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Le Vatican Information Service (VIS) est un service d'information de la Salle-de-Presse du Saint-Siège. Il propose des informations sur le Magistère et l'activité pastorale du Saint-Père et de la Curie Romaine... []

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mardi 16 février 2016

Le Pape demande pardon aux populations indigènes


Cité du Vatican, 16 février 2016 (VIS). Hier à 9 h locales, le Saint-Père est arrivé par avion à Tuxtla Gutiérrez, la capitale du Chiapas. Malgré les richesses naturelles de cet Etat mexicain confinant avec le Guatemala, sa population est parmi les plus pauvres, avec une basse espérance de vie. De ses quatre millions d'habitants, plus de 30% ne parlent qu'une langue indigène. La rébellion des années 1983 - 1994 a été principalement soutenue en résistance passive par les populations rurales réclamant la possession de la terre, la reconnaissance de leurs droits et de la culture locale. Puis le Pape s'est déplacé en hélicoptère à San Cristóbal de las Casas, ville fondée en 1528 et considérée comme le coeur culturel du Chiapas. Elle porte le nom de son premier évêque (1544 - 1566), le célèbre dominicain espagnol protecteur des amérindiens. La messe, qui a été célébrée en espagnol au stade de la ville en présence de 100.000 fidèles, a inclus trois langues indigènes dont l'usage liturgique a été approuvé par le Saint-Père. En voici l'homélie:

La loi du Seigneur est parfaite qui redonne vie, a-t-il dit en langue locale. "Ainsi commence le psaume que nous avons écouté. La loi du Seigneur est parfaite, et le psalmiste énumère tout ce qu'elle apporte à qui l’écoute et l’observe. La loi du Seigneur redonne vie, rend sage les simples, réjouit le cœur, clarifie le regard. C’est cette loi que le peuple d’Israël avait reçue des mains de Moïse, une loi qui devait l'aider à vivre dans la liberté à laquelle il avait été appelé. Une loi qui est destinée à être lumière sur le chemin du peuple et l’accompagner dans sa marche. Un peuple qui avait subi l’esclavage et le despotisme du pharaon, qui avait expérimenté la souffrance et les abus, jusqu’à ce que Dieu dise Assez, j’ai vu la misère, j’ai entendu les cris, je connais vos souffrances. En cela s'est révélé la nature du Père qui souffre devant la souffrance, les abus, l’injustice subie par ses enfants. Sa parole, sa loi devient alors symbole de liberté, symbole de joie, de sagesse et de lumière. Expérience, réalité qui trouve écho dans cette expression qui naît de la sagesse bercée en ce pays depuis des temps lointains et qui, dans le Popol Vuh, dit ce qui suit: L’aube s’est levée sur toutes les tribus réunies. La face de la terre a tout de suite été assainie par le soleil. L’aube s’est levée pour les peuples qui ont sans cesse marché dans les diverses ténèbres de l’histoire. Dans cette expression, il y a une aspiration à vivre en liberté, il y a une aspiration qui a un goût de terre promise, où l’oppression, les mauvais traitements et la dégradation ne sont pas monnaie courante. Dans le cœur de l’homme, et dans la mémoire de beaucoup de nos peuples, est inscrit le désir d’une terre, d’un temps où le mépris sera vaincu par la fraternité, l’injustice par la solidarité, et où la violence sera réduite au silence par la paix".

"Notre Père non seulement partage ce désir, mais lui-même l’a aussi suscité et le suscite, en nous offrant son fils Jésus-Christ. En lui, nous trouvons la solidarité du Père qui marche à nos côtés. En lui, nous voyons comment cette loi parfaite prend chair et visage, entre dans l’histoire pour accompagner et soutenir son peuple, se fait Voie, Vérité et Vie pour que les ténèbres n’aient pas le dernier mot et que l’aube ne tarde pas à se lever sur la vie de ses enfants. De multiples façons et sous de multiples formes, on a voulu réduire au silence et taire ce désir. De multiples façons, on a voulu anesthésier notre âme, de multiples manières on a essayé d’engourdir et d’endormir la vie de nos enfants et de nos jeunes par l’insinuation que rien ne peut changer ou que ce sont des rêves impossibles. Devant ces manières, la création aussi sait élever la voix" et de rebeller devant "les dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. Nous avons grandi en pensant que nous étions ses propriétaires et ses dominateurs, autorisés à l’exploiter. La violence qu’il y a dans le cœur humain blessé par le péché se manifeste aussi dans les symptômes de maladie que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et dans les êtres vivants. C’est pourquoi, parmi les pauvres les plus abandonnés et maltraités, se trouve notre terre opprimée et dévastée, qui gémit en travail d’enfantement. Le défi environnemental que nous vivons et ses racines humaines nous touchent tous et nous interpellent. Nous ne pouvons plus faire la sourde oreille face à l’une des plus grandes crises environnementales de l’histoire. En cela, vous avez beaucoup de choses à nous enseigner, à enseigner à l’humanité. Vos peuples, comme l’ont reconnu les évêques de l’Amérique latine, savent entrer en relation, d’une manière harmonieuse, avec la nature qu’ils respectent comme source de subsistance, maison commune et autel du partage humain. Cependant, souvent, de manière systématique et structurelle, vos peuples ont été incompris et exclus de la société. Certains ont jugé inférieures vos valeurs, votre culture et vos traditions. D’autres, étourdis par le pouvoir, l’argent et les lois du marché, vous ont dépossédés de vos terres ou ont posé des actes qui les polluent. C’est si triste! Que cela nous ferait du bien, à tous, de faire un examen de conscience et d’apprendre à dire pardon. Le monde d’aujourd’hui, dépouillé par la culture du déchet, a besoin de vous".

"Exposés à une culture qui essaie de supprimer toutes les richesses et caractéristiques culturelles en vue d’un monde homogène, les jeunes ont besoin que la sagesse de leurs anciens ne se perde pas. Le monde d’aujourd’hui, pris par le pragmatisme, a besoin de réapprendre la valeur de la gratuité. Nous affirmons avec certitude que le Créateur ne nous abandonne pas, que jamais il ne fait marche arrière dans son projet d’amour, qu’il ne se repend pas de nous avoir créés. Nous célébrons le fait que Jésus-Christ meurt encore et ressuscite en chaque geste que nous accomplissons envers le plus petit de nos frères. Ayons à cœur de continuer à être témoins de sa Passion, de sa Résurrection en donnant chair à la loi du Seigneur est parfaite qui redonne vie".


A la fin de la messe, le Pape a été salué par un représentant des populations indigènes, reconnaissantes d'être venu les prendre en considération, alors qu'elles vivent si loin de Rome. Il a dit ressentir être compris et encouragés jusque dans la gestion de la terre que Dieu a attribué à leurs ancêtres, et remercié tout particulièrement le Saint-Père d'avoir honoré leur culture en approuvant l'usage liturgique de leurs langues. Du stade, le Pape s'est rendu à l'évêché pour déjeuner avec huit délégués des communautés indigènes. Après quoi, il a gagné la cathédrale pour saluer un groupe de personnes âgées et de malades. Ensuite, il s'est recueilli sur la tombe de Mgr.Samuel Ruiz, décédé en 2011 après quarante ans d'épiscopat, dont la mémoire est vénérée dans tout le Chiapas.  

