier, je vois un continent exploité. Je pense à l'histoire de l'esclavage... Plutôt que de piller un territoire il faudrait y investir de manière à fournir du travail aux gens, ce qui éviterait les crises... Certes, la crise des réfugiés est la plus grande depuis la dernière guerre mondiale...et il faut y trouver" une solution autre que de "dresser des murs. Tous les murs s'écroulent, aujourd'hui comme hier, et même après cent ans. Les murs ne sont pas une solution".

A la question de savoir si le récent Motu Proprio a mis fin au débat autour de la question des divorcés remarié, le Saint-Père rejeté l'idée d'un "divorce catholique": "Par la réforme de la procédure canonique j'ai fermé la porte par laquelle, de manière administrative, aurait pu s'introduire une sorte de divorce. Qui pense à un divorce catholique se trompe". Quant à savoir si ce débat n'allait pas resurgir au tout prochain Synode, le Pape a rappelé les raisons pratiques justifiant une simplification de la procédure relative aux cas de nullité: "Les pères synodaux ont demandé cette simplification". Celle-ci n'a rien de commun avec un "divorce catholique" parce que "le mariage est indissoluble comme sacrement. La procédure n'existe que pour pour vérifier si oui ou non le mariage était sacrement" lors de sa célébration, s'il ne l'était pas "par défaut de liberté ou de maturité, ou bien à cause d'une maladie mentale... Dans le cas du remariage...il faut lire l'Instrumentum Laboris... Il me semble simpliste de dire que...la solution du Synode serait simplement d'accorder la communion à ces personnes. Ce n'est pas la seule solution et ce que l'Instrumentum avance est beaucoup plus large. D'ailleurs la question des nouvelles unions n'est pas l'unique problème à aborder" au Synode. "Il y a aussi le fait que les jeunes hésitent ou renoncent à se marier, ce qui constitue un enjeu pastoral pour l'Eglise. Il y a aussi le problème de la maturité affective des futurs époux. Sans parler de la foi!".

Dans l'exercice de leurs fonctions, des officiers publics peuvent-ils se prévaloir de l'objection de conscience pour refuser par exemple de marier des personnes de même sexe là où s'est légal? "Sans être en mesure d'envisager tous les cas mettant en cause la conscience morale, je peux dire que l'objection de conscience est un droit de l'homme...qui doit être respecté dans tout ordonnancement public... Sinon on finira par classer les droits entre ceux jugés de qualité et les autres!". A propos ensuite des bombardements aériens que la France a entrepris en territoire syrien, il a reconnu ne pas bien connaître le dossier et n'être au courant que depuis hier: "Comment cela va-t-il évoluer? On dit que la Russie est en action sur place... Quelle sera la position des Etats-Unis, ce n'est pas clair... Ne comprenant pas bien la question je ne veux pas m'exprimer, même si le seul mot bombardement signifie sang et mort... Je redis ce que j'ai dit devant le Congrès américain et aux Nations-Unies: Evitons tout cela".

Sur la perspective de relations avec la Chine, le Pape a tenu à dire qu'il s'agit "d'un grand pays qui, outre l'apport d'une grande culture, bénéficie au monde... J'ai déjà dit que j'aimerais me rendre en Chine. J'aime le peuple chinois et j'espère que nous pourrons l'occasion d'entretenir de bons rapports. Nous avons des contacts, nous en parlons... Ce serait une joie" d'aller en Chine.


Verra-t-on un jour des femmes prêtres dans l'Eglise catholique: "Une femme ne peut devenir prêtre, c'est ce que Jean-Paul II a décidé après une très longue réflexion. Il l'a dit clairement... Dans l'Eglise, les femmes sont plus importantes que les hommes parce qu'elle est Eglise, au féminin, épouse du Christ. La Vierge Marie est plus importante que les papes, les évêques et les prêtres. Certes, je reconnais qu'on est un peu en retard dans l'élaboration d'une théologie de la femme". Pour conclure on a demandé au Pape François ce que cela lui faisait d'être devenu une Star aux Etats-Unis: "Tout Pape doit être le serviteur des serviteurs de Dieu. C'est très différent d'être une Star...aux yeux de la presse... Et puis combien de ces Stars avons-nous vu s'étreindre et sombrer! Chose passagère...tandis qu'être le serviteur des serviteurs c'est pour toujours."   

Prochaine Journée mondiale de la communication


Cité du Vatican, 29 septembre 2015 (VIS). Aujourd'hui a été rendu public le thème choisi pour la prochaine Journée mondiale de la communication (24 janvier 2016): "Communication et miséricorde, une rencontre féconde": Le choix du thème de cette année, informe le Conseil pontifical pour les communications sociales, "a été clairement déterminé par la célébration du Jubilé extraordinaire de la miséricorde, et, sans doute, le Saint-Père souhaite que la Journée mondiale de la communication soit une occasion propice pour réfléchir sur les synergies profondes entre communication et miséricorde. Dans la bulle d'Indiction de l'année jubilaire...le Pape rappelle que l'Eglise a pour mission d’annoncer la miséricorde de Dieu, cœur battant de l’Evangile, qu’elle doit faire parvenir au cœur et à l’esprit de chaque personne. Et, d'ajouter: Son langage et ses gestes doivent transmettre la miséricorde pour pénétrer le cœur des personnes et les inciter à retrouver le chemin du retour au Père. Il semble opportun de rappeler, à cet égard, que nous sommes dans le contexte d'une communication qui est un moment constitutif d'une promotion de la culture de la rencontre. Le Pape, à cette occasion, fait référence au langage et aux gestes de l'Eglise, mais dans la perspective indiquée, tout homme et toute femme aujourd'hui, dans sa communication, vers la rencontre de l’autre, doivent être animée d’une profonde dimension d’accueil, de disponibilité, de pardon. Le thème souligne qu'une bonne communication peut ouvrir un espace pour le dialogue, la compréhension mutuelle et la réconciliation, permettant ainsi que fleurissent de rencontres humaines fécondes. À un moment où notre attention est souvent captée par la nature polarisée et ségrégative de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux, le thème veut mettre l'accent sur le pouvoir des mots et des gestes pour surmonter les incompréhensions, pour guérir les mémoires, pour construire la paix et l'harmonie. Une fois de plus, le Pape François aide à redécouvrir qu'au cœur de la communication, se trouve avant tout une profonde dimension humaine. Cette communication n'est pas seulement une technologie actuelle ou mise à jour, mais une profonde relation interpersonnelle". 

Cantate Domino


Cité du Vatican, 29 septembre 2015 (VIS). Ce matin, a été présenté à la Salle de Presse le CD "Cantate Domino. La Chapelle Sixtine et la musique des Papes", publié par Deutsche Grammophon.Est intervenu Mgr.Georg Gänswein, Préfet de la Maison pontificale, accompagné de Mgr.Massimo Palombella, SDB, Maître de la Chapelle musicale pontificale, M.Mark Wilkinson, Président de Deutsche Grammophon, et M.Mirko Gratton, Directeur du secteur Musique classique d'Universal Italie: La Chapelle musicale pontificale, appelée Sixtine, est parmi les plus anciennes institutions chorales du monde. Elle est le chœur du pape, a expliqué Mgr.Gänswein. "C'est pourquoi son service fait partie de la vie de la maison du Pape...sous la tutelle de la Préfecture de la Maison pontificale...qui est responsable de la valeur artistique, de la discipline et de la gestion administrative de la Sixtine. Ce célèbre choeur est composé d'une vingtaine de chanteurs adultes, régulièrement employés par le Saint-Siège, à laquelle s'ajoute une trentaine de Pueri qui fréquentent l'école attachée à la Sixtine. Publier un CD de musique avec le prestigieux label Deutsche Grammophon est un événement sans précédent dans l'histoire de la chapelle musicale qui témoigne de la qualité et du professionnalisme que cette institution. Sorti le 25 septembre, l'album a été réalisé sous la direction de Mgr.Palombella. Il comprend des pièces musicales de la Renaissance composées pour le chœur par Palestrina, Lassus, Victoria, mais aussi le célèbre Miserere d'Allegri dans sa version originale et le Nunc Dimittis attribué à Palestrina, qui est encore chantée dans les célébrations pontificales. ''Cantate Domino'' présente ces pièces enregistrées dans le lieu pour lequel elles avaient été composées. C'est pourquoi la Deutsche Grammophon a installé un studio dans la chapelle du même nom. La célèbre Chapelle Sixtine est depuis sa consécration en 1483 le lieu premier d'exécution de la Chapelle musicale pontificale, qui depuis le dernier concile accompagne ailleurs à Rome les messes pontificales. Mgr.Palombella a signalé que, ces dernières années, après une étude approfondie et spécifique de la musique sacrée de la Renaissance et sa pertinence esthétique, un tel enregistrement revêt une grande importance. Ainsi peut-on espérer que ces chefs-d'œuvre musicaux atteignent des millions de personnes à travers le monde pour les mettre en contact avec la culture historique et la profonde spiritualité de l'Eglise catholique". 

Autres actes pontificaux


Cité du Vatican, 29 septembre (VIS). Le Saint-Père a nommé:

Mgr.Hugo Alberto Torres Marín, Evêque d'Apartadó (superficie 26.000, population 571.000, catholiques 403.000, prêtres 65, religieux 118), en Colombie. Il était jusqu'ici Auxiliaire de l'Archevêque de Medellín (Colombie).


Mgr.Joao Evangelista Pimentel Lavrador, Coadjuteur de l'Evêque d'Angra (Portugal). Il était jusqu'ici Auxiliaire de l'Evêque de Porto (Portugal).

Radio Vatican


Cité du Vatican, 29 septembre 2015 (VIS). Le Cardinal Secrétaire d'Etat a nommé le P.Andrzej Majewski, SJ, Directeur des programmes de Radio Vatican.

lundi 28 septembre 2015

Rencontre du Pape avec des victimes d'abus sexuels


Cité du Vatican, 28 septembre 2015 (VIS). La dernière journée du voyage apostolique du Pape a commencé hier par une rencontre au séminaire St.Charles Borromée avec cinq personnes, trois femmes et deux hommes, victimes d'abus sexuels commis par des prêtres ou par des éducateurs, alors qu'ils étaient mineurs. Ils étaient accompagnés du Cardinal Sean O'Malley, Archevêque de Boston et Président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, par Mgr.Charles Chaput, Archevêque de Philadelphie, et par Mgr.Michael Joseph Fitzgerald, Evêque auxiliaire et responsable du bureau de ces diocèses pour la défense des mineurs. Au cours de la rencontre qui a duré près d'une demi-heure, le Pape François a écouté les victimes, et a parlé avec elles en groupe puis individuellement. Il a prié avec elles, leur faisant part de sa participation à leurs souffrances, et de la peine et de la honte qu'il éprouvait pour les blessures que leur avaient causé les membres du clergé ou les collaborateurs ecclésiaux:

Merci d'être venus, leur a-t-il dit. "Mes mots ne peuvent exprimer pleinement la douleur que je ressens pour les abus dont vous avez souffert. Vous êtes de précieux enfants de Dieu et vous devriez toujours pouvoir attendre de nous protection, soin et amour. Je suis profondément désolé que votre innocence ait été violée par ceux à qui vous faisiez confiance. Dans certains cas, votre confiance a été trahie par des membres de votre propre famille, dans d'autres cas par des prêtres qui ont la responsabilité sacrée du soin des âmes. Dans tous les cas, la trahison a été une terrible violation de la dignité humaine. Pour ceux qui ont été victimes d'un membre du clergé, je suis profondément désolé de toutes les fois ou vous et vos familles avez dénoncé ces abus et que vous n'avez pas été écoutés ou crus. Sachez que le Saint-Père vous écoute et vous croit. Je suis profondément désolé que certains évêques aient manqué à leurs responsabilités de protéger les enfants. Il est très préoccupant de savoir que dans certains cas, ce sont les évêques eux-mêmes qui ont commis ces abus. Je vous promets de poursuivre la route de la vérité où qu'elle nous conduise. Le clergé et les évêques seront appelés à rendre des comptes s'ils ont abusé d'enfants ou s'ils n'ont pas été capables de les protéger".