Lutter contre la précarité et l'isolement des familles


Cité du Vatican, 16 février 2016 (VIS). Après la visite de la cathédrale de San Cristóbal de las Casas, le Saint-Père a regagné par hélicoptère Tuxtla Gutiérrez pour une rencontre avec les familles dans le stade municipal. L'événement s'est ouvert par des témoignages de couples, dont un de divorcés remariés, et un d'une mère seule. Voici le discours adressé par le Pape François aux familles mexicaines:

Tout d'abord, "je veux rendre grâce pour me trouver au Chiapas. Il est bon de se trouver sur ce sol, sur cette terre, en ce lieu qui a un goût de famille, de foyer. Je rends grâce à Dieu pour vos visages et votre présence, je rends grâce à Dieu pour son émouvante présence dans vos familles. Merci également à vous, familles et amis, qui nous avez offert vos témoignages, qui nous avez ouvert les portes de vos maisons et de vos vies. Vous nous avez permis de venir partager le pain qui vous nourrit, et la sueur face aux difficultés quotidiennes. Le pain des joies, de l’espérance, des rêves et la sueur face aux amertumes, face à la désillusion et aux chutes. Merci de nous permettre d’accéder à vos familles, à votre table, à votre foyer". Puis il a répondu aux questions d'un intervenant, convenant qu'il est nécessaire de mettre en tout de l’enthousiasme, en famille, dans les rapports sociaux. C’est, je crois, ce que l’Esprit veut toujours faire au milieu de nous. Il veut nous donner de l’enthousiasme, nous faire don de raisons de continuer à risquer, à rêver, et à construire une vie qui ait un goût de foyer, de famille. C’est ce que le Père a toujours rêvé et ce pour quoi depuis longtemps il a lutté. Lorsque tout semblait perdu, cet après-midi-là, au jardin d’Eden, Dieu a suscité l’enthousiasme chez ce jeune couple et lui a dit que tout n’était pas perdu. Lorsque le peuple d’Israël sentait qu’il n’en pouvait plus sur le chemin à travers le désert, Dieu lui a donné de l’enthousiasme par la manne. Lorsqu’est arrivée la plénitude des temps, Dieu a donné pour toujours de l’enthousiasme à l’humanité en nous envoyant son Fils. De la même manière, nous tous ici présents, nous avons fait cette expérience, à bien des moments et sous diverse formes, Dieu le Père a donné de l’enthousiasme à notre vie".

Pourquoi? "Parce qu’il ne sait pas faire autrement. Il sait nous donner de l’enthousiasme parce que son nom est amour, son nom est don, son nom est don de soi, son nom est miséricorde. Il nous l’a manifesté avec force et clarté en Jésus, son Fils qui a tout donné jusqu’à l’extrême pour rendre possible le Royaume de Dieu. C'est un royaume qui nous invite à entrer dans cette nouvelle logique, qui suscite une dynamique capable d’ouvrir les cieux, capable d’ouvrir nos cœurs, nos esprits, nos mains et de nous stimuler par de nouveaux horizons. Un royaume qui sait ce qu’est la famille, qui sait ce qu’est la vie partagée. En Jésus et avec Jésus, ce royaume est possible. Il est capable de transformer nos regards, nos attitudes, nos sentiments souvent fades en vin de fête. Il est capable de guérir nos cœurs et de nous inviter sans cesse, soixante-dix fois sept fois à recommencer. Il est capable de toujours renouveler toute chose". Oui, a poursuivi le Pape, il faut prier pour les "nombreux adolescents découragés et en situations difficiles, les nombreux adolescents démoralisés, sans force ni enthousiasme". Et à propos d'un autre témoignage parlant de la difficulté du combat à cause de la précarité et de la solitude, il a ajouté: "La précarité, la pénurie, le manque fréquent du minimum peuvent nous désespérer, peuvent nous faire sentir une forte angoisse, puisque nous ne savons comment faire pour aller de l’avant et d’autant plus que nous avons des enfants à notre charge. La précarité non seulement menace l’estomac, mais elle peut aussi menacer l’âme, elle peut démotiver, ôter la force et tenter avec des parcours ou des alternatives de solution apparente mais qui, en définitive, ne résolvent rien. Il existe une précarité qui peut être très dangereuse, qui peut se coller à nous sans que nous ne nous en rendions compte, c’est la précarité qui naît de la solitude et de l’isolement. Et l’isolement est toujours mauvais conseiller... La manière de combattre cette précarité et cet isolement, qui nous rendent vulnérables à tant de solutions apparentes, doit se situer à différents niveaux. D’une part, les législations, qui protègent et garantissent le minimum nécessaire pour que chaque famille et pour que chaque personne puisse se développer par la formation et un travail digne, représentent un niveau".

Ainsi est-il juste de "chercher les diverses façons de communiquer l’amour de Dieu... Des lois et un engagement personnel sont un bon binôme pour rompre la spirale de la précarité. On voit souvent de nos jours...comment la famille est affaiblie, remise en question. Comment on croit que c’est un modèle déjà dépassé et n’ayant plus de place dans nos sociétés qui, avec la prétention de la modernité, offrent toujours davantage un modèle fondé sur l’isolement. Certes, vivre en famille n’est pas toujours facile, bien des fois c’est douloureux et fatiguant mais ce que j’ai dit plus d’une fois de l’Eglise peut être appliqué à la famille: Préférons une famille blessée qui essaie tous les jours de vivre l’amour, à une société malade de l’enfermement et de la facilité de la peur d’aimer. Je préfère une famille qui s'applique à recommencer, à une société narcissique et obnubilée par le luxe et le confort. Je préfère une famille au visage épuisé par le don de soi, aux visages maquillés qui n’ont pas su ce qu’est la tendresse et la compassion. Vous m’avez demandé de prier pour vous et je voudrais commencer à le faire maintenant, avec vous. Chers mexicains, vous avez un atout, un avantage. Vous avez une mère, la Guadalupana, qui a voulu visiter cette terre. Cela nous donne la certitude de bénéficier de son intercession pour que le rêve qu'est la famille ne se perde pas à cause de la précarité et de la solitude. Marie est toujours prête à défendre nos familles, notre avenir, elle est toujours prête à mettre de l’enthousiasme, en nous donnant à son Fils. Voilà pourquoi je vous invite à nous tenir par les mains et à réciter ensemble le Je vous salue Marie".


En début de soirée, l'avion papal est reparti pour Mexico, d'où le Saint-Père est parti pour Morelia. Là il célébrera une messe avec le clergé et les séminaristes, les religieux et les consacrés, puis rencontrera le monde universitaire, des représentants d'autres confessions chrétiennes, et enfin la jeunesse locale avant de rentrer dans la capitale. 

Autres actes pontificaux


Cité du Vatican, 16 février 2016 (VIS). Le 14 février, le Saint-Père a nommé Mgr.George Bugeja, OFM, Administrateur apostolique sede vacante du Vicariat apostolique de Benghazi (Libye). Coadjuteur du Vicariat apostolique de Tripoli (Libye), il succède à Mgr.Sylvester Carmel Magro, OFM, dont la renonciation a été acceptée pour limite d'âge.


lundi 15 février 2016

Ouvrir les yeux devant tant d’injustices qui portent atteinte au projet de Dieu


Cité du Vatican, 15 février 2016 (VIS). Après son départ de la nonciature apostolique de Mexico, le Pape s'est rendu en hélicoptère à Ecatepec pour y célébrer la messe. C'est la première visite d'un Pape dans cette ville. Distante de 28 km de la capitale, Ecatepec est densément peuplée (plus d'1,5 million de personnes) dont les habitants se rendent quotidiennement à Mexico pour travailler. A l'origine, il s'agissait d'une ville-état gouvernée par un chef étroitement apparenté à la dynastie régnante de Tenochtitlan, la capitale aztèque. Elle fut déclarée République des Indes en 1560, conservant une certaine autonomie et maintenant la succession du chef. Au XVII siècle, elle devient une municipalité sous administration espagnole. Elle est ensuite rebaptisée Ecatepec de Morelos, du nom d'un héros national José María Morelos y Pavón, exécuté par les espagnols au cours de la première guerre d'indépendance du Mexique en 1815. En 1980, Ecatepec est devenue ville à part entière.

Le Pape François a célébré la messe sur le campus du Centre d'études d'Ecatepec pouvant accueillir jusqu'à 400.000 personnes. Après la lecture de l'Evangile racontant les tentations du Christ au désert, il a prononcé une homélie dans laquelle il a souligné que le carême était un bon moment pour retrouver la joie et l'espérance qui nous font nous sentir des enfants aimés du Père. "Ce Père qui nous attend pour nous enlever les vêtements de la fatigue, de l’apathie, de la méfiance, et nous revêtir de la dignité que seuls un vrai père ou une vraie mère savent donner à leurs enfants, les vêtements qui naissent de la tendresse et de l’amour", a-t-il dit. Un Père d'une grande famille qui "nourrit un amour unique mais ne sait engendrer ni éduquer des fils uniques. C’est un Dieu qui sait ce qu’est le foyer, la fraternité, le pain rompu et partagé. Il est le Dieu du Notre Père, non pas du Mon Père, ni du Votre Père. En chacun de nous se trouve, vit ce rêve de Dieu qu’à chaque Pâques, dans chaque Eucharistie nous célébrons de nouveau: nous sommes enfants de Dieu. Rêve que beaucoup de nos frères ont vécu tout au long de l’histoire. Rêve dont ont témoigné beaucoup de martyrs d’hier et d’aujourd’hui, en versant leur sang".

Le Carême, a poursuivi le Pape, est un temps de conversion parce que "nous faisons quotidiennement l’expérience dans notre vie de la façon dont ce rêve est sans cesse menacé par le père du mensonge, par celui qui cherche à nous séparer, en créant une société divisée et qui s’affronte. Une société d’un petit nombre et pour un petit nombre. Que de fois ne faisons-nous l’expérience dans notre chair, ou dans notre famille, à travers nos amis ou nos voisins, de la douleur qui naît de ne pas voir reconnue cette dignité que nous portons tous en nous! Que de fois n’avons-nous pas dû pleurer et regretter de ne nous être pas rendu compte que nous n’avons pas reconnu cette dignité dans les autres! Que de fois, et je le dis avec douleur, ne sommes-nous pas aveugles et insensibles devant le manque de reconnaissance de notre propre dignité et de celle d’autrui!". C'est pourquoi le carême est aussi un temps "pour ajuster les sens, ouvrir les yeux devant tant d’injustices qui portent atteinte directement au rêve et au projet de Dieu. C’est un temps pour démasquer ces trois grandes formes de tentations qui brisent, divisent l’image que Dieu a voulu former". Il a ensuite expliqué les sens de ces trois tentations du Christ qui sont aussi "les trois tentations du chrétien qui essayent de détruire la vérité à laquelle nous avons été appelés...qui cherchent à dégrader et à nous dégrader".

La première est la richesse qui nous conduit à l'appropriation "de biens qui ont été donnés à tous, les utilisant seulement pour moi ou pour les miens. C’est avoir le pain à la sueur du front de l’autre, voire au prix de sa vie. Cette richesse, qui est un pain au goût de douleur, d’amertume, de souffrance. Dans une famille ou une société corrompue, c’est le pain que l’on donne à manger à ses propres enfants. La deuxième tentation est la vanité, "cette recherche de prestige sur la base de la disqualification continuelle et constante de ceux qui ne sont pas comme nous. La recherche exacerbée de ces cinq minutes de gloire, qui ne supporte pas la gloire des autres. Transformant l’arbre tombé en bois de chauffage, elle conduit à la troisième tentation, l'orgueil, c'est-à-dire se mettre sur un plan de supériorité en tout genre, sentant qu’on ne partage pas la vie du commun des mortels, et prier tous les jours: Merci Seigneur parce que tu ne m’as pas fait comme eux". Ce sont trois tentations quotidiennes "qui cherchent à dégrader, détruire et ôter la joie ainsi que la fraîcheur de l’Evangile, qui nous enferment dans un cercle de destruction et de péché".


"Il vaut donc la peine de nous demander à quel point nous sommes conscients de ces tentations dans notre personne, en nous-mêmes? Jusqu’à quel point sommes-nous habitués à un style de vie qui pense que dans la richesse, dans la vanité et dans l’orgueil se trouvent la source et la force de la vie? Jusqu’à quel point croyons-nous que l’attention à l’autre, notre souci et occupation pour le pain, pour le nom et pour la dignité des autres sont source de joie et d’espérance? Nous avons choisi Jésus et non le démon, nous voulons suivre ses traces, mais nous savons que ce n’est pas facile. Nous savons ce que signifie être séduit par l’argent, la gloire et le pouvoir. C’est pourquoi l’Eglise nous offre ce temps, elle nous invite à la conversion avec une seule certitude: Lui nous attend et il veut guérir nos cœurs de tout ce qui le dégrade, en étant dégradé ou en dégradant. Il est le Dieu qui porte un nom: miséricorde. Son nom est notre richesse, son nom est notre gloire, son nom est notre pouvoir et en son nom, une fois de plus, nous redisons avec le Psaume: Tu es mon Dieu, en toi j’ai mis ma confiance. Nous pouvons le répéter ensemble Tu es mon Dieu, en toi j’ai mis ma confiance. Voulez-vous le répéter ensemble?: Tu es mon Dieu, en toi j’ai mis ma confiance". Et après la réponse de la foule, le Pape a conclu en disant: Qu’en cette Eucharistie le Saint Esprit renouvelle en nous la certitude que son Nom est miséricorde et qu’il nous fasse expérimenter chaque jour que la joie de l’Evangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus… Avec Jésus-Christ la joie naît et renaît toujours".

L'action de grâce naît chez un peuple capable de faire mémoire


Cité du Vatican, 15 février 2016 (VIS). Au terme de la messe, le Pape a invité les fidèles à réciter l'angélus et à réfléchir auparavant sur la première lecture d'hier dimanche quand Moïse s'adresse au peuple au moment de la moisson, de l'abondance pour lui rappeler de ne pas oublier ses origines, c'est-à-dire sa provenance et les difficultés qu'il a du traverser: "L'action de grâce naît et grandit chez une personne et un peuple qui est capable de faire mémoire", a expliqué le Pape. "Elle a ses racines dans le passé qui, entre ombres et lumière, a progressivement généré le présent... En ce jour de fête, en ce jour nous pouvons célébrer la bonté du Seigneur envers nous. Nous rendons grâce pour l’opportunité d’être réunis afin de présenter au Père plein de bonté les prémices de nos enfants, petits-enfants, de nos rêves et de nos projets. Les prémices de nos cultures, de nos langues et traditions. Les prémices de nos soucis".