"Nous sommes réunis ici, à Philadelphie, pour célébrer le don de Dieu de la vie familiale. Au sein de notre famille de foi et de nos familles humaines, les péchés et les crimes sexuels sur mineurs ne doivent plus être un secret ou une honte. Dans l'attente de l'Année jubilaire de la miséricorde, votre présence ici aujourd'hui, si généreusement offerte malgré la colère et la douleur dont vous avez fait l'expérience, révèle le cœur miséricordieux du Christ. Vos histoires douloureuses, chacune unique et révoltante, sont un signe puissant de l'espérance qui vient par la promesse du Seigneur qui sera avec nous, toujours. Je me réjouis de savoir que vous avez emmené avec vous des membres de vos familles et des amis à cette rencontre. Je les remercie de leur soutien affectueux, et je prie pour que de nombreuses personnes de l'Eglise répondent à l'appel d'accompagner ceux qui ont subi des abus sexuels. Que la porte de la miséricorde s'ouvre en grand dans nos diocèses, nos paroisses, nos foyers et nos cœurs, pour recevoir les victimes et chercher le chemin du pardon en se confiant au Seigneur. Nous vous promettons de vous soutenir dans votre processus de guérison et d'être vigilants pour protéger les mineurs d'aujourd'hui et de demain. Quand les disciples qui marchaient avec Jésus sur le chemin d'Emmaüs reconnurent qu'il était le Seigneur ressuscité -a conclu le Pape- ils demandèrent à Jésus de rester avec eux. De même que ces disciples, je vous demande humblement ainsi qu'à toutes les victimes de rester avec nous, avec l'Eglise, et qu'ensemble comme pèlerins sur le chemin de la foi, nous puissions trouver notre chemin vers le Père".

La famille, espace de l'alliance entre l'Eglise et sa création


Cité du Vatican, 28 septembre 2015 (VIS). Peu après sa rencontre avec un groupe de victimes d'abus sexuels, ce sujet a été évoqué par le Pape au début de son discours aux trois cents évêques, invités à la Rencontre mondiale des familles, qui l'attendaient dans la chapelle du séminaire diocésain de Philadelphie: "Je porte, gravées dans mon cœur, les histoires, la souffrance et la douleur des mineurs qui ont été abusés sexuellement par des prêtres. Je continue d'être submergé par la honte que des personnes qui ont en charge le soin de ces petits, les aient violés et leur aient causé de graves blessures. J'en suis profondément désolé. Dieu pleure. Les crimes et péchés des abus sexuels sur mineurs ne peuvent plus être tenus secrets. Je m'engage à une farouche vigilance de l'Eglise pour protéger les mineurs et promets que tous les responsables rendront des comptes. Les survivants de ces abus sont devenus de véritables hérauts d'espérance et des ministres de miséricorde. Nous adressons humblement à chacun d'eux et à leurs familles notre gratitude pour leur immense courage afin de faire briller la lumière du Christ sur le mal, sur les abus sexuels de mineurs. Je dis cela parce que je viens de rencontrer des personnes victimes d'abus quand elles étaient enfants, qui sont aidées et accompagnées ici à Philadelphie".

Abordant ensuite le sujet de la famille, le Pape a prononcé un discours, parfois improvisé, dont nous reproduisons ci-dessous de larges extraits, évoquant les caractéristiques des familles dans la société actuelle et la mission des évêques, rappelant que ces derniers, en tant que pasteurs, ne doivent jamais avoir peur d'être au milieu des familles, avec leurs problèmes et leurs capacités parce qu'"un christianisme qui fait peu dans la réalité mais dispense infiniment son enseignement est dangereusement disproportionné. Pour l’Eglise, la famille n’est pas principalement une cause de préoccupation, mais la confirmation de la bénédiction de Dieu sur l’œuvre maîtresse de la création. Chaque jour, à travers le monde, l’Eglise peut se réjouir avec le Seigneur pour le don de ce peuple nombreux de familles qui, même au milieu de dures épreuves, reste fidèle à ses promesses et garde la foi. Je pense que le principal défi pastoral de notre époque en évolution est d’aller résolument vers cette reconnaissance. Malgré tous les obstacles devant nous, gratitude et appréciation devraient prévaloir sur les préoccupations et les plaintes. La famille est le lieu fondamental de l’alliance entre l’Eglise et la création, avec cette création de Dieu, que Dieu bénisse le dernier jour passé en famille. Sans la famille, même l’Eglise n’existerait pas. Et elle ne pourrait pas non plus être ce qu’elle doit être, à savoir le signe et le moyen de l’unité du genre humain. Naturellement, notre compréhension, forgée par l’interaction de la foi de l’Eglise et l’expérience conjugale de la grâce sacramentelle, ne doit pas nous conduire à faire fi des changements en cours dans la société contemporaine, avec leurs effets sociaux, culturels, et malheureusement juridiques, sur les liens familiaux. Ces changements nous affectent tous, croyants comme non-croyants. Les chrétiens ne sont pas immunisés contre les changements de leur époque et dans ce monde concret, avec ses nombreuses problématiques et possibilités, il est là où l'on doit vivre, croire et annoncer".

"Jusque récemment, nous vivions dans un contexte social où les affinités entre l’institution civile du mariage et le sacrement chrétien étaient fortes et partagées, coïncidaient substantiellement et se soutenaient mutuellement. Ce n’est plus le cas. Pour décrire la situation actuelle, j’utiliserai deux images familières de nos sociétés...les boutiques de quartier...et nos grands supermarchés. Il y eut une époque où une boutique de quartier avait tout ce qui était nécessaire pour la vie personnelle et familiale. Les produits pouvaient n’être pas exposés adéquatement, ou ne pas offrir beaucoup de choix, mais il y avait un lien personnel entre le marchand et ses clients. Le commerce se faisait sur la base de la confiance, les gens se connaissaient, ils étaient voisins. Ils se faisaient confiance mutuellement. Ils avaient construit la confiance. Ces boutiques étaient souvent connus simplement comme l'épicerie de quartier. Par la suite, un autre genre de commerce s’est répandu: le supermarché. D’immenses espaces avec une gamme variée de marchandises. Le monde semble devenir l’un de ces grands supermarchés; notre culture est devenue de plus en plus compétitive. Le commerce n’est plus mené sur la base de la confiance; on ne peut plus faire confiance aux autres. Il n’y a plus de relations personnelles de proximité. La culture d’aujourd’hui semble encourager les gens à ne nouer de relations avec rien ni avec personne, à ne pas faire confiance... De nos jours, le consumérisme détermine ce qui est important. Consommer les relations, consommer les amitiés, consommer les religions, consommer, consommer... Peu importent le coût ou les conséquences. Une consommation qui ne favorise pas la relation, une consommation qui a peu à voir avec les relations humaines. Les liens sociaux sont de purs moyens pour la satisfaction de mes besoins. Ce qui est important, ce n’est plus notre voisin, avec son visage familier, son histoire et sa personnalité. Le résultat est une culture qui écarte tout ce qui, au goût du consommateur, n’est plus utile ou satisfaisant. Nous avons transformé notre société en une énorme vitrine multiculturelle liée uniquement aux goûts de certains consommateurs, tandis que tant d’autres sont réduits à manger les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Cela provoque de grands dommages. Je voudrais dire qu’à la racine de nombreuses situations contemporaines se trouve un genre d’appauvrissement né d’un sentiment de solitude, répandu et radical... La solitude avec la peur de l’engagement et dans une recherche effrénée de nous sentir reconnus. Devrions-nous blâmer nos jeunes gens parce qu’ils ont grandi dans ce genre de société?... Devraient-ils écouter leurs pasteurs qui disent que tout était mieux avant...Non, je ne pense pas que ce soit la bonne voie. En tant que pasteurs suivant les pas du Dieu Pasteur, nous sommes appelés à rechercher, à accompagner, à relever, à soigner les blessures de notre temps, à regarder les choses de manière réaliste, avec les yeux de quelqu’un qui se sent appelé à l’action, à la conversion pastorale. Le monde, de nos jours, nous demande cette conversion pastorale. Il est vital qu’aujourd’hui l’Eglise sorte pour annoncer l’Evangile à tous, en tous lieux, en toutes occasions, sans hésitation, sans répulsion et sans peur... L’Evangile n'est pas un produit à consommer, il n'entre pas dans cette culture du consumérisme".

"Nous nous méprendrions, cependant, si nous voyions cette culture du monde contemporain comme une pure indifférence vis-à-vis du mariage et de la famille, comme un pur et simple égoïsme... Ne tombons pas dans ce piège. Beaucoup de jeunes gens, dans le contexte de cette culture de découragement, ont cédé à une forme de peur inconsciente. Ils ont peur, une peur inconsciente et ne suivent pas les élans les plus beaux, les plus hauts et les plus nécessaires aussi. Beaucoup reportent le mariage, attendant des conditions idéales. Pendant ce temps, la vie continue, sans saveur... Il y a quelques jours, je disais au Congrès que nous sommes en train de vivre une culture qui pousse et convainc les jeunes de ne pas fonder une famille, pour certains par manque de moyens matériels pour le faire, pour d'autres parce qu'avec tous les moyens on est bien ainsi, et c'est la tentation de ne pas fonder de famille. En tant que pasteurs, les évêques, sont appelés à unir leurs forces et à relancer l’enthousiasme pour que se fondent des familles qui, en accord avec leur vocation, correspondent plus pleinement à la bénédiction de Dieu. Nous devons investir nos énergies, non pas tant en ressassant les problèmes du monde actuel et les mérites du christianisme, mais en invitant franchement les jeunes à être courageux et à opter pour le mariage et la famille... Un christianisme qui fait peu concrètement, tout en dispensant son enseignement, est dangereusement déséquilibré. Je voudrais même dire qu’il est coincé dans un cercle vicieux. Un pasteur doit montrer que l’Evangile de la famille est vraiment bonne nouvelle dans un monde où l’égoïsme semble régner de façon absolue! Il ne s'agit pas d’un rêve romantique: la persévérance pour former une famille et la faire grandir transforme le monde et l’histoire. Ce sont les familles qui transforment le monde et l'histoire.... Un pasteur veille sur les rêves, les vies et la croissance de son troupeau. Cette veille n’est pas le résultat de paroles mais celui du fait de paître. Seul qui est au milieu du troupeau peut être attentif, qui n'a pas peur des questions, du contact, de l’accompagnement...".



"Bien entendu, la première caractéristique du style de vie de l’évêque est de vivre en esprit cette joyeuse familiarité avec Dieu, et, en second lieu, de diffuser sa puissante fécondité évangélique, de prier et annoncer l’Evangile... L'évêque est fait pour faire paître, il est pasteur, mais paître d'abord par la prière et avec l'annonce, ensuite vient tout le reste, cela demande du temps. Par notre humble apprentissage chrétien des vertus de la vie familiale caractérisant le peuple de Dieu, nous deviendrons toujours plus des pères et des mères, à l’instar de saint Paul, tachant de ne pas finir comme des personnes qui ont juste appris à vivre sans famille... Notre idéal n’est pas de vivre sans amour! Un bon pasteur renonce à l’amour d’une famille précisément afin de focaliser toutes ses énergies, et la grâce de sa vocation particulière, sur la bénédiction évangélique de l’amour des hommes et des femmes qui incarnent le dessein de Dieu, en commençant par ceux qui sont perdus, abandonnés, blessés, brisés, abattus et privés de leur dignité. Cette oblation à l’agapè de Dieu n’est certainement pas une vocation qui manque de tendresse et d’affection! Il nous suffit de regarder Jésus pour le comprendre... Aux yeux de la foi, c’est un signe très précieux. Notre ministère a besoin d’approfondir l’alliance entre l’Eglise et la famille... Autrement, il devient aride, et la famille humaine s'éloignera irrémédiablement, par notre faute, de la joyeuse bonne nouvelle de Dieu, et elle ira au supermarché à la mode pour acheter le produit qui lui plait le plus à ce moment. Si nous sommes capables de l’exigeante tâche de refléter l’amour de Dieu, armés de patience infinie ainsi que de sérénité, en nous efforçant de semer les graines de cet amour dans les sillons souvent tortueux où nous sommes appelés à planter...alors même une samaritaine avec cinq hommes qui ne sont pas ses maris découvrira qu’elle est capable de témoigner. Et pour chaque jeune homme riche, sentant avec tristesse qu’il a encore besoin de réfléchir, il y aura un publicain avancé en âge qui se pressera pour descendre de l’arbre et se mettra en quatre pour les pauvres, ceux qui, jusqu’alors, n’y avaient jamais pensé. Frères, puisse Dieu nous accorder ce don d’une proximité renouvelée entre la famille et l’Eglise. La famille en a besoin, l'Eglise en a besoin, les pasteurs en ont besoin".

Le Pape s'adresse au monde carcéral


Cité du Vatican, 28 septembre 2015 (VIS). Hier à Philadelphie, après la rencontre avec l'épiscopat, le Pape rendu à la Prison Curan-Fromhold, où il a rencontré les 2.800 détenus. Voici ce qu'il leur a dit: "Je sais que c’est un temps douloureux non seulement pour vous, mais pour vos familles et pour toute la société. Toute société, toute famille, qui ne peut pas partager ou prendre au sérieux la peine de ses enfants, et voit cette peine comme une chose normale ou bien prévisible, est une société condamnée à demeurer otage d’elle-même, proie de tout ce qui provoque cette peine. Je suis venu en pasteur, mais avant tout comme un frère, pour partager votre situation et la faire mienne. Je suis venu pour que nous puissions prier ensemble et offrir à notre Dieu tout ce qui nous cause de la peine, mais aussi tout ce qui nous donne de l’espérance, afin que nous puissions recevoir de lui la puissance de la résurrection. Je pense à...Jésus lavant les pieds de ses disciples lors de la dernière Cène. C’était quelque chose qu'ils avaient du mal à accepter. Même Pierre a refusé... A l'époque, il était de coutume de laver les pieds...aux hôtes". Les routes étant poussiéreuses, il fallait quitter ses sandales pour se laver les pieds, meurtris ou blessés par les cailloux. "Voilà pourquoi on voit Jésus laver les pieds, nos pieds, les pieds de ses disciples, en son temps et maintenant. La vie est un voyage, au long de différentes routes, de différents chemins, qui laissent leurs marques sur nous. Nous savons dans la foi que Jésus va à notre recherche. Il veut guérir nos blessures, soulager nos pieds meurtris en voyageant seuls, laver chacun de nous de la poussière de notre voyage. Il ne nous demande pas où nous avons été, il ne nous pose pas de questions sur ce que nous avons fait. Plutôt, il nous dit: Si je ne lave pas tes pieds, je ne serai pas en mesure de te donner la vie dont le Père a toujours rêvé, la vie pour laquelle il t’a créé. Jésus vient nous rencontrer, pour pouvoir restaurer notre dignité d’enfants de Dieu. Il veut nous aider à nous rétablir, à reprendre notre route, à retrouver l’espérance, à restaurer notre foi et notre confiance. Il veut que nous continuions à marcher au long des sentiers de la vie, à réaliser que nous avons une mission, et que l’enfermement n’est pas la même chose que l’exclusion".

"La vie, c’est avoir les pieds sales à cause de la poussière des routes de la vie et de l’histoire. Tous, nous avons besoin d’être nettoyés, d’être lavés. Tous, nous sommes recherchés par le Maître, qui veut nous aider à reprendre le voyage. Le Seigneur va à notre recherche et tend une main secourable. Cela fait mal de voir les systèmes carcéraux qui ne se préoccupent pas de soigner les blessures, de soulager la peine, d’offrir de nouvelles possibilités. Cela fait mal de voir des personnes qui pensent que ce sont seulement les autres qui ont besoin d’être nettoyés, purifiés, et qui ne reconnaissent pas que leur épuisement, leur peine et leurs blessures sont aussi l’épuisement, la peine et les blessures de la société. Le Seigneur nous le dit clairement par un signe. Il lave nos pieds en sorte que nous puissions revenir à table. La table de laquelle il ne veut que personne soit exclu. La table qui est dressée pour tous et à laquelle nous sommes tous invités. Ce temps dans votre vie peut seulement avoir un objectif, vous tendre la main pour retourner sur le bon chemin, vous tendre la main pour vous aider à rejoindre la société. Nous sommes tous partie intégrante de cet effort, nous sommes tous invités à encourager, à aider et à rendre possible votre réhabilitation. Une réhabilitation que chacun cherche et désire: les détenus et leurs familles, les autorités carcérales, les programmes sociaux et éducatifs. Une réhabilitation qui bénéficie à la morale de la communauté entière et l’élève. Jésus nous invite à partager son destin, sa façon de vivre et d’agir. Il nous enseigne à voir le monde à travers son regard. Un regard qui n’est pas scandalisé par la poussière ramassée au long du chemin, mais qui veut nettoyer, guérir et restaurer. Il nous demande de créer de nouvelles opportunités pour les détenus, pour leurs familles, pour les autorités carcérales et pour la société tout entière".


"Je vous encourage à avoir cette attitude les uns envers les autres et envers tous ceux qui d’une façon ou d’une autre font partie de cette institution. Puissiez-vous rendre possibles de nouvelles opportunités, de nouveaux parcours, de nouveaux chemins. Nous avons tous quelque chose dont nous devons être lavés, ou bien purifiés. Puisse la reconnaissance de ce fait nous inspirer à vivre dans la solidarité, à nous soutenir les uns les autres et à rechercher le meilleur pour les autres. Regardons Jésus, qui lave nos pieds. Il est le chemin, la vérité et la vie. Il vient nous sauver du mensonge selon lequel personne ne peut changer. Il nous aide à parcourir les sentiers de la vie et de l’épanouissement. Puissent la puissance de son amour et sa résurrection être toujours un chemin qui vous conduit à une nouvelle vie". 

Messe de clôture de la Rencontre des familles


Cité du Vatican, 28 septembre (VIS). Hier après-midi au Benjamin Franklin Parkway de Philadelphie, plusieurs centaines de milliers de personnes ont pris part à la messe de clôture de la Rencontre mondiale des familles (la prochaine aura lieu en 2018 à Dublin). Commentant les lectures liturgiques, le Saint-Père a rappelé que Moïse et Jésus ont chacun réprimandé dans leur entourage ceux qui prétendaient prophétiser ou chasser les mauvais esprits: "Jésus a rencontré l’hostilité de qui n’avait pas accepté ce qu’il leur disait ou faisait. Pour ceux-là" s'ouvrir à des "hommes et femmes qui ne faisaient pas partie du peuple élu, était intolérable. Les disciples, de leur côté, ont agi de bonne foi. Mais la tentation d’être scandalisé par la liberté de Dieu, qui fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes, en contournant la bureaucratie, les cercles administratifs et restreints, aurait menacé l’authenticité de la foi". On comprend donc "pourquoi les paroles de Jésus sur le scandale sont si dures. Pour Jésus, le vrai scandale consiste en tout ce qui rompt et détruit notre confiance dans l’œuvre de l’Esprit. Il continue de répandre...sa présence dans notre monde, car...ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu mais, mais lui qui nous a aimés en premier lieu. Cet amour nous donne la profonde certitude d'être désirés par Dieu qui nous attend. C’est cette confiance qui fait que les disciples encouragent, soutiennent et entretiennent les bonnes choses arrivant tout autour d’eux. Dieu veut que tous ses enfants prennent part au festin de l’Evangile. Jésus dit: N’entravez rien qui soit bon, au contraire aidez-le à grandir. Emettre des doutes sur l’œuvre de l’Esprit, donner l’impression qu’il ne peut trouver place en ceux qui ne font pas partie de notre groupe, qui ne sont pas comme nous’’, est une tentation dangereuse. Non seulement cela bloque la conversion à la foi, mais aussi c’est une perversion de la foi".


"La foi ouvre une fenêtre à la présence et à l’œuvre de l’Esprit. Elle nous montre que, comme le bonheur, la sainteté est toujours liée à de petits gestes. Quiconque vous donne un verre d’eau en mon nom ne restera pas sans récompense, a dit Jésus. Ces petits gestes sont ceux que nous apprenons à la maison et faisons quotidiennement... Ce sont les simples choses faites par les mères et les grands-mères, par les pères et les grands-pères, par les enfants. Ce sont les petits signes de tendresse, d’affection et de compassion. Comme la soupe chaude que nous attendons avec impatience la nuit, ou bien le petit déjeuner attendant quelqu’un qui se lève tôt pour aller au travail. Des gestes familiers. Comme une bénédiction avant d’aller au lit, ou bien une étreinte à notre retour après une dure journée de travail. L’amour se montre par de petites choses, par l’attention aux petits signes quotidiens qui font que nous nous sentons chez nous. La foi grandit lorsqu’elle est vécue et avivée par l’amour. Voilà pourquoi nos familles, nos maisons, sont de vraies Eglises domestiques. Elles sont le lieu approprié pour que la foi devienne vie, et que la vie devienne foi. Jésus nous dit de ne pas entraver ces petits miracles. Au contraire, il veut que nous les encouragions, que nous les diffusions. Il nous demande de vivre la vie, notre vie quotidienne, en encourageant tous ces petits signes d’amour comme des signes de sa propre vie et de sa présence agissante dans notre monde. Alors, comment essayons-nous de vivre de cette manière dans nos familles, dans nos sociétés? Quel genre de monde voulons-nous laisser à nos enfants? Nous ne pouvons pas répondre à ces questions seuls, par nous-mêmes. C’est l’Esprit qui nous lance le défi de répondre en tant que membres de cette grande famille humaine. Notre maison commune ne peut plus tolérer des divisions stériles. Le défi urgent de sauvegarde de notre maison inclut l’effort de réunir la famille humaine tout entière dans la recherche d’un développement intégral et durable, car nous savons que les choses peuvent changer. Puissent nos enfants trouver en nous des modèles et des incitations à la communion! Puissent nos enfants trouver en nous des hommes et des femmes capables de se joindre à d’autres pour faire fleurir toutes les bonnes semences que le Père a plantées. Sèchement, mais avec affection, Jésus nous avertit: Si vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père donnera-t-il l’Esprit à ceux qui le lui demandent! Que de sagesse dans ces paroles... Jésus sait que, quand il s’agit des enfants, nous sommes capables d’une générosité sans bornes... Nous les chrétiens, disciples du Seigneur, nous demandons aux familles du monde de nous aider... Puissions-nous être tous des prophètes! Puissions-nous tous être ouverts aux miracles de l’amour pour toutes les familles du monde, et ainsi vaincre le scandale de l’amour étroit, mesquin, enfermé sur lui-même, impatient envers les autres. Et qu’il serait beau si, partout, même au-delà de nos frontières, nous pouvions apprécier et encourager cette prophétie et ce miracle. Nous renouvelons notre foi dans la parole du Seigneur qui invite les familles croyantes à cette ouverture. Elle invite tous ceux qui veulent partager la prophétie de l’alliance entre l’homme et de la femme, qui donne vie et révèle Dieu. Quiconque veut fonder dans ce monde une famille qui enseigne aux enfants à être enthousiasmés par chaque geste visant à vaincre le mal. Une famille qui montre que l’Esprit est vivant et à l’œuvre trouvera notre gratitude et notre appréciation. Quels que soient la famille, le peuple, la région ou la religion auxquels il appartient. Puisse Dieu accorder à nous tous, en tant que disciples du Seigneur, la grâce d’être dignes de cette pureté de cœur qui n’est pas scandalisée par l’Evangile."

Le Pape François prend congé des Etats-Unis


Cité du Vatican, 28 septembre 2015 (VIS). Au terme de la messe, le Pape a gagné l'aéroport de Philadelphie d'où il est parti pour Rome. Cinq cents personnes l'attendaient, en grande partie des membres du comité organisateur, des bénévoles et bienfaiteurs de la Rencontre mondiale des familles, ainsi que le Vice-président Joe Biden. Avant de monter dans l'avion, il a adressé quelques mots de remerciement: Il a félicité les familles qui ont témoigné de leur vie. "Leur sincérité et leur humilité devant le Seigneur et devant nous tous ont montré la beauté de la vie familiale dans toute sa richesse et sa diversité. Je prie pour que ces jours de prière et de réflexion sur l’importance de la famille pour une société saine, encouragent les familles à continuer de tendre vers la sainteté et à voir l’Eglise comme leur compagne fidèle, quels que soient les défis qu’elles pourraient affronter". Le Pape a aussi remercié tous ceux qui ont collaboré pendant son séjour dans les archidiocèses de Washington et de New York. "Ce fut particulièrement émouvant pour moi de canoniser Junípero Serra, qui nous rappelle à tous notre appel à être des disciples missionnaires, et aussi de me trouver avec mes frères et sœurs d’autres religions à Ground Zero, cet endroit qui nous parle si puissamment du mystère du mal. Cependant, nous savons avec assurance que le mal n’a jamais le dernier mot, et que, dans le plan miséricordieux de Dieu, l’amour et la paix triomphent de tout". Il a ensuite demandé au Vice-président de renouveler sa gratitude au Président Obama et aux membres du Congrès, avec l’assurance de ses prières pour le peuple américain. "Ce pays a été béni par d’immenses dons et opportunités. Je prie pour que vous puissiez tous être de bons et généreux intendants des ressources humaines et matérielles qui vous ont été confiées. Je remercie le Seigneur d’avoir pu expérimenter la foi du peuple de Dieu dans ce pays, manifestée dans nos moments de prière commune et exprimée dans de si nombreuses œuvres de charité. Jésus déclare: Vraiment, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. Votre sollicitude envers moi et votre généreux accueil sont le signe de votre amour pour Jésus et de votre foi en lui. Il en est de même de votre sollicitude envers les pauvres, les malades, les sans-abri et les migrants, de votre défense de la vie à toutes ses étapes, et de votre souci de la vie familiale. Dans tout cela, vous reconnaissez que Jésus est au milieu de vous et que votre sollicitude les uns pour les autres est sollicitude pour Jésus lui-même".

"En prenant congé, je vous demande tous, surtout aux volontaires et aux bienfaiteurs qui ont apporté une contribution pour la Rencontre mondiale des familles de ne pas laisser votre enthousiasme pour Jésus, pour l’Eglise, pour nos familles, et pour la famille plus grande de la société, se dessécher. Puissent nos jours passés ensemble porter des fruits abondants et durables, une générosité et une sollicitude pour les autres qui perdurent. Tout comme nous avons beaucoup reçu de Dieu, des dons librement accordés, et non pas issus de notre mérite, de la même manière donnons gratuitement aux autres en retour. Chers amis, je vous salue tous dans le Seigneur et vous confie à la maternelle protection de Marie Immaculée, Patronne des Etats-Unis. Je prierai pour vous et pour vos familles, et je vous demande, s’il vous plaît, de prier pour moi. Que Dieu vous bénisse tous. Que Dieu bénisse l’Amérique!", a conclu le Pape.