"Que cela a été difficile à chacun de vous pour arriver jusqu’ici! Combien chacun a-t-il dû marcher pour faire de ce jour une fête, une action de grâces! Que de chemin d’autres ont fait, qui n’ont pas pu arriver, mais grâce à eux, nous avons pu continuer à avancer! Aujourd’hui, suivant l’invitation de Moïse, nous voulons en tant que peuple faire mémoire, nous voulons être le peuple de la mémoire vivante du passage de Dieu au milieu de son peuple, dans son peuple. Nous voulons regarder nos enfants, en sachant qu’ils hériteront non seulement d’une terre, d’une langue, d’une culture et d’une tradition, mais aussi du fruit vivant de la foi qui rappelle le passage assuré de Dieu en ce pays. La certitude de sa proximité et de sa solidarité. Une certitude qui nous aide à lever la tête et à espérer avec enthousiasme l’aurore. Avec vous aussi je m’unis à cette mémoire reconnaissante. A ce souvenir vivant du passage de Dieu dans vos vies. En regardant vos enfants, je ne peux pas ne pas faire miennes les paroles qu’un jour le bienheureux Paul VI a adressées au peuple mexicain : Un chrétien ne peut pas ne pas démontrer sa propre solidarité...pour résoudre la situation de tous ceux qui n’ont pas encore le pain de la culture ou l’opportunité d’un travail digne... On ne peut pas rester insensible alors que les nouvelles générations ne trouvent pas le moyen de transformer en réalité leurs légitimes aspirations. Et il continue par une invitation à être toujours en première ligne dans tous les efforts pour améliorer la situation de ceux qui sont dans le besoin, et à voir en chaque homme, un frère, et en chaque frère, le Christ".


Puis le Saint-Père a invité le peuple mexicain à être aujourd'hui encore "en première ligne, à être les premiers dans toutes les initiatives qui aident à faire de cette terre mexicaine bénie une terre d’opportunités, où il ne sera pas nécessaire d’émigrer pour rêver; où il ne sera pas nécessaire d’être exploité pour travailler; où il ne sera pas nécessaire de faire du désespoir et de la pauvreté d’un grand nombre l’opportunité de quelques-uns; une terre qui ne devra pas pleurer des hommes et des femmes, des jeunes et des enfants qui finissent, détruits, dans la main des trafiquants de la mort. Cette terre a le goût de la Guadalupana, qui nous a toujours devancés dans l’amour, disons-lui: Vierge Sainte aide-nous à rayonner par le témoignage de la communion, du service, de la foi ardente et généreuse, de la justice et de l’amour pour les pauvres, pour que la joie de l’Evangile parvienne jusqu’aux confins de la terre, et qu’aucune périphérie ne soit privée de sa lumière".

Visite d'un hôpital pédiatrique


Cité du Vatican, 15 février 2016 (VIS). Hier à 16 h 30' locales, le Saint-Père s'est rentré par hélicoptère à Mexico pour visiter l’hôpital pédiatrique Federico Gómez, qui accueille 800 patients. Rappelant la visite de Jean-Paul II en 1979, il s'est adressé aux enfants malades, leurs familles et le personnel rassemblés dans l'auditorium: "Je rends grâce à Dieu de me donner l’occasion de pouvoir vous rencontrer, de m’unir à vous... Pouvoir partager un moment de vos vies, de la vie de toutes les personnes qui travaillent comme médecins, infirmiers, membres du personnel et bénévoles qui vous assistent".

"Il y a un bref passage de l’Evangile qui nous raconte la vie de Jésus quand il était enfant. Il était tout petit, comme certains d’entre vous. Un jour ses parents, Marie et Joseph, l’emmènent au Temple pour le présenter à Dieu. Ils y rencontrent le vieillard Syméon qui, en le voyant, plein de joie et de reconnaissance, le prend dans ses bras et commence à bénir Dieu. Voir l’Enfant Jésus a provoqué en lui un sentiment de reconnaissance, et l’envie de bénir. Syméon est le grand-père qui nous enseigne cette double attitude fondamentale, remercier et bénir... Franchir votre porte et voir vos yeux, vos sourires, vos visages, a suscité l’envie de vous dire merci. Merci pour la tendresse que vous manifestez en me recevant, merci de voir la tendresse avec laquelle on vous soigne et on vous accompagne. Merci pour l’effort de tous ceux qui font du mieux possible pour que vous puissiez récupérer rapidement. Il est très important de se sentir soigné et accompagné, de se sentir aimé et de savoir que l’on cherche la meilleure manière de vous soigner, pour toutes ces personnes je dis merci. En même temps, je veux vous bénir. Je veux demander à Dieu de vous bénir, de vous accompagner ainsi que vos familles, de bénir toutes les personnes qui travaillent ici et cherchent à ce que ces sourires continuent de grandir...et qui au-delà des médicaments vous appliquent aussi la thérapie de la tendresse... Vous connaissez l’indio Juan Diego. Alors que le petit Juan était malade, son oncle très inquiet vit la Vierge apparaître et lui dire: Que ton cœur ne soit pas troublé, et que rien ne t’inquiète. Ne suis-je pas là, moi qui suis ta Mère? Nous avons notre Mère, demandons-lui de nous donner son Fils Jésus. Fermons les yeux et demandons-lui ce qu’aujourd’hui notre cœur désire, et récitons ensemble un Je vous salue Marie. Que le Seigneur et la Vierge de Guadalupe vous accompagnent toujours. Merci beaucoup. Et, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi".
Avant de regagner la nonciature, le Pape François s'est rendu au département d'oncologie et de chimiothérapie, saluant aussi des enfants alités.


Ce matin, à 7 h locales, le Saint-Père a quitté par avion Mexico a destination de Tuxtla Gutiérrez, d'où il rejoindra en hélicoptère San Cristóbal de Las Casas. Au coeur du Chiapas il célébrera une messe et rencontrera la population indigène.

Déclaration de la Commission pour la protection des mineurs


Cité du Vatican, 15 février 2016 (VIS). Aujourd'hui, la Commission pontificale pour la protection des mineurs, présidée par le Cardinal Sean O'Malley, a diffusé une déclaration quant à l'obligation de dénoncer à la justice tout possible cas d'abus sexuels. Le Pape François a clairement dit que les crimes et péchés que sont les abus sexuels sur mineurs ne doivent pas être scellés par le secret. Le 27 septembre dernier, s'engageant personnellement, il a affirmé que l'Eglise devait exercer une diligente surveillance afin de protéger les enfants, assurant aussi que tout responsable devrait rendre des comptes. Le Président et les Membres de la Commission affirment qu'ils respecteront les obligations de la loi mais aussi que, au-delà des contraintes juridiques, ils assumeront leur devoir moral de signaler aux autorités judiciaires en charge de la protection sociale tout mauvais traitement, même présumé. Aux Etats-Unis, la charte des évêques énonce clairement l'obligation pour tous les diocèses et autres circonscriptions, comme pour tout le personnel de signaler toute suspicion en la matière. Chaque année, lors des sessions de formation pour les nouveaux évêques, cette obligation est réaffirmée de manière explicite. Parallèlement, la Commission a récemment passé en revue avec le Pape une vue d'ensemble des efforts de sensibilisation à l'attention des Eglises locales, accomplis ces deux dernières années. On a réaffirmé la volonté de fournir du matériel pour des cours de formation tendant à améliorer les efforts de protection des mineurs, y compris à usage de la Curie Romaine.