A 20 h (heure locale, 2 h du 28 septembre, heure de Rome), le Saint-Père a pris l'avion qui l'a ramené à Rome où il est arrivé à 9h58. Quittant l'aéroport et avant de rentrer au Vatican, il s'est arrêté à la basilique Ste.Marie Majeure pour prier la Vierge Salus Populi Romani et la remercier des fruits de ce voyage apostolique.

Message pour la JMJ de Cracovie


Cité du Vatican, 28 septembre 2015 (VIS). Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde, tel est le thème du Message du Pape pour la prochaine JMG, publié ce jour avec la date du 15 août dernier:

"Chers jeunes, nous voici à la dernière étape de notre pèlerinage vers Cracovie où, en juillet prochain, nous célébrerons ensemble la 21 Journée mondiale de la jeunesse. Sur notre parcours, long et exigeant, nous sommes guidés par les paroles de Jésus tirées du Discours sur la montagne. Nous avons commencé ce voyage en 2014, en méditant ensemble sur la première des Béatitude, Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux. Et nous l'avons poursuivi en 2015, en méditant sur le passage de Matthieu, Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Au cours de l’année que nous allons vivre, nous nous laisserons inspirer par le verset suivant: Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Grâce à son thème, la JMJ de Cracovie 2016 s’insèrent parfaitement dans le climat de l’Année Sainte de la miséricorde, devenant ainsi un vrai Jubilé mondial des jeunes. Ce n’est pas la première fois qu’une rencontre internationale de jeunes coïncide avec une année jubilaire. En effet, ce fut dans le cadre de l’Année Sainte de la Rédemption (1983-1984) que Jean-Paul II convoqua pour la première fois les jeunes du monde entier à Rome le dimanche des Rameaux. C’est encore au cours du Grand Jubilé de l’an 2000 que plus de deux millions de jeunes de 165 pays se retrouvèrent à Rome pour la 15 Journée mondiale de la Jeunesse... Le Jubilé des jeunes à Cracovie sera l’un des temps forts de cette Année Sainte. Certains d’entre vous se demandent peut-être ce qu’est cette année jubilaire célébrée dans l’Eglise. Le Lévitique nous aide à comprendre ce que signifiait le jubilé pour le peuple d’Israël. Tous les cinquante ans, les hébreux entendaient retentir la trompette (jobel) qui les convoquait (jobil) pour célébrer une année de réconciliation générale (Jobal). C’était un temps propice pour renouer avec Dieu, avec le prochain et avec la création... Par conséquent, entre autres choses, on encourageait l’effacement des dettes, un soutien particulier à ceux qui étaient tombés dans la misère, l’amélioration des relations interpersonnelles et la libération des esclaves".

"Jésus-Christ est venu annoncer et accomplir le temps perpétuel de la grâce du Seigneur, annonçant la Bonne Nouvelle aux pauvres, la délivrance aux captifs, la vue aux aveugles et la liberté aux opprimés. En lui, et en particulier dans son mystère pascal, s’accomplit pleinement le sens profond du jubilé. Lorsqu’au nom du Christ l’Eglise convoque un jubilé, nous sommes tous invités à vivre un temps extraordinaire de grâce. L’Eglise elle-même est appelée à offrir en abondance des signes de la présence et de la proximité de Dieu, pour réveiller dans les cœurs la capacité à regarder l’essentiel. En particulier cette Année Sainte de la miséricorde est le temps pour l’Eglise de retrouver le sens de la mission que le Seigneur lui a confiée le jour de Pâques, celui d'être signe et instrument de la miséricorde du Père... Essayons donc de mieux cerner ce que signifie la miséricorde. Pour parler de la miséricorde divine, l’Ancien Testament recourt à différents termes, les plus significatifs étant hessed et rahamim. Le premier, appliqué à Dieu, exprime son indéfectible fidélité à l’Alliance avec son peuple, qu’il aime et pardonne toujours. Rahamim, quant à lui, peut être traduit par entrailles et renvoie en particulier au sein maternel, faisant comprendre que l’amour de Dieu pour son peuple est comme celui d’une mère pour son enfant. Le prophète Isaïe l’exprime bien: Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles? Même si les femmes oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas. Un tel amour implique que l’on fasse de la place pour l’autre en soi-même, que l’on sente, souffre et se réjouisse avec le prochain. Le concept biblique de la miséricorde contient également l’idée d’un amour concret, qui est fidèle, gratuit et capable de pardonner. Ce passage du prophète Osée nous offre un bel exemple de l’amour de Dieu, comparable à l’amour d’un père pour son fils: Quand Israël était jeune, je l’aimai, et d’Egypte j’appelai mon fils. Mais plus je les appelais, plus ils s’écartaient de moi, aux divinités ils sacrifiaient, aux idoles ils brûlaient de l’encens. Et moi j’avais appris à marcher à Ephraïm, je le prenais par les bras, et ils n’ont pas compris que je prenais soin d’eux, Je les menais avec des attaches humaines, avec des liens d’amour. J’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson tout contre leur joue, je m’inclinais vers lui et le faisais manger. Malgré le comportement mauvais de l’enfant qui mériterait un châtiment, l’amour du père est fidèle et pardonne toujours un fils repentant. Comme on peut le remarquer, le pardon fait toujours partie de la miséricorde: La miséricorde de Dieu n’est pas une idée abstraite, mais une réalité concrète à travers laquelle il révèle son amour comme celui d’un père et d’une mère qui se laissent émouvoir au plus profond d’eux-mêmes par leur fils. Il vient du cœur comme un sentiment profond, naturel, fait de tendresse et de compassion, d’indulgence et de pardon. Pour le Nouveau Testament, la miséricorde divine (eleos) est la synthèse de l’œuvre que Jésus est venu accomplir dans le monde au nom du Père. La miséricorde de notre Seigneur se manifeste surtout quand il se penche sur la misère humaine et manifeste sa compassion pour celui qui a besoin de compréhension, de guérison et de pardon. Tout en Jésus parle de la miséricorde. Mieux, il est lui-même la miséricorde".

"Au chapitre 15 de l’Evangile de Luc, on trouve les trois paraboles de la miséricorde: celle de la brebis perdue, celle de la drachme perdue, et celle du fils prodigue. Dans les trois cas nous sommes touchés par la joie de Dieu, la joie qu’il éprouve quand il retrouve un pécheur et lui pardonne. Oui, la joie de Dieu est de pardonner! Voilà la synthèse de tout l’Evangile. Chacun de nous est cette brebis perdue, cette pièce d’argent perdue. Chacun de nous est ce fils qui a gâché sa liberté en suivant de fausses idoles, des mirages de bonheur, et qui a tout perdu. Mais Dieu ne nous oublie pas, le Père ne nous abandonne jamais. C’est un père patient, il nous attend toujours. Il respecte notre liberté, mais il reste toujours fidèle. Et lorsque nous retournons à lui, il nous accueille comme ses enfants, dans sa maison, car il ne cesse jamais...de nous attendre, avec amour. Et son cœur est en fête pour tout enfant qui revient. Il est en fête parce qu’il est joie. Dieu a cette joie, quand l’un de nous, pécheur, va à lui et demande son pardon. La miséricorde de Dieu est très concrète et nous sommes tous appelés à en faire l’expérience. Lorsque j’avais dix-sept ans, un jour où je devais sortir avec mes amis, j’ai décidé de me recueillir d’abord dans une église. Une fois à l’intérieur, j’ai trouvé un prêtre qui m’a inspiré confiance, et j’ai senti le désir d’ouvrir mon cœur dans la confession. Cette rencontre a changé ma vie. J’ai découvert que lorsque nous ouvrons nos cœurs avec humilité et transparence, nous pouvons contempler d’une façon très concrète la miséricorde de Dieu. J’ai eu la certitude que dans la personne de ce prêtre, Dieu était là, m’attendant déjà, avant même que je ne fasse le premier pas pour entrer dans l’église. Nous le cherchons, mais il nous précède toujours. Il nous cherche depuis toujours et il nous trouve en premier. Peut-être quelqu’un parmi vous a-t-il un poids sur le cœur et pense j’ai fait ceci, j’ai fait cela. N’ayez pas peur, il vous attend, il est un père qui attend toujours. Comme c’est beau de trouver sa miséricorde dans le sacrement de la réconciliation, de découvrir le confessionnal comme le lieu de la miséricorde, de se laisser toucher par cet amour miséricordieux du Seigneur qui nous pardonne toujours".

"Et toi, cher jeune, as-tu jamais senti se poser sur toi ce regard d’amour infini? Ce regard qui, au-delà de tous tes péchés, limites, échecs, continue à te faire confiance et à considérer ta vie avec espérance? Es-tu conscient du prix que tu as aux yeux de ce Dieu qui t’a tout donné par amour? Comme le dit Paul, La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous. Comprenons-nous vraiment la puissance de ces mots? Je sais combien vous est chère la croix des JMJ, qui accompagne toutes vos rencontres internationales depuis 1984. Combien de conversions authentiques, combien de changements sont survenus dans la vie de nombreux jeunes qui ont rencontré cette simple croix... Mais d’où vient cette force extraordinaire de la croix? La réponse est que la croix est le signe le plus éloquent de la miséricorde de Dieu. Elle nous enseigne que la mesure de l’amour de Dieu pour l’humanité est d’aimer sans mesure. Dans la croix, nous pouvons toucher la miséricorde de Dieu et nous laisser toucher par sa miséricorde. Je voudrais rappeler ici l’épisode des deux larrons crucifiés avec Jésus: L’un des deux est présomptueux, il ne se reconnaît pas pécheur et se moque du Seigneur. L’autre, par contre, reconnaît son erreur et se tourne vers le Seigneur et lui déclare: Jésus, souviens-toi de moi lorsque tu viendras avec ton Royaume. Jésus le regarde avec une infinie miséricorde et lui répond: En vérité, je te le dis : aujourd’hui, tu seras, avec moi, dans le Paradis. Avec lequel des deux nous identifions-nous? Avec celui qui est arrogant et ne reconnaît pas ses erreurs, ou avec celui qui a reconnu son besoin de miséricorde divine et l’implore de tout son cœur? Dans le Seigneur qui a donné sa vie pour nous sur la croix, nous trouverons toujours un amour inconditionnel qui reconnaît la valeur de nos vies et nous donne à chaque fois la possibilité de recommencer".

"La Parole de Dieu nous enseigne qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. C’est précisément pour cette raison que la cinquième Béatitude déclare bienheureux les miséricordieux. Nous savons que le Seigneur nous a aimés en premier. Mais nous ne serons vraiment heureux que si nous entrons dans la logique divine du don, de l’amour gratuit. Nous ne serons heureux que si nous découvrons que Dieu nous a si infiniment aimés qu’il nous a rendus capables d’aimer comme lui, sans mesure. Comme le dit saint Jean, Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour est de Dieu, et que quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. En ceci consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés. Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. Après avoir brièvement expliqué comment le Seigneur manifeste sa miséricorde à notre égard, je voudrais maintenant vous suggérer des pistes pour devenir concrètement des instruments de cette miséricorde envers notre prochain... Le bienheureux Pier Giorgio Frassati disait: Jésus me rend visite tous les matins dans la communion. Moi, je la lui rends, aussi misérablement que je peux, en visitant les pauvres. Le jeune Pier Giorgio avait compris ce que signifie avoir un cœur miséricordieux, sensible aux plus nécessiteux. Il leur donnait bien plus que des choses matérielles. Il se donnait lui-même, passait du temps avec eux, il leur parlait, les écoutait attentivement. Il servait les pauvres avec une grande discrétion, ne se mettant jamais en avant. Il vivait vraiment l’Evangile qui dit: Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône soit secrète. La veille de sa mort, gravement malade, il continuait encore à donner des indications sur la façon d’aider ses amis, les indigents. A ses funérailles, les membres de sa famille et ses amis furent stupéfaits par la présence d’un grand nombre de pauvres, de personnes que Pier Giorgio avait accompagnées et aidées, et dont ils ignoraient l’existence. J’aime bien associer les Béatitudes évangéliques et le chapitre 25 de Matthieu, où Jésus présente les œuvres de miséricorde et déclare que nous serons jugés sur la base de celles-ci. Je vous invite donc à redécouvrir les œuvres de miséricorde corporelle: Nourrir les affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir celui qui est nu, accueillir l’étranger, assister les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts. N’oublions pas non plus les œuvres de miséricorde spirituelle : conseiller ceux qui sont dans le doute, enseigner ceux qui sont dans l’ignorance, reprendre les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter avec patience les personnes importunes, prier Dieu pour les vivants et pour les morts. Comme vous pouvez le remarquer, la miséricorde n’est pas synonyme de bonnisme ni de pur sentimentalisme. En elle se vérifie l’authenticité de notre identité de disciples de Jésus et notre crédibilité en tant que chrétiens dans le monde d’aujourd’hui. Je vous propose, à vous qui êtes très concrets pour chacun des sept premiers mois de l’année 2016, de choisir une œuvre de miséricorde corporelle et une œuvre de miséricorde spirituelle à mettre en pratique chaque mois. Laissez-vous inspirer par la prière de sainte Faustine, humble apôtre de la Miséricorde Divine pour notre temps: Aide-moi, Seigneur, pour que mes yeux soient miséricordieux, pour que je ne soupçonne jamais ni ne juge d’après les apparences extérieures, mais que je discerne la beauté dans l’âme de mon prochain et que je lui vienne en aide... pour que mon oreille soit miséricordieuse, afin que je me penche sur les besoins de mon prochain et ne reste pas indifférente à ses douleurs ni à ses plaintes […] pour que ma langue soit miséricordieuse, afin que je ne dise jamais de mal de mon prochain, mais que j’aie pour chacun un mot de consolation et de pardon […] pour que mes mains soient miséricordieuses et remplies de bonnes actions […] pour que mes pieds soient miséricordieux, pour me hâter au secours de mon prochain, en dominant ma propre fatigue et ma lassitude […] pour que mon cœur soit miséricordieux, afin que je ressente toutes les souffrances de mon prochain. Le message de la Divine Miséricorde est donc un programme de vie très concret et exigeant parce qu’il implique des œuvres. Et l’une des œuvres de miséricorde plus évidente, mais aussi plus difficile à mettre en pratique, est sans aucun doute de pardonner à ceux qui nous ont offensés, ceux qui nous ont fait du mal, ceux que nous considérons comme nos ennemis. Bien souvent, il nous semble difficile de pardonner. Cependant, le pardon est le moyen déposé dans nos mains fragiles pour atteindre la paix du cœur. Se défaire de la rancœur, de la colère, de la violence et de la vengeance, est la condition nécessaire pour vivre heureux... Beaucoup de jeunes qui me disent qu’ils sont las de ce monde si divisé, où des membres des factions rivales s’affrontent, où sévissent tant de guerres et où il y en a même qui utilisent leur religion pour justifier la violence. Nous devons supplier le Seigneur pour qu’il nous accorde la grâce d’être miséricordieux avec ceux qui nous font du mal, à l’image de Jésus en croix qui a prié pour ceux qui l’avaient crucifié: Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. Le seul remède contre le mal est la miséricorde. Certes, la justice est nécessaire, mais pas suffisante à elle seule. Justice et miséricorde doivent aller de pair. Comme je voudrais que nous nous unissions tous en chœur pour prier du tréfonds de nos cœurs et implorer le Seigneur afin qu’il ait pitié de nous et du monde entier".


"Il ne manque plus que quelques mois à notre rencontre en Pologne. Cracovie, la ville de saint Jean-Paul II et de sainte Faustine Kowalska, nous attend à bras et cœurs ouverts. Je crois que c’est la Divine Providence qui nous a conduits à célébrer le Jubilé des jeunes dans la terre où ont vécu ces deux grands apôtres de la miséricorde de notre temps. Jean-Paul II a compris que le nôtre était le temps de la miséricorde. Dès le début de son pontificat, il a promulgué l’encyclique Dives in Misericordia. Pendant l’Année Sainte 2000, il a canonisé Sœur Faustine et a institué la fête de la Divine Miséricorde, le deuxième dimanche de Pâques. Et, en 2002, il a personnellement inauguré à Cracovie le Sanctuaire de Jésus Miséricordieux, confiant le monde entier à la Divine Miséricorde, exprimant le désir que ce message atteigne tous les habitants de la terre et remplisse leurs cœurs d’espérance : « Il faut allumer cette étincelle de la grâce de Dieu. Il faut transmettre au monde ce feu de la miséricorde. Dans la miséricorde de Dieu, le monde trouvera la paix, et l’homme trouvera le bonheur... Jésus miséricordieux, représenté dans l’effigie vénérée par le peuple de Dieu dans le sanctuaire de Cracovie qui lui est consacré, vous attend. Il vous fait confiance et il compte sur vous ! Il a tant de choses importantes à dire à chacun d’entre vous. N’ayez pas peur de croiser son regard plein d’amour infini pour chacun de vous, et laissez-vous atteindre par son regard miséricordieux, prêt à pardonner tous vos péchés, un regard qui peut changer votre vie et guérir les blessures de vos âmes, un regard qui étanche la soif profonde qui habite vos cœurs de jeunes: Soif d’amour, de paix, de joie et du vrai bonheur. Venez à lui et n’ayez pas peur! Venez pour lui dire du fond de votre cœur Jésus, en toi je me confie. Laissez-vous toucher par sa miséricorde sans limite pour devenir vous aussi, à travers les œuvres, les paroles et la prière, des apôtres de la miséricorde dans notre monde blessé par l’égoïsme, la haine et tant de désespoir. Portez la flamme de l’amour miséricordieux du Christ dont parlait Jean-Paul II, portez là dans les différents milieux de votre vie quotidienne et jusqu’aux extrémités de la terre. Dans cette mission, je vous accompagne avec mes meilleurs vœux et mes prières. Je vous confie tous à la Vierge Marie, mère de Miséricorde, pendant cette phase finale de l’itinéraire de préparation spirituelle aux prochaines JMJ à Cracovie, et je vous bénis tous de grand cœur".

Année Sainte de la miséricorde et JMG de Cracovie


Cité du Vatican, 28 septembre 2015 (VIS). En parallèle à la publication du Message du Saint-Père aux jeunes en vue de la Journée mondiale de la Jeunesse 2016, le Conseil pontifical pour les laïcs diffuse le communiqué suivant: "Comme pour les deux précédents, ce texte se fonde sur les Béatitudes pour accompagner les jeunes du monde entier dans leur parcours spirituel vers Cracovie... Au cours de ces trente dernières années, les JMJ, précieux héritage de Jean-Paul II, sont devenues un grand instrument d’évangélisation de la jeunesse et une importante occasion de dialogue entre l’Eglise et les nouvelles générations. Cette aventure spirituelle a jusqu’ici mobilisé des millions de jeunes de tous les continents. La JMJ a suscité chez beaucoup d’entre eux un profond changement de vie, la découverte d’un appel intrinsèquement lié à leur condition de jeunes. De nombreuses vocations au sacerdoce et à la vie consacrée sont nées après les JMJ, et beaucoup parmi les jeunes gens et les jeunes filles qui ont vécu ensemble cette expérience ont, par la suite, choisi d’unir leurs vies dans le sacrement du mariage. Dans son message, le Saint-Père souligne combien le thème de cette XXXI JMJ place l'événement au cœur de l’Année Sainte de la miséricorde, la transformant en un véritable Jubilé mondial des jeunes. Comme le rappelle si bien le Successeur de Pierre, c’est la troisième fois qu’une rencontre internationale des jeunes coïncide avec une année jubilaire. Ce fut le cas lorsque, au cours de l’Année Sainte de la rédemption (1983-1984), Jean-Paul II convoqua pour la première fois les jeunes du monde entier pour dimanche des Rameaux. Puis, lors du Grand Jubilé de l’an 2000, plus de deux millions de jeunes de 165 pays se réunirent à Rome pour la XV Journée mondiale. Cette fois-ci encore, le Jubilé des jeunes à Cracovie sera l’un des temps forts de cette année sainte".


"Le Pape explique ensuite aux jeunes comment Dieu a révélé sa miséricorde dans l'Ecriture, en manifestant son indéfectible fidélité et son amour éternel, toujours prêt à pardonner. Dans le Nouveau Testament, la miséricorde est présentée comme la synthèse de l’œuvre que Jésus est venu accomplir dans le monde au nom du Père. Tout en Jésus parle de la miséricorde. Mieux, il est lui-même la miséricorde. Le Saint-Père invite alors les jeunes à faire une expérience directe de la miséricorde du Seigneur. Il raconte que lorsque j’avais dix-sept ans, un jour où il devais sortir avec des amis, il décida de se recueillir d’abord dans une église. Une fois à l’intérieur, il a trouvé un prêtre qui lui a inspiré une grande confiance et a ressenti le désir de se confesser. Cette rencontre a changé sa vie... Après avoir expliqué comment Dieu nous manifeste sa miséricorde, le Pape invite les jeunes à devenir, à leur tour, des instruments de cette miséricorde envers les autres. Il leur propose une façon très concrète de répondre à son appel: Je vous propose de vous engager à vivre pour chacun des sept premiers mois de l’année 2016, une œuvre de miséricorde matérielle et une œuvre de miséricorde spirituelle. A la fin de son message, le Pape François renouvelle une chaleureuse invitation aux jeunes: « Il ne manque plus que quelques mois à notre rencontre en Pologne. Cracovie, la ville de saint Jean-Paul II et de sainte Faustina Kowalska, nous attend à bras et cœurs ouverts. Je crois que c’est la Divine Providence qui nous a guidés à célébrer le jubilé des jeunes au pays ces deux grands apôtres de la miséricorde de notre temps. Jésus miséricordieux, représenté dans l’effigie vénérée par le peuple de Dieu dans le sanctuaire de Cracovie qui lui est consacré, vous attend. Venez et dites-lui du fond de votre cœur Jésus, en toi je me confie".

dimanche 27 septembre 2015

Première messe à Philadelphie


Cité du Vatican, 27 septembre (VIS). Le Saint-Père est arrivé hier à Philadelphie, dernière étape de sa visite pastorale aux Etat-Unis, où il a d'abord célébré une messe avec les évêques, les prêtres et les religieux de la Pennsylvanie, en la cathédrale de la ville qui vit la promulgation de la déclaration d'indépendance américaine. A l'homélie, à propos de l'histoire tourmentée du monument, il a évoqué "des générations de catholiques engagés, allant vers les périphéries et construisant des communautés d’adoration, d’éducation, de charité et de service à la société dans son ensemble". Cette histoire est également "visible dans les efforts de tant de prêtres, religieux et laïcs dévoués, qui durant plus de deux siècles ont pourvu aux besoins spirituels des pauvres, des migrants, des malades et des prisonniers. Et elle est visible dans les centaines d’écoles où les religieux et les religieuses enseignent aux enfants à lire et à écrire, à aimer Dieu et le voisin, et à contribuer, en tant que bons citoyens, à la vie de la société américaine. Tout cela est un grand héritage que vous avez reçu, et que vous avez été appelés à enrichir et à transmettre".

"La plupart d’entre vous connaît l’histoire de sainte Catherine Drexel, qui..ayant fait part à Léon XIII des besoins des missions américaines" s'entendit sèchement répliquer: "Et vous qu’allez-vous faire? Ces paroles ont changé la vie de Catherine, parce qu’elles lui ont rappelé, qu’après tout, chaque chrétien, en vertu du baptême, a reçu une mission. Chacun de nous doit répondre, de son mieux, à l’appel du Seigneur pour bâtir l’Eglise. Et vous? Je voudrais m’arrêter sur deux aspects de ces mots dans le contexte de notre mission particulière de transmettre la joie de l’Evangile et de bâtir l’Eglise, que nous soyons prêtres, diacres ou membres d’instituts de vie consacrée. D'abord, adressées à une jeune femme ayant de hauts idéaux, ces paroles ont changé sa vie. Elles lui ont fait penser à l’immense tâche à accomplir, et à réaliser qu’elle était appelée à y prendre sa part. Que de jeunes gens dans leurs paroisses et leurs écoles ont les mêmes hauts idéaux, la même générosité d’esprit, et le même amour pour le Christ et pour l’Eglise! Les mettons-nous au défi? Leur faisons-nous place et les aidons-nous à accomplir leur part? A trouver des manières de partager leur enthousiasme et leurs dons avec nos communautés, surtout à travers des œuvres de charité et le souci des autres? Partageons-nous notre joie et notre enthousiasme en servant le Seigneur? L’un des plus grands défis auquel l’Eglise est confrontée dans cette génération est d’encourager chez tous les fidèles le sens de la responsabilité personnelle pour la mission de l’Eglise, et à leur permettre d’assumer cette responsabilité en tant que disciples missionnaires, en tant que levain de l’Evangile dans notre monde. Cela demande de la créativité dans l’adaptation aux situations changeantes, en préservant l’héritage du passé non pas d’abord en maintenant les structures et les institutions, qui nous ont bien servi, mais surtout en étant ouverts aux possibilités que l’Esprit nous révèle et en communiquant la joie de l’Evangile, jour après jour et à chaque étape de notre vie".