dimanche 14 février 2016

Messe au sanctuaire marial de la Guadalupe


Cité du Vatican, 14 février 2016 (VIS). La journée du Pape s'est conclue hier par la célébration d'une messe en la Basilique de Notre-Dame de Guadalupe, le sanctuaire marial principal du Mexique, et le plus grand au monde, où viennent chaque année plus de vingt millions de pèlerins. Selon la tradition il se dresse sur le lieu des cinq apparitions (entre le 9 et le 12 décembre 1531) de la Vierge à l'indien Juan Diego, qui, avec son oncle Juan Bernardino, était un des premiers
convertis indigènes. le nom Guadalupe vient de la déformation du mot indien Coatlaxopeuh (vainqueur du serpent). La Vierge de Guadalupe a été déclarée Patronne du Mexique en 1737, Patronne et Impératrice des Amériques en 1910 et des Philippines en 1935. L'image miraculeuse de la Vierge conservée dans le sanctuaire est imprimée sur la tunique de Juan Diego. La nouvelle basilique, ayant remplacé l'ancienne en 1976, peut contenir 12.000 personnes, tandis que l'esplanade extérieure peut en accueillir 30.000. L'église du XVII siècle, qui s'était effondrée, est en restauration.

Le Saint-Père a parcouru en papamobile les seize kilomètres entre la capitale mexicaine et la colline de Tepeyac, où se dresse le sanctuaire. Arrivé à 16 h 45' locales (23 h 45' heure de Rome) à l'ancienne église du Christ-Roi, d'où il a gagné en procession à la nouvelle basilique. Il y a présidé une messe concélébrée en présence de plus de 35.000 fidèles. En voici l'importante homélie:

Evoquant la lecture du jour et la visite de Marie à Elisabeth, le Pape souligne combien malgré l'annonce de l'ange, elle se précipite au chevet de sa cousine. "C ette rencontre a ravivé et suscité une attitude pour laquelle Marie est et sera reconnue comme la femme du oui, un oui du don d’elle-même à Dieu, et en en même temps, un oui du don à ses frères. C’est le oui qui l’a poussée à donner le meilleur en se mettant en route vers les autres. Ecouter ce passage évangélique dans cette maison mariale a une saveur spéciale. Marie, la femme du oui, a voulu également visiter les habitants de cette terre d’Amérique à travers la personne de l’indien saint Juan Diego. Tout comme elle a parcouru les routes de Judée et de Galilée, de la même manière, elle a sillonné le Tepeyac, revêtant ses costumes, utilisant sa langue, pour servir cette grand peuple. Et tout comme elle a offert sa compagnie durant la grossesse d’Elisabeth, de même elle a accompagné et accompagne la gestation de cette terre mexicaine bénie. Tout comme elle s’est fait présente à Juan, de la même manière, elle continue d’être présente à nous tous, surtout à ceux qui, comme lui, sentent qu’ils ne valaient rien. Ce choix particulier, disons préférentiel, n’a été contre personne mais en faveur de tous... Ce matin de décembre 1531, se produisait le premier miracle qui sera ensuite la mémoire vivante de tout ce que sanctuaire protège. Ce matin-là, lors de cette rencontre, Dieu a éveillé l’espérance de Juan, l’espérance d’un peuple. Ce matin, Dieu a réveillé et réveille l’espérance des petits, des souffrants, des déplacés et des marginalisés, de tous ceux qui sentent qu’ils n’ont pas une place digne sur cette terre. Ce matin, Dieu s’est approché et s’approche du cœur souffrant mais endurant de tant de mères, pères, grands-parents, qui ont vu leurs enfants partir, se perdre, voire être arrachés de manière criminelle. Ce matin-là, Juan expérimente dans sa propre vie ce qu’est l’espérance, ce qu’est la miséricorde de Dieu. Il est choisi pour superviser, soigner, protéger et encourager la construction de ce Sanctuaire. A plusieurs occasions, il a dit à la Vierge qu’il n’était pas la personne indiquée, qu’au contraire, si elle voulait mener à bien cette œuvre, elle devrait choisir d’autres personnes, puisqu’il n’était pas cultivé, instruit ou qu’il ne faisait pas partie de ceux qui pouvaient le faire. Marie, obstinée de cette obstination qui naît du cœur miséricordieux du Père, lui dit non, qu’il sera, lui, son ambassadeur. Ainsi, elle réussit à éveiller une chose qu’il ne savait pas exprimer, un vrai étendard d’amour et de justice dans la construction de cet autre sanctuaire, celui de la vie, celui de nos communautés, de nos sociétés et de nos cultures, personne ne peut être marginalisé. Nous sommes tous nécessaires, surtout ceux qui normalement ne comptent pas parce qu’ils ne sont pas à la hauteur des circonstances ou parce qu’ils n’apportent pas le capital nécessaire aux travaux. Le sanctuaire de Dieu est la vie de ses enfants, de tous et dans toutes leurs conditions, surtout celle des jeunes sans avenir, exposés à d’interminables situations douloureuses, risquées, et celle des personnes âgées non reconnues, oubliées à tant d’endroits. Le sanctuaire de Dieu, ce sont nos familles qui ont besoin du minimum nécessaire pour pouvoir se construire et grandir. Le sanctuaire de Dieu, c’est le visage de tant de personnes qui croisent nos chemins". Ici, "il peut nous arriver la même chose qu’à Juan Diego. Regarder la Mère avec nos douleurs, nos peurs, nos désespoirs, nos tristesses et lui dire: Que puis-je apporter, moi, si je ne suis pas instruit?".

"Je crois qu’aujourd’hui un peu de silence nous fera du bien, tout comme regarder la Guadalupe, la regarder longuement et calmement, et lui dire comme l’a fait l’autre enfant qui l’aimait beaucoup:

Te regarder simplement, Mère,
laisser ouvert uniquement le regard.
Te regarder entièrement sans rien te dire,
tout te dire, sans paroles et avec respect.
Ne pas perturber le vent de ton visage,
uniquement bercer ma solitude violée,
dans tes yeux de Mère amoureuse
et dans ton nid de terre transparente.
Les heures s’évanouissent.
Secoués, les hommes insensés mordent les déchets
de la vie et de la mort, bruyamment.
Te regarder, Mère,
rien que te contempler,
le cœur muet dans ta tendresse,
dans ton silence chaste de lys.


La Guadalupe "nous dit qu’elle a l’honneur d’être notre mère. Cela nous donne la certitude que les larmes de ceux qui souffrent ne sont pas stériles. Elles sont une prière silencieuse qui monte vers le ciel et qui trouve toujours chez Marie une place sous son manteau. En elle et avec elle, Dieu se fait frère et compagnon de route, partage avec nous la croix pour que ne soyons pas écrasés par nos douleurs... Aujourd’hui, elle nous redit: sois mon ambassadeur, sois mon envoyé pour construire de nombreux et nouveaux sanctuaires, pour accompagner de nombreuses vies, pour essuyer de nombreuses larmes. Va simplement par les chemins du voisinage, de ta communauté, de ta paroisse comme mon ambassadeur, mon ambassadrice. Bâtis des sanctuaires en partageant la joie de savoir que nous ne sommes pas seuls, qu’elle chemine avec nous. Sois mon ambassadeur, nous dit-elle, en donnant à manger à l’affamé, à boire à celui qui a soif, accueille celui qui est dans le besoin, habille celui qui est nu et visite le malade. Va au secours du prisonnier, ne le laisse pas seul, pardonne à celui qui t’a offensé, console celui qui est triste, sois patient avec les autres et surtout supplie et prie notre Dieu. Et en silence, nous lui disons ce qui surgit dans notre cœur. Ne suis-je pas ta mère? Ne suis-je pas là? C'est ce que nous redit Marie. Va construire mon sanctuaire, aide-moi à bâtir la vie de mes enfants, qui sont tes frères".

Ceindre l’entière nation mexicaine de la fécondité de Dieu


Cité du Vatican, 14 février 2016 (VIS). Hier, le Saint-Père a quitté le Palais National pour gagner non loin la célèbre place centrale de la Constitution, sur laquelle se dresse la cathédrale métropolitaine bâtie au XVI siècle sur les ruines du centre cultuel de la capitale aztèque. Dans le grandiose édifice actuel, des XVII et XVIII siècles, les Evêques du Mexique attendaient le Pape qui s'est immédiatement déclaré heureux de les rencontrer. Evoquant les visites de Jean-Paul II, il a demandé si "le Successeur de Pierre, appelé du lointain sud latino-américain, pouvait-il se priver de l’opportunité de poser son regard sur la Morenita?".

"Sachant qu’ici se trouve le cœur secret de chaque mexicain, j’entre sur la pointe des pieds comme il convient d’entrer dans la maison ainsi que dans l’âme de ce peuple. Je vous suis profondément reconnaissant de m’ouvrir cette porte. Je sais qu’en contemplant le visage de la Vierge, j’atteins celui de votre peuple qui, en elle, a appris à se manifester. Je sais qu’aucune autre voix ne peut exprimer avec autant de profondeur le cœur mexicain comme la Vierge peut m’en parler. Elle protège ses plus hautes aspirations et ses espérances les plus cachées, elle recueille ses joies et ses larmes, comprend ses nombreuses langues et répond avec tendresse maternelle à ses enfants... Comme je voudrais que ce soit elle en personne qui vous exprime...tout ce que contient le cœur du Pape. Comme le fit saint Juan Diego et comme le firent les générations successives des enfants de la Guadalupana, le Pape désirait depuis longtemps pouvoir la regarder. Mieux, je voulais, moi-même, être sous son regard maternel. J’ai beaucoup réfléchi sur le mystère de ce regard et je vous prie d’accueillir ce qui jaillit de mon cœur de pasteur: Avant tout la Morenita nous enseigne que l’unique force capable de conquérir le cœur des hommes est la tendresse de Dieu. Ce qui enchante et attire, ce qui fait fléchir et vainc, ce qui ouvre et déchaîne, ce n’est pas la force des instruments ou la dureté de la loi, mais la faiblesse toute-puissante de l’amour divin, qui est la force irrésistible de sa douceur et la promesse irréversible de sa miséricorde". l'écrivain Octavio Paz "a dit qu’à la Vierge de Guadalupe, on ne demande plus l’abondance des récoltes ou la fertilité de la terre, mais qu’on cherche...un abri, un foyer. Des siècles après l’évènement fondateur de ce pays et de l’évangélisation du continent, le besoin de" cette protection maternelle "s’est-il estompé, est-il oublié?". Commentant ensuite le discours prononcé par Jean-Paul II le 22 janvier 1999, qui avait tracé les péripéties historiques du Mexique, le Saint-Père a affirmé que le christianisme est enraciné dans l'âme des Mexicains, dont l'histoire "ne s’est jamais révélée stérile, et dont les fractures menaçantes se sont toujours résorbées. C’est pourquoi je vous invite à repartir de ce besoin de protection maternelle qui émane de l’âme de votre peuple. La foi chrétienne est capable de réconcilier le passé souvent marqué de solitude, d’isolement et de marginalisation, avec l’avenir continuellement relégué à un lendemain qui s’esquive... Inclinez-vous donc, délicatement et avec respect, sur l’âme profonde de votre peuple...toujours attentifs à en déchiffrer sle mystérieux visage... La familiarité avec la douleur et la mort ne sont-elles pas des formes de courage et des chemins vers l’espérance? Percevoir que le monde doit être toujours et seulement sauvé n’est-ce pas un antidote contre l’autosuffisance arrogante de ceux qui croient pouvoir se passer de Dieu?".
"Soyez donc des évêques au regard limpide, à l’âme transparente, au visage lumineux. N’ayez pas peur de la transparence. L’Eglise n’a pas besoin d’obscurité pour travailler. Veillez à ce que vos regards ne soient pas obscurcis par les pénombres du brouillard de la mondanité. Ne vous laissez pas corrompre par le matérialisme trivial ni par les illusions séductrices des accords conclus en dessous de table. Ne mettez pas votre confiance dans les" promesses des puissants présents. "Le monde dans lequel le Seigneur nous appelle à accomplir notre mission est devenu très complexe... Les frontières si fortement invoquées et soutenues sont devenues perméables à la nouveauté d’un monde dans lequel la force de certains ne peut plus se maintenir sans la vulnérabilité des autres. L’irréversible caractère hybride de la technologie rend proche ce qui était lointain, mais malheureusement, il éloigne ce qui devrait être proche. Or c’est dans ce monde que Dieu vous demande d’avoir un regard capable de saisir l’interrogation fusant de votre peuple, l’unique qui a dans son calendrier une fête du cri. A ce cri, il faut répondre que Dieu existe et est proche à travers Jésus. Que seul Dieu est la réalité sur laquelle on peut construire... Dans vos regards, le peuple mexicain a le droit de trouver les traits de ceux qui ont vu le Seigneur, de ceux qui ont été avec Dieu... Ne perdez donc pas temps et énergies dans les choses secondaires, dans les commérages et les intrigues, dans les vains projets de carrière, dans les plans vides d’hégémonies, dans les clubs stériles d’intérêts ou de coteries. Ne vous laissez pas entraîner par les rumeurs et les médisances. Introduisez vos prêtres dans cette compréhension du ministère sacré. Nous autres, ministres de Dieu, la grâce de boire le calice du Seigneur, le don de protéger la part de son héritage qui nous est confiée, nous suffit, même si nous sommes des administrateurs inexpérimentés. Laissons le Père nous assigner la place qui nous a été préparée. Pouvons-nous vraiment nous occuper d’affaires autres que celles du Père? En dehors des affaires du Père, nous perdons notre identité et, de manière coupable, nous rendons vaine sa grâce. Si notre regard ne témoigne pas d’avoir vu Jésus, alors ses paroles dont nous faisons mémoire ne représenteraient que des figures rhétoriques vides".