"Et vous? Il est significatif que ces paroles d’un Pape âgé aient été adressées aussi à une fidèle laïque. Nous savons que l’avenir de l’Eglise dans une société en évolution rapide appellera et même appelle déjà, à un engagement beaucoup plus actif du laïcat. L’Eglise aux Etats-Unis a toujours consacré un immense effort au travail de catéchèse et d’éducation. Notre défi, aujourd’hui, est de construire sur ces fondations solides et d’encourager un sens de la collaboration et de la responsabilité partagée dans la planification de l’avenir de nos paroisses et de nos institutions. Cela ne signifie pas renoncer à l’autorité spirituelle dont nous avons été investis, mais cela signifie plutôt discerner et employer avec sagesse les multiples dons que l’Esprit répand sur l’Eglise. En particulier, cela signifie évaluer l’immense contribution que chaque femme, laïque et religieuse, a apportée et continue d’apporter à la vie de nos communautés... Je vous encourage donc à vous renouveler dans la joie de cette première rencontre avec Jésus et à puiser dans cette joie une fidélité et une force renouvelées. J’attends impatiemment d’être avec vous durant ces prochains jours et je vous demande de porter mes affectueuses salutations à ceux qui n’ont pas pu être avec nous, spécialement aux nombreux prêtres âgés et aux religieux qui nous joignent par la pensée. Durant la Rencontre mondiale des familles, je voudrais vous demander de réfléchir sur notre ministère auprès des familles, auprès des couples se préparant au mariage et auprès des jeunes. Je sais que beaucoup se fait dans les Eglises locales pour répondre aux besoins des familles et pour les soutenir sur le chemin de la foi. Je vous demande de prier avec ferveur pour elles, et pour les délibérations du prochain Synode sur la famille... Tournons-nous maintenant vers Marie. Avec un amour maternel, puisse-t-elle intercéder pour le progrès de l’Eglise en Amérique à travers le témoignage prophétique du pouvoir de la croix de son Fils d’apporter joie, espérance et force à notre monde. Je prie pour chacun de vous, et je vous demande de prier pour moi".

Défendre les racines et la liberté religieuse


Cité du Vatican, 27 septembre 2015 (VIS). Le Independence National Historical Park de Philadelphie est l'un des lieux se rattachant à la guerre d'indépendance. Le Pape François s'y est rendu hier après-midi pour parler de la défense des racines et de liberté religieuse devant la communauté hispanique et émigrée. Après avoir béni une édition de la Bible pour les familles réalisée par l'Office hispanique de l'épiscopat, ainsi que la croix des Rencontres qui a visité tous les Etats avant ce rendez-vous des familles de Philadelphie, le Saint-Père a rappelé que la Déclaration de 1776 "affirme que tous les hommes sont créés égaux, qu’ils sont dotés par leur Créateur de droits inaliénables, et que les gouvernements existent pour protéger et défendre ces droits. Ces paroles vibrantes continuent de nous inspirer, tout comme elles ont inspiré d’autres peuples de par le monde afin de combattre pour la liberté de vivre conformément à leur dignité. Mais l’histoire montre aussi que ces vérités doivent être constamment réaffirmées, adaptées et défendues". L’histoire des Etats-Unis est celle d’un effort constant "pour donner corps à ces hauts principes dans la vie sociale et politique. Nous nous souvenons des grandes luttes qui ont conduit à l’abolition de l’esclavage, à l’extension du droit de vote, à la croissance du mouvement des travailleurs, et à l’effort progressif pour éliminer toute forme de racisme et de préjudice dirigés contre les vagues successives de nouveaux américains. Cela montre que, lorsqu’un pays est déterminé à demeurer fidèle à ses principes fondateurs, basés sur le respect de la dignité humaine, il en devient plus fort et" va de l'avant.

"Nous avons tout à gagner à nous souvenir de notre passé. Un peuple qui se souvient ne répète pas les erreurs passées et regarde avec confiance les défis du présent et de l’avenir. Le souvenir sauve l’âme d’un peuple de tout ce que ou de tous ceux qui pourraient tenter de la dominer ou de l’utiliser pour leurs intérêts. Lorsque l’exercice effectif de leurs droits est garanti aux individus et aux communautés, ils ne sont pas seulement libres de réaliser leur potentiel, mais aussi ils contribuent aussi au bien-être et à l’enrichissement de la société. En ce lieu symbole de l’esprit américain, je voudrais réfléchir avec vous sur le droit à la liberté religieuse. Il est un droit fondamental qui forge la façon dont nous inter-agissons socialement et personnellement avec nos voisins dont les visions religieuses diffèrent de la nôtre. La liberté religieuse signifie certainement le droit d’adorer Dieu, individuellement et en communauté, comme notre conscience le dicte. Mais la liberté religieuse, par sa nature, transcende les lieux de culte ainsi que la sphère des individus et des familles. Nos diverses traditions religieuses servent en premier lieu la société par le message qu’elles proclament. Elles appellent les individus et les communautés à adorer Dieu, la source de toute vie, de la liberté et du bonheur. Elles nous rappellent la dimension transcendante de l’existence humaine et notre irréductible liberté face à toute prétention de pouvoir absolu. Mais il nous faut jeter un regard sur l’histoire, spécialement sur l’histoire du siècle dernier, pour voir les atrocités perpétrées par les systèmes qui prétendaient bâtir l’un ou l’autre paradis terrestre en dominant des peuples, en les asservissant à des principes apparemment irrécusables et en leur déniant toute espèce de droit. Nos riches traditions religieuses...ont une force de motivation qui ouvre toujours de nouveaux horizons, stimule la pensée et fait grandir l’intelligence et la sensibilité. Elles appellent à la conversion, à la réconciliation, au souci de l’avenir de la société, au sacrifice de soi dans le service du bien commun, et à la compassion pour ceux qui sont dans le besoin. Au cœur de leur mission spirituelle, se trouve la proclamation de la vérité et de la dignité de la personne humaine ainsi que des droits humains. Nos traditions religieuses nous rappellent que, comme êtres humains, nous sommes appelés à reconnaître l’autre qui révèle notre identité relationnelle face à toute tentative visant une uniformité que l’égoïsme du fort, le conformisme du faible, ou bien l’idéologie de l’utopiste pourraient chercher à nous imposer. Dans un monde où diverses formes de tyrannie cherchent à supprimer la liberté religieuse, ou bien cherchent à la réduire à une sous-culture sans droit d’expression dans la sphère publique, ou encore cherchent à utiliser la religion comme prétexte à la haine et à la brutalité, il est impérieux que les adeptes des diverses religions unissent leurs voix pour appeler à la paix, à la tolérance, au respect de la dignité et des droits des autres".

"Nous vivons dans un monde sujet à la globalisation du paradigme technocratique, qui soigneusement vise une uniformité unidimensionnelle et cherche à éliminer toutes les différences et toutes les traditions dans une recherche superficielle d’unité. Les religions ont donc le droit et le devoir de faire comprendre qu’il est possible de bâtir une société où un sain pluralisme, qui dans la vérité respecte les différences et les valeurs comme telles est un allié précieux dans l’engagement pour la défense de la dignité humaine, un chemin de paix pour notre monde blessé.
Les fondateurs de Philadelphie ont été inspirés par un profond sens évangélique de la dignité de chaque personne et de l’idéal d’une communauté unie par l’amour fraternel. Cette conviction les a conduits à fonder...un havre de liberté religieuse et de tolérance. Ce sens du souci fraternel de la dignité de tous, spécialement des faibles et des vulnérables, est devenu une part essentielle de l’esprit américain. Lors de sa visite de 1987, Jean-Paul II a...rappelé à tous les américains que l’ultime test de leur grandeur était leur façon de traitez chaque être humain, spécialement les plus faibles et les plus démunis. Je saisis l'occasion pour remercier tous ceux qui, quelle que soit leur religion, ont cherché à servir le Dieu de la paix en construisant des villes fraternelles, qui prennent soin du prochain et défendent le don divin de la vie...et la cause des pauvres et des migrants. Trop souvent, ceux qui ont le plus besoin de notre aide sont incapables de se faire entendre. Vous êtes leur voix, et parmi vous beaucoup ont fidèlement permis à leur cri d’être entendus. Par ce témoignage, qui souvent rencontre une puissante résistance, vous rappelez à la démocratie américaine les idéaux pour lesquels elle a été fondée, et que la société est affaiblie chaque fois et partout où l’injustice prévaut".


"Parmi nous aujourd’hui, il y a des membres de la grande population hispanique , mais aussi des représentants de la plus récente migration... Beaucoup d’entre vous ont immigré dans ce pays en payant le prix fort, mais dans l’espoir de construire une nouvelle vie. Ne soyez pas découragés par les défis et les difficultés que vous affrontez, quels qu’ils soient. Je vous demande de ne pas oublier que, tout comme ceux qui vous ont précédés, vous apportez beaucoup de talents à votre nouvelle nation. Vous ne devriez pas avoir honte de vos traditions. N’oubliez pas les leçons que vous avez apprises, spécialement de vos aînés, qui constituent l’apport dont vous pouvez enrichir la vie de ce pays américain. N’ayez pas honte de ce qui fait partie de vous, le sang de votre vie. Vous êtes aussi appelés à être des citoyens responsables et à contribuer de manière fructueuse à la vie des communautés dans lesquelles vous vivez. Je pense en particulier à la foi vibrante de beaucoup d’entre vous, au sens profond de la vie familiale et à toutes ces autres valeurs dont vous avez hérité. En apportant vos dons, vous ne trouverez pas seulement votre place ici, vous aiderez à renouveler la société de l’intérieur... Puissiez vous avec ce pays être renforcés dans la gratitude pour les nombreuses bénédictions et libertés dont vous jouissez. Puissiez vous défendre ces droits, spécialement votre liberté religieuse, car elle est un don par Dieu".

Veillée de prière de la Rencontre des familles


Cité du Vatican, 27 septembre (VIS). La première journée du Pape François à Philadelphie s'est conclue hier soir au Benjamin Franklin Parkway par une veillée de prière pour la Rencontre des familles. L'événement, animé par l'intervention de plusieurs artistes et chanteurs dont l'italien Andrea Boccelli, ainsi que de l'orchestre philharmonique de la ville, a été ponctué de témoignages de familles venues de diverses régions du monde. Préférant parler spontanément, il a remis le texte préparé aux organisateurs. Nous le reproduisons ci-dessous. Ainsi a-t-il brièvement évoqué le plus beau cadeau fait par Dieu au monde est le mariage d'un homme et d'une femme, afin qu'ils se multiplient. Et puis Dieu n'a pas envoyé son fils dans un palais mais dans une famille, car les familles humaines sont d'essence divine.

"Combien est-i important de partager nos vies de famille et de nous entraider dans cette merveilleuse et exaltante tâche d’être une famille. Etre avec vous me fait penser à l’un des plus beaux mystères de notre foi chrétienne. Dieu n’a pas voulu venir dans le monde autrement que dans une famille. Dieu n’a pas voulu approcher l’humanité autrement que dans un foyer. Dieu n’a pas voulu pour lui-même d’autre nom qu’Emmanuel. Il est Dieu avec nous. Son désir depuis le commencement, son objectif, son effort constant était de nous dire: Je suis Dieu avec vous, je suis Dieu pour vous. Il est le Dieu qui, dès le début de la création a dit qu'il n’est pas bon que l’homme soit seul. Nous pouvons ajouter qu'il n’est pas bon que la femme soit seule, il n’est pas bon pour les enfants, pour les personnes âgées, pour les jeunes, d’être seuls... C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère, et s’attache à sa femme, et les deux deviennent une seule chair. Les deux sont destinés à devenir un foyer, une famille. Depuis des temps immémoriaux...nous avons entendu ces mots puissants... La famille est la grande bénédiction, le grand don de Dieu avec nous, qui n’a pas voulu nous abandonner à la solitude d’une vie sans les autres, sans défis, sans foyer. Le voeu de Dieu...devient réalité dans les rêves de nombreux couples qui travaillent à faire de leur vie une vie de famille. C’est pourquoi la famille est le symbole vivant du plan d’amour que le Père a rêvé autrefois. Vouloir fonder une famille, c’est se décider à faire partie du rêve de Dieu, choisir de rêver avec lui, vouloir construire avec lui, se joindre à lui dans cette épopée de la construction d’un monde où personne ne se sentira seul, indésirable, ou sans foyer. Chrétiens, nous apprécions la beauté de la famille et de la vie de famille comme le lieu où nous apprenons la signification et la valeur des relations humaines. Nous apprenons qu’aimer quelqu’un n’est pas seulement un sentiment fort mais une décision, un jugement et une promesse. Nous apprenons à tout miser sur une autre personne, et nous apprenons que cela vaut la peine".

"Jésus n’était pas un célibataire endurci, loin de là! Il a pris l’Eglise comme épouse, et a fait d’elle un peuple à lui. Il a donné sa vie pour ceux qu’il aimait, de sorte que son épouse, l’Eglise, puisse toujours savoir qu’il est Dieu avec nous, avec son peuple, avec sa famille. Nous ne pouvons pas comprendre le Christ sans son Eglise, comme nous ne pouvons pas comprendre l’Eglise sans son époux, le Christ Jésus, qui a donné sa vie par amour, et qui nous a fait voir que cela vaut la peine. Donner sa vie par amour n’est pas facile. Comme pour le Maître, tout miser peut parfois porter à la croix. Parfois quand tout semble difficile. Je pense à tous ces parents, à toutes ces familles qui n’ont pas de travail ou qui n’ont pas les droits des travailleurs, et combien cela est une vraie croix. Que de sacrifices font-ils pour gagner leur pain quotidien. Il est compréhensible que, lorsque ces parents rentrent à la maison, ils soient si exténués qu’ils ne peuvent pas donner le meilleur d’eux-mêmes à leurs enfants. Je pense à toutes ces familles qui n’ont pas de logement ou qui vivent entassées. Des familles qui manquent du minimum pour être en mesure de construire des liens d’intimité, de sécurité et de protection face aux ennuis de toutes sortes. Je pense à toutes ces familles qui n’ont pas accès aux services élémentaires de santé. Des familles qui, lorsqu’elles affrontent des problèmes médicaux, surtout quand il s’agit des membres les plus jeunes ou les plus âgés, dépendent d’un système qui ne satisfait pas leurs besoins, qui est insensible à leur peine et leur impose de lourds sacrifices pour recevoir un traitement approprié. On ne peut pas qualifier de saine une société lorsqu’elle ne garantit pas une réelle place à la vie de famille. On ne peut pas penser qu’une société a un avenir lorsqu’elle ne fait pas passer des lois capables de protéger les familles et d’assurer leurs besoins fondamentaux, surtout ceux des familles qui sont à leurs débuts. Que de problèmes seraient résolus si nos sociétés protégeaient les familles et offraient aux ménages, spécialement aux couples récemment mariés, la possibilité d’avoir un travail digne, un logement et des services médicaux pour les accompagner au cours de la vie".


Le projet de Dieu "demeure intact, qui nous invite à travailler pour une société qui soutienne les familles. Une société où le pain, fruit de la terre et du travail des hommes continue à être mis sur la table de chaque foyer, pour nourrir l’espérance des enfants. Les familles parfaites n’existent pas. Cela ne doit pas nous décourager... L’amour est une chose que nous apprenons..., que nous vivons. L’amour grandit dans la mesure où il est forgé par les situations concrètes dont chaque famille fait l’expérience. L’amour naît et se développe constamment entre ombres et lumières. L’amour peut s’épanouir entre l’homme et la femme qui essayent de ne pas faire du conflit le dernier mot, mais plutôt une nouvelle opportunité. Une opportunité pour chercher de l’aide, une opportunité pour nous demander en quoi nous avons besoin de nous améliorer, une opportunité pour découvrir le Dieu qui est avec nous et qui ne nous abandonne jamais. C’est le grand héritage que nous pouvons donner à nos enfants, une excellente leçon. Nous faisons des erreurs, nous avons des problèmes. Mais nous savons que ce n’est pas cela qui compte vraiment. Nous savons que les erreurs, les problèmes, les conflits sont une occasion de nous approcher les uns des autres, de nous approcher de Dieu. Ce soir nous sommes venus prier ensemble, prier en tant que famille, pour faire de nos foyers le visage joyeux de l’Eglise. Pour rencontrer ce Dieu qui n’a pas voulu venir dans notre monde d’une autre manière que dans une famille. Pour rencontrer Dieu avec nous, celui qui est toujours parmi nous".

Autres actes pontificaux


Cité du Vatican, 27 septembre (VIS). Le Saint-Père a accepté la renonciation pour limite d'âge de Mgr.Albert Vanbuel, SDB, à la charge pastorale du diocèse de Kaga Bandoro (Centrafrique). Lui succède son Coadjuteur, Mgr.Tadeusz Kusy, OFM.


samedi 26 septembre 2015

Le Pape devant l'Assemblée générale de l'ONU


Cité du Vatican, 26 septembre (VIS). Hier à New York, le Saint-Père a prononcé un discours devant l'Assemblée générale de l’Organisation des Nations-Unies. Le Saint-Siège y est Observateur permanent depuis 1964 et le Pape François est le quatrième à s'y rendre Avant d'être introduit dans l'hémicycle. Après un entretien en privé avec le Secrétaire Général Ban-Ki-Moon, il a salué le personnel du siège central de l'ONU, "hommes et femmes qui sont, de maintes manières, la colonne vertébrale" de l'institution internationale. Le travail que vous accomplissez est largement inconnu du grand public. Or "vos efforts quotidiens rendent possibles beaucoup d’initiatives diplomatiques, culturelles, économiques et politiques... Vous êtes des experts et des personnes de terrain expérimentées, des cadres et des secrétaires, des traducteurs et des interprètes, des agents d’entretien et des cuisiniers, personnel de maintenance et de sécurité. Merci pour tout ce que vous faites". Venus de pays très divers, "vous constituez un microcosme des peuples que l'ONU représente et cherche à servir... Soyez proches les uns des autres, respectez-vous les uns les autres, et donnez ainsi corps entre vous à l’idéal de cette organisation d’une famille humaine unie, vivant en harmonie, travaillant non seulement pour la paix, mais dans la paix, travaillant non seulement pour la justice, mais dans un esprit de justice". Le Pape a ensuite rencontré en forme privée les Présidents des 69 et 70 sessions de l'Assemblée et le Président du Conseil de sécurité. Puis il est monté à la tribune de l'Assemblée générale pour prononcer le discours suivant:

C’est donc la cinquième fois qu’un Pape fait une visite au siège des Nations-Unies: Paul VI en 1965, Jean-Paul II en 1979 et en 1995, et Benoît XVI en 2008. "Aucun d’eux n’a été avare d’expressions de reconnaissance pour l’organisation, la considérant comme la réponse juridique et politique appropriée au moment historique caractérisé par le dépassement technologique des distances et des frontières et, apparemment, par le dépassement de toute limite naturelle de l’affirmation du pouvoir. Une réponse indispensable puisque le pouvoir technologique, aux mains d’idéologies nationalistes et faussement universalistes, est capable de provoquer de terribles atrocités. Je ne peux que m’associer à l’appréciation de mes prédécesseurs, en réaffirmant l’importance que l’Eglise catholique accorde à cette institution et l’espérance qu’elle met dans son action. L’histoire de la communauté organisée des Etats...qui célèbre ces jours-ci son 70 anniversaire, est faite d’importants succès communs, dans une période d’accélération inhabituelle des événements. Sans prétendre à l’exhaustivité, on peut mentionner la codification et le développement du droit international, la construction de la législation internationale des droits humains, le perfectionnement du droit humanitaire, la résolution de nombreux conflits ainsi que des opérations de paix et de réconciliation, et tant d’autres acquis dans tous les domaines de portée internationale de l’activité humaine. Toutes ces réalisations sont des lumières en contraste avec l’obscurité du désordre causé par les ambitions incontrôlées et par les égoïsmes collectifs. Certes, les graves problèmes non résolus sont encore nombreux, mais il est évident que si toute cette activité internationale avait manqué, l’humanité pourrait n’avoir pas survécu à l’utilisation incontrôlée de ses propres potentialités. Chacun de ces progrès politiques, juridiques et techniques est un chemin d’accomplissement de l’idéal de fraternité humaine et un moyen pour sa plus grande réalisation... Au-delà de tous les acquis, l’expérience de ces 70 années montre que la réforme et l’adaptation aux temps est toujours nécessaire, progressant vers l’objectif ultime d’accorder à tous les peuples, sans exception, une participation et une incidence réelle et équitable dans les décisions. Cette nécessité de plus d’équité vaut en particulier pour les corps dotés d’une capacité d’exécution effective, comme c’est le cas du Conseil de sécurité, des organismes financiers et des groupes ou mécanismes spécialement créés pour affronter les crises économiques. Cela aidera à limiter tout genre d’abus et d’usure surtout par rapport aux pays en voie de développement. Les organismes financiers Internationaux doivent veiller au développement durable des pays, et à ce qu’ils ne soient pas soumis, de façon asphyxiante, à des systèmes de crédits qui, loin de promouvoir le progrès, assujettissent les populations à des mécanismes de plus grande pauvreté, d’exclusion et de dépendance".

"Le travail des Nations-Unies, à partir des postulats du préambule et des premiers articles de sa Charte constitutionnelle, peut être considéré comme le développement et la promotion de la primauté du droit, étant entendu que la justice est une condition indispensable pour atteindre l’idéal de la fraternité universelle. Dans ce contexte, il faut rappeler que la limitation du pouvoir est une idée implicite du concept de droit. Donner à chacun ce qui lui revient, en suivant la définition classique de la justice, signifie qu’aucun individu ou groupe humain ne peut se considérer tout-puissant, autorisé à passer par-dessus la dignité et les droits des autres personnes physiques ou de leurs regroupements sociaux. La distribution de fait du pouvoir, qu'il soit politique, économique, sécuritaire, technologique, ou autre, entre une pluralité de sujets ainsi que la création d’un système juridique de régulation des prétentions et des intérêts, concrétise sa limitation. Le panorama mondial présente cependant aujourd'hui beaucoup de faux droits, et à la fois de grands secteurs démunis, victimes d’un mauvais exercice du pouvoir. Je pense à l’environnement ainsi qu'au le vaste monde des exclus. Ce sont deux secteurs intimement liés entre eux, que les relations politiques et économiques prépondérantes ont fragilisés. Voilà pourquoi il faut affirmer avec force leurs droits, en renforçant la protection de l’environnement et en mettant un terme à l’exclusion. Avant tout, il faut affirmer qu’il existe un vrai droit de l’environnement pour un double motif. En premier lieu, parce que nous, les êtres humains, nous faisons partie de l’environnement. Nous vivons en communion avec lui, car l’environnement comporte des limites éthiques que l’action humaine doit reconnaître et respecter. L’homme, même s’il est doté de capacités inédites qui montrent une singularité qui transcende le domaine physique et biologique, est en même temps une portion de cet environnement. Il a un corps composé d’éléments physiques, chimiques et biologiques, et il peut survivre et se développer seulement si l’environnement écologique lui est favorable. Toute atteinte à l’environnement, par conséquent, est une atteinte à l’humanité. En second lieu, parce que chacune des créatures, surtout les créatures vivantes, a une valeur en soi, d’existence, de vie, de beauté et d’interdépendance avec les autres créatures. Nous les chrétiens, avec les autres religions monothéistes, nous croyons que l’Univers provient d’une décision d’amour du Créateur, qui permet à l’homme de se servir, avec respect, de la création pour le bien de ses semblables et pour la gloire du Créateur. Mais l’homme ne peut abuser de la création et encore moins n’est autorisé à la détruire. Pour toutes les croyances religieuses l’environnement est un bien fondamental. La surexploitation et la destruction de l’environnement sont en même temps accompagnés par un processus implacable d’exclusion. En effet, la soif égoïste et illimitée de pouvoir et de bien-être matériel conduit autant à abuser des ressources matérielles disponibles qu’à exclure les faibles et les personnes ayant moins de capacités, soit parce que dotées de capacités différentes (les handicapés), soit parce que privées des connaissances et des instruments techniques adéquats, ou encore parce qu’ayant une capacité insuffisante de décision politique. L’exclusion économique et sociale est une négation totale de la fraternité humaine et une très grave atteinte aux droits humains et à l’environnement. Les plus pauvres sont ceux qui souffrent le plus de ces atteintes pour un triple motif grave. Ils sont marginalisés par la société, ils sont en même temps obligés de vivre des restes, et ils doivent subir injustement les conséquences des abus sur l’environnement. Ces phénomènes constituent la culture de déchet aujourd’hui si répandue et inconsciemment renforcée. Le drame de l’exclusion et de l’injustice, avec toute ses conséquences, me conduit, avec tout le peuple chrétien et avec tant d’autres, à prendre conscience aussi de ma grave responsabilité. Pour cette raison, je me joins à tous ceux qui souhaitent des solutions urgentes et efficaces. L’adoption de l'Agenda 2030 pour le développement durable au Sommet mondial, qui commence aujourd’hui, est un signe important d’espérance. J’espère que la Conférence de Paris sur le changement climatique aboutira à des accords fondamentaux et efficaces".