Il est tout aussi important de porter attention aux jeunes: "Que vos regards soient capables de croiser leurs regards, de les aimer et de saisir ce qu’ils cherchent avec ce courage avec lequel beaucoup, comme eux, ont quitté barques et filets sur l’autre rive de la mer, ont abandonné des bancs d’extorsions en vue de suivre le Seigneur de la vraie richesse. Je suis particulièrement préoccupé par ceux d’entre eux qui, séduits par la puissance du monde, exaltent les chimères et se revêtent de leurs macabres symboles pour commercialiser la mort en échange de trésor qu’en fin de compte les mites et la rouille dévorent, et qui incite les voleurs à percer les murs. Je vous demande de ne pas sous-évaluer le défi moral et anti-civique que représente le narcotrafic pour la société mexicaine, y compris l’Eglise. La proportion du phénomène, la complexité de ses causes, l’immensité de son extension comme une métastase qui dévore, la gravité de la violence qui désagrège, tout comme ses connexions néfastes, ne nous permettent pas à nous, pasteurs de l’Eglise, de nous réfugier derrière des condamnations génériques. Mais tout cela exige un courage prophétique ainsi qu’un projet pastoral sérieux et de qualité, pour contribuer, progressivement, à resserrer ce délicat réseau humain, sans lequel tous, nous serions dès le départ vaincus par cette insidieuse menace. En commençant d’abord par les familles, en nous approchant et en embrassant la périphérie humaine et existentielle des territoires dévastés de nos villes, en impliquant les communautés paroissiales, les écoles, les institutions communautaires, les communautés politiques, les structures de sécurité. C’est seulement ainsi qu’on pourra se libérer totalement des eaux dans lesquelles malheureusement se noient tant de vies, que ce soit celle de celui qui meurt comme victime, que ce soit celle de celui qui devant Dieu aura toujours du sang sur les mains, même s’il a les poches pleines d’argent sale et la conscience anesthésiée". Les desseins de Dieu "sont déterminés par l’irréversibilité de son amour qui veut avec persistance s’imprimer en nous. Soyez, par conséquent, des évêques capables d’imiter cette liberté de Dieu en choisissant ce qui est humble pour rendre visible la majesté de son visage et de faire vôtre cette patience divine en tissant, avec le fil fin de l’humanité que vous trouvez, cet homme nouveau que votre pays espère. Ne vous laissez pas guider par le vain désir de changer de peuple comme si l’amour de Dieu n’avait pas assez de force pour le changer. Redécouvrez la constance sage et humble avec laquelle les pères de la foi de ce pays ont su introduire les générations successives dans la sémantique du mystère divin. D’abord, en apprenant, et ensuite, en enseignant la grammaire nécessaire pour dialoguer avec ce Dieu, caché durant les siècles de leur recherche et fait proche dans la personne de son Fils Jésus, qu’aujourd’hui tant de personnes reconnaissent dans la figure ensanglantée et humiliée, comme symbole de leur propre destin. Imitez sa condescendance et sa capacité de s’abaisser. Nous ne comprendrons jamais assez le fait qu’avec les fils métis de notre peuple Dieu a tissé le visage par lequel il se fait connaître! Jamais, nous ne serons assez reconnaissants. Je vous demande un regard d’une délicatesse singulière pour les peuples indigènes et pour leurs fascinantes cultures souvent occultées. Le Mexique a besoin de leurs racines amérindiennes pour ne pas être réduit à une énigme irrésolue. Les indigènes du Mexique attendent encore qu’on reconnaisse effectivement la richesse de leur contribution et la fécondité de leur présence pour assumer cette identité qui fait de vous une nation unique et non seulement une parmi d’autres".

Certains pensent que "l’Eglise au Mexique serait condamnée à choisir entre subir l’infériorité à laquelle elle a été reléguée à certaines périodes de son histoire, comme lorsque sa voix a été étouffée et qu’on a cherché à limiter sa présence, ou à s’aventurer dans les fondamentalismes pour réacquérir des certitudes provisoires en oubliant d’enraciner dans son cœur la soif de l’absolu et le fait qu’elle est appelée dans le Christ à réunir tous et non seulement une partie. Donc ne vous lassez pas de rappeler à votre peuple combien sont puissantes les racines anciennes qui ont permis la vivante synthèse chrétienne de communion humaine, culturelle et spirituelle qui a été forgée ici". Fidèles au Christ, "soyez capables de contribuer à l’unité de votre peuple, de favoriser la réconciliation de ses différences et l’intégration de ses diversités, de promouvoir la solution de ses problèmes endogènes... Je vous prie de ne pas tomber dans la paralysie de donner de vieilles réponses aux questions nouvelles... Malheur à vous, si vous vous endormez sur vos lauriers... Vous êtes assis sur les épaules de géants, des évêques, prêtres, religieux, religieuses et des laïcs, fidèles jusqu’au bout, qui ont offert leur vie pour que l’Eglise puisse accomplir sa mission... Je vous invite à vous fatiguer sans peur dans la mission d’évangéliser et d’approfondir la foi à travers une catéchèse mystagogique qui sache faire trésor de la religiosité populaire de vos gens. Notre temps demande une attention pastorale aux personnes et aux groupes, qui espèrent pouvoir aller à la rencontre du Christ vivant. Seule une courageuse conversion pastorale de nos communautés peut retrouver, générer et nourrir les disciples actuels de Jésus. Par conséquent, les pasteurs doivent surmonter la tentation de la distance et du cléricalisme, de la froideur et de l’indifférence, du triomphalisme et de l’auto-référentialité. La Guadalupe nous enseigne que Dieu a un visage familier, que la proximité et la bienveillance peuvent plus que la force... Seule une Eglise qui sait garder le visage des hommes qui vont frapper à sa porte est capable de leur parler de Dieu. Si nous ne déchiffrons pas leurs souffrances, si nous ne nous rendons pas compte de leurs besoins, nous ne pourrons rien leur offrir. La richesse que nous avons ne coule que lorsque nous rencontrons la petitesse de ceux qui mendient".

"Je vous supplie de protéger...vos prêtres. Ne les laissez pas exposés à la solitude et à l’abandon, en proie à la mondanité qui dévore le cœur. Soyez attentifs et apprenez à lire dans leurs regards pour vous réjouir avec eux lorsqu’ils sentent la joie de raconter ce qu’ils ont fait et enseigné, et également pour ne pas reculer lorsqu’ils se sentent un peu abattus et ne peuvent que pleurer parce qu’ils ont renié le Seigneur, et aussi pour les soutenir, en communion avec le Christ, quand l’un ou l’autre, sortira avec Judas dans la nuit. Que jamais, dans ces situations, ne manque votre paternité à vos prêtres" et "intégrez-les dans de grandes causes, car le cœur de l’apôtre n’a pas été fait pour des choses petites... L’Eglise, lorsqu’elle se réunit dans une majestueuse cathédrale, ne pourra s’empêcher de se comprendre comme un petite maison dans laquelle ses enfants peuvent se sentir à l’aise. On se maintient devant Dieu seulement si on est petit, si on se sent orphelin, si on est mendiant".


"Rien qu’en regardant la Morenita, on saisit entièrement le Mexique. Par conséquent, je vous invite à comprendre que la mission que l’Eglise vous confie demande ce regard qui embrasse la totalité. Et cela ne peut se réaliser de manière isolée, mais seulement en communion. La Gudalupana est ceinte d’une cordon qui annonce sa fécondité. C’est la Vierge qui a déjà dans son sein le Fils attendu par les hommes. C’est la Mère qui a déjà conçu l’humanité du nouveau monde naissant. C’est l’Epouse qui préfigure la maternité féconde de l’Eglise du Christ. Vous avez la mission de ceindre l’entière nation mexicaine de la fécondité de Dieu. Aucune partie de ce cordon ne peut être méprisée. L’épiscopat mexicain a accompli de remarquables progrès en ces années conciliaires" et les travaux pastoraux partagés "ont été fructueux dans les domaines essentiels de la mission ecclésiale tels que la famille, les vocations, la présence sociale". Ceci dit, "je vous demande de ne pas vous laisser décourager par les difficultés et de ne ménager aucun effort possible pour promouvoir, entre vous et dans vos diocèse, le zèle missionnaire, surtout en direction des régions qui ont le plus besoin de l’unique corps de l’Eglise mexicaine. Redécouvrir que l’Eglise est mission est fondamental pour son avenir, car seul l’enthousiasme, l’émerveillement convaincu des évangélisateurs a la force pour entraîner. Je vous demande, par conséquent, de prendre spécialement soin de la formation et de la préparation des laïcs, en surmontant toute forme de cléricalisme et en les impliquant activement dans la mission de l’Eglise, surtout dans la tâche de rendre présent, par le témoignage de leur propre vie, l’évangile du Christ dans le monde. Un témoignage unificateur de la synthèse chrétienne et une vision partagée de l’identité ainsi que du destin de vos gens aideraient beaucoup le peuple mexicain. Dans ce sens, il serait très important que l’Université pontificale du Mexique soit toujours davantage au cœur des efforts de l’Eglise pour assurer ce regard d’universalité sans laquelle la raison, réduite à des unités partielles, renonce à sa plus haute aspiration de recherche de la vérité... Dans le Christ glorifié, que les mexicains aiment honorer comme roi, allumez ensemble la lumière, soyez comblés de sa présence qui ne s’épuise pas... Il vous revient de semer le Christ dans cette terre, de maintenir allumée son humble lumière qui éclaire sans aveugler, d’assurer que la soif du peuple soit étanchée par ses eaux, d’étendre les voiles pour que le souffle de l’Esprit les déploie et que la barque de l’Eglise au Mexique ne fasse pas naufrage... Permettez-moi un dernier mot pour exprimer l’appréciation du Pape pour tout ce que vous faites afin d’affronter le défi de notre époque représentée par les migrations. Ce sont des millions d’enfants de l’Eglise qui vivent aujourd’hui dans la diaspora ou en transit, se déplaçant vers le Nord à la recherche de nouvelles opportunités. Beaucoup d’entre eux laissent derrière eux leurs propres racines pour aller à l’aventure, même dans la clandestinité qui implique tout genre de risques, en quête du feu vert qu’ils considèrent comme leur espérance... Puissent vos cœurs être capables de suivre ces personnes et de les rejoindre au-delà des frontières. Renforcez la communion avec vos frères de l’épiscopat des Etats-Unis d’Amérique pour que la présence maternelle de l’Eglise maintienne vivantes les racines de leur foi, les raisons de leurs espérances et la force de leur charité... L’empressement de vos diocèse à passer un peu de baume sur les pieds meurtris de ceux qui traversent vos territoires et à dépenser pour eux l’argent difficilement recueilli ne sera pas vain... Et puis le Pape est sûr que le Mexique et son Eglise arriveront à temps au rendez-vous avec eux-mêmes, avec l’histoire, avec Dieu. Peut-être une pierre en chemin retardera-t-elle la marche, et la fatigue du voyage exigera-t-elle un arrêt, mais ce ne sera jamais suffisant pour faire manquer le but. Car, peut-il arriver tard celui qui a une mère qui l’attend? Celui qui peut sentir sans cesse résonner dans son propre cœur ne suis-je pas ici, moi qui suis ta Mère?".

Le Pape s'adresse aux institutions et forces vives du Mexique


Cité du Vatican, 14 février 2016 (VIS). "Je viens comme missionnaire de miséricorde et de paix, comme un fils qui veut rendre hommage à sa mère, la Vierge de Guadalupe...mais aussi à ce peuple et à ce pays si riche de cultures, d’histoire et de diversité". Ainsi le Pape François a-t-il introduit hier au Palais National de Mexico son discours devant les autorités, la société civile et le corps diplomatique: "Le Mexique est un grand pays, doté d’abondantes ressources naturelles et d’une énorme biodiversité qui s’étend sur un territoire. Sa position géographique en fait un point de référence pour l’Amérique. Ses cultures indigènes, métisses et créoles lui confèrent une identité propre et une richesse culturelle qu’il n’est pas toujours facile de valoriser. La sagesse ancestrale liée à sa multi-culturalité est, de loin, l’une de ses meilleures ressources identitaires. Cette identité, qu’elle a appris progressivement à gérer dans la diversité, constitue sans doute un riche patrimoine à mettre en valeur, à promouvoir et à préserver... Cela offre espérance et perspective. Un peuple jeune est un peuple capable de se rénover, de se transformer... Cette réalité nous conduit inévitablement à réfléchir sur notre propre responsabilité dans la construction du Mexique que nous appelons de tous nos vœux, le Mexique que nous voulons léguer aux futures générations. Cela nous conduit à nous rendre compte également qu’un avenir d’espérance se forge dans la vie présente d’hommes et de femmes justes, honnêtes, capables de s’engager pour le bien commun, ce bien commun peu prisé en ce XXI siècle. L’expérience nous montre que chaque fois que nous cherchons la voie du privilège ou du bénéfice de quelques-uns au détriment du bien général, tôt ou tard, la vie en société devient un terrain fertile pour la corruption, le narcotrafic, l’exclusion des cultures différentes, la violence, y compris pour le trafic de personnes, la séquestration et la mort, causant la souffrance et freinant le développement".

"Le peuple mexicain met son espérance dans l’identité qui s’est forgée dans de durs et difficiles moments de son histoire par de remarquables témoignages de citoyens qui ont compris que, pour pouvoir surmonter les situations nées de la fermeture de l’individualisme, était nécessaire l’accord des institutions politiques, sociales et économiques, ainsi que celui de tous les hommes et femmes engagés dans la recherche du bien commun et dans la promotion de la dignité de la personne. Une culture ancestrale et un capital humain prometteur, comme les vôtres, doivent être la source d’inspiration pour que nous trouvions de nouvelles formes de dialogue, de négociation, de ponts capables de nous guider sur la voie de l’engagement solidaire. Un engagement dans lequel tous, en commençant par nous qui nous appelons chrétiens, nous devons nous consacrer à la construction d'une politique vraiment humaine et d’une société dans laquelle personne ne doit se sentir victime de la culture de rejet. Il revient, de façon spéciale, aux élites sociale, culturelle et politique, de travailler pour offrir à tous les citoyens l’opportunité d’être de dignes acteurs de leur propre destin, dans leur famille et dans tous les domaines où se développe la société humaine, en leur facilitant un accès réel aux biens matériels et spirituels indispensables: Logement décent, travail digne, nourriture, justice réelle, sécurité effective, un environnement sain et de paix. Il ne s’agit pas seulement d’une affaire de lois qui exigent des mises à jour