"Ceci dit, les engagements assumés solennellement ne suffisent pas, même s’ils constituent un pas nécessaire aux solutions. La définition classique de la justice, à laquelle je me suis référé plus haut, contient comme élément essentiel une volonté constante et permanente. Le monde réclame de tous les gouvernants une volonté effective, pratique, constante, des pas concrets et des mesures immédiates, pour préserver et améliorer l’environnement naturel et vaincre le plus tôt possible le phénomène de l’exclusion sociale et économique, avec ses tristes conséquences de traites d’êtres humains, de commerce d’organes et de tissus humains, d’exploitation sexuelle d’enfants, de travail esclave, y compris la prostitution, de trafic de drogues et d’armes, de terrorisme et de crime international organisé. L’ampleur de ces situations et le nombre de vies innocentes qu’elles sacrifient sont tels que nous devons éviter toute tentation de tomber dans un nominalisme de déclarations à effet tranquillisant sur les consciences. Nous devons veiller à ce que nos institutions soient réellement efficaces dans la lutte contre tous ces fléaux. La multiplicité et la complexité des problèmes exigent de compter sur des instruments techniques de mesure. Cela, cependant, comporte un double danger: Se limiter au travail bureaucratique consistant à rédiger de longues listes de bonnes intentions, objectifs et statistiques, ou bien croire qu’une unique solution théorique et aprioriste donnera une réponse à tous les défis. A aucun moment, il ne faut oublier que l’action politique et économique est efficace seulement lorsqu’on l’entend comme une activité prudentielle, guidée par un concept immuable de justice, et qui ne perd jamais de vue, qu’avant et au-delà des plans comme des programmes il y a des femmes et des hommes concrets, égaux aux gouvernants, qui vivent, luttent et souffrent, et qui bien des fois se voient obligés de vivre dans la misère, privés de tout droit. Pour que tant de personnes concrètes puissent échapper à l’extrême pauvreté, il faut leur permettre d’être de dignes acteurs de leur propre destin. Le développement humain intégral et le plein exercice de la dignité humaine ne peuvent être imposés. Ils doivent être édifiés et déployés par chacun, par chaque famille, en communion avec les autres hommes, et dans une juste relation avec tous les cercles où se développe la société humaine, amis et communautés, villages et communes, écoles, entreprises et syndicats, etc... Cela suppose et exige le droit à l’éducation, également pour les filles qui en sont exclues dans certains pays), droit qui est assuré en premier lieu par le respect et le renforcement du droit primordial de la famille à éduquer, et le droit des Eglises comme des regroupements sociaux à soutenir et à collaborer avec les familles dans la formation de leurs filles et de leurs fils. L’éducation, ainsi conçue, est la base pour la réalisation de l’Agenda 2030 et pour sauver l’environnement".

"En même temps, les gouvernants doivent faire tout leur possible afin que tous puissent avoir les conditions matérielles et spirituelles minimum pour exercer leur dignité, comme pour fonder et entretenir une famille qui est la cellule de base de tout développement social. Ce minimum absolu a, sur le plan matériel, trois noms: Toit, travail et terre, et un autre sur le plan spirituel: Liberté de pensée, qui comprend la liberté religieuse, le droit à l’éducation et les autres droits civiques. Pour toutes ces raisons, la mesure et l’indicateur les plus simples et les plus adéquats de l’exécution du nouvel Agenda pour le développement seront l’accès effectif, pratique et immédiat, de tous, aux biens matériels et spirituels indispensables que sont le logement, un travail digne et convenablement rémunéré, une alimentation adéquate et l'accès à l'eau potable, mais aussi la liberté religieuse, la liberté de pensée et éducation. Ces piliers du développement humain intégral ont un fondement commun, qui est le droit à la vie, et, plus généralement, ce que nous pourrions appeler le droit à l’existence de la nature humaine elle-même".

"La crise écologique, avec la destruction d’une bonne partie de la biodiversité, peut mettre en péril l’existence même de l’espèce humaine. Les conséquences néfastes d’une mauvaise gestion irresponsable de l’économie mondiale, guidée seulement par l’ambition du profit et du pouvoir, doivent être un appel à une sérieuse réflexion sur l’homme: Lhomme n’est pas seulement une liberté qui se crée de soi. L’homme ne se crée pas lui-même. Il est esprit et volonté, mais il est aussi nature. La création subit des préjudices là où nous-mêmes sommes les dernières instances. Le gaspillage des ressources de la création commence là où nous ne reconnaissons plus aucune instance au-dessus de nous, mais ne voyons plus que nous-mêmes. C’est pourquoi, la défense de l’environnement et la lutte contre l’exclusion exigent la reconnaissance d’une loi morale inscrite dans la nature humaine elle-même, qui comprend la distinction naturelle entre homme et femme, et le respect absolu de la vie à toutes ses étapes et dans toutes ses dimensions. Sans la reconnaissance de certaines limites éthiques naturelles à ne pas franchir, et sans la concrétisation immédiate de ces piliers du développement humain intégral, l’idéal de préserver les générations futures du fléau de la guerre et de favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande court le risque de se transformer en un mirage inaccessible ou, pire encore, en paroles vides qui servent d’excuse à tous les abus et à toutes les corruptions, ou pour promouvoir une colonisation idéologique à travers l’imposition de modèles et de styles de vie anormaux, étrangers à l’identité des peuples et, en dernier ressort, irresponsables. La guerre est la négation de tous les droits et une agression dramatique contre l’environnement. Si l’on veut un vrai développement humain intégral pour tous, on doit poursuivre inlassablement l’effort pour éviter la guerre entre les nations et entre les peuples. A cette fin, il faut assurer l’incontestable état de droit et le recours inlassable à la négociation, aux bons offices et à l’arbitrage, comme proposé par la Charte des Nations-Unies, vraie norme juridique fondamentale. L’expérience des 70 ans d’existence des Nations Unies, en général, et en particulier l’expérience des 15 premières années du troisième millénaire montrent aussi bien l’efficacité de la pleine application des normes internationales que l’inefficacité de leur inobservance. Si l’on respecte et applique la Charte dans la transparence et en toute sincérité, sans arrière-pensées, comme point de référence obligatoire de justice et non comme instrument pour masquer des intentions inavouées, on obtient des résultats de paix. En revanche, lorsqu’on confond la norme avec un simple instrument, à utiliser quand cela convient et à éviter dans le cas contraire, on ouvre une véritable boîte de Pandore de forces incontrôlables, qui nuisent gravement aux populations démunies, à l’environnement culturel, voire à l’environnement biologique. Le préambule et le premier article de la Charte montrent quels sont les ciments de la construction juridique internationale: La paix, la résolution pacifique des conflits et le développement de relations d’amitié entre les nations. La tendance toujours actuelle à la prolifération des armes, spécialement les armes de destruction massive comme les armes nucléaires, contraste fortement avec ces affirmations et les nie dans la pratique. Une éthique et un droit fondés sur la menace de destruction mutuelle et probablement de toute l’humanité sont contradictoires et constituent une manipulation de toute la construction des Nations-Unies, qui finiraient par être des nations unies par la peur et la méfiance. Il faut œuvrer pour un monde sans armes nucléaires, en appliquant pleinement l’esprit et la lettre du Traité de non-prolifération, en vue d’une prohibition totale de ces instruments. Le récent accord sur la question nucléaire dans une région sensible de l’Asie et du Moyen Orient est une preuve des possibilités d’une bonne volonté politique et du droit, exercés de façon sincère, patiente et constante. Je forme le voeu que cet accord soit durable et efficace, et qu’il porte les fruits désirés avec la collaboration de toutes les parties impliquées".

"En ce sens, ne manquent pas de rudes épreuves liées aux conséquences négatives des interventions politiques et militaires qui n’ont pas été coordonnées entre les membres de la communauté internationale. C’est pourquoi, tout en souhaitant ne pas avoir besoin de le faire, je ne peux m’empêcher de réitérer mes appels incessants concernant la douloureuse situation de tout le Moyen Orient, du nord de l’Afrique et d’autres pays africains, où les chrétiens, avec d’autres groupes culturels ou ethniques, y compris avec les membres de la religion majoritaire qui ne veulent pas se laisser gagner par la haine et la folie, ont été forcés à être témoins de la destruction de leurs lieux de culte, de leur patrimoine culturel et religieux, de leurs maisons comme de leurs propriétés, et ont été mis devant l’alternative de fuir ou bien de payer de leur propre vie, ou encore par l’esclavage, leur adhésion au bien et à la paix. Ces réalités doivent constituer un sérieux appel à un examen de conscience de la part de ceux qui sont en charge de la conduite des affaires internationales. Non seulement dans les cas de persécution religieuse ou culturelle, mais aussi dans chaque situation de conflit, comme en Ukraine, en Syrie, en Irak, en Libye, au Sud Soudan et dans la région des grands lacs, avant les intérêts partisans, aussi légitimes soient-ils, il y a des visages concrets. Dans les guerres et les conflits, il y a des êtres humains concrets, des frères et des sœurs qui sont nôtres, des hommes et des femmes, des jeunes et des personnes âgées, des enfants qui pleurent, souffrent et meurent, des êtres humains transformés en objet mis au rebut alors qu’on ne fait que s’évertuer à énumérer des problèmes, des stratégies et des discussions... La compréhension la plus élémentaire de la dignité humaine contraint la communauté internationale, en particulier en vertu des normes et des mécanismes du droit international, à faire tout ce qui est en son pouvoir pour arrêter et prévenir d’ultérieures violences systématiques contre les minorités ethniques et religieuses et pour protéger les populations innocentes. Dans cette même ligne, je voudrais faire mention d’un autre genre de conflit pas toujours clairement déclaré mais qui, en silence, provoque la mort de millions de personnes. Un autre genre de guerre que vivent beaucoup de nos sociétés à travers le phénomène du narcotrafic. Une guerre ‘‘assumée’’ et faiblement combattue. Le narcotrafic, de par sa propre dynamique, est accompagné par la traite des personnes, le blanchiment des actifs, le trafic des armes, l’exploitation des enfants et par d’autres formes de corruption. Corruption qui a infiltré les divers niveaux de la vie sociale, politique, militaire, artistique et religieuse, en générant, dans beaucoup de cas, une structure parallèle qui met en péril la crédibilité de nos institutions". Je voudrais conclure dans le prolongement "du discours de Paul VI, prononcées il y a exactement 50 ans, mais qui sont d’une valeur perpétuelle: Voici arrivée l'heure, disait-il, où s'impose une halte, un moment de recueillement, de réflexion, quasi de prière. Nous devons repenser à notre commune origine, à notre histoire, à notre destin commun. Jamais comme aujourd'hui n'a été aussi nécessaire l'appel à la conscience morale de l'homme. Car le péril ne vient, ni du progrès, ni de la science, qui, bien utilisés, pourront résoudre un grand nombre des graves problèmes qui assaillent l'humanité. Entre autres, sans doute, le génie humain, bien utilisé, aidera à affronter les graves défis de la dégradation écologique et de l’exclusion. Paul VI avait également affirmé que le vrai péril se trouvait dans l'homme, qui dispose d'instruments toujours plus puissants, aptes aussi bien à la ruine qu'aux plus hautes conquêtes. La maison commune de tous les hommes doit continuer de s’élever sur une juste compréhension de la fraternité universelle et sur le respect de la sacralité de chaque vie humaine, des pauvres, des malades et des personnes âgées, des enfants et des enfants à naître, des chômeurs et des abandonnés, de ceux qui sont jugés bons à exclure, parce qu’on ne les perçoit plus que comme des chiffres de l’une ou l’autre statistique. La maison commune de tous les hommes doit aussi s’édifier sur la compréhension d’une certaine sacralité de la nature créée. Cette compréhension et ce respect exigent un niveau supérieur de sagesse, qui accepte la transcendance, renonce à la construction d’une élite toute puissante, et comprenne que le sens plénier de la vie individuelle et collective se révèle dans le service dévoué des autres et dans la prudente et respectueuse utilisation de la création, pour le bien commun. Pour reprendre les paroles de Paul VI, l'édifice de la civilisation moderne doit se construire sur des principes spirituels, les seuls capables non seulement de le soutenir, mais aussi de l'éclairer... Le monde contemporain, apparemment relié, expérimente une fragmentation sociale, croissante et soutenue, qui met en danger tout fondement de la vie sociale et par conséquent finit par nous opposer les uns autres, chacun cherchant à préserver ses propres intérêts. Le temps présent nous invite à privilégier des actions qui créent de nouveaux dynamismes dans la société jusqu’à ce qu’ils fructifient en événements historiques importants et positifs. Nous ne pouvons pas nous permettre de reporter pour plus tard certains agendas. L’avenir exige de nous des décisions critiques et globales face aux conflits mondiaux qui augmentent le nombre des exclus et de ceux qui sont dans le besoin.
La louable construction juridique internationale de l’Organisation des Nations-Unies et de toutes ses réalisations, perfectible comme toute œuvre humaine et, en même temps, nécessaire, peut être le gage d’un avenir sûr et heureux pour les futures générations. Elle le sera si les représentants des Etats sauront laisser de côté des intérêts sectoriels et idéologiques, et chercher sincèrement le service du bien commun. Je demande à Dieu Tout-Puissant qu’il en soit ainsi, et je vous assure de mon soutien, de ma prière ainsi que du soutien et des prières de tous les fidèles de l’Eglise catholique, pour que cette institution, tous ses Etats membres et chacun de ses fonctionnaires rendent toujours un service efficace à l’humanité, un service respectueux de la diversité et qu’ils sachent renforcer, pour le bien commun, le meilleur de chaque peuple et de tout citoyen".


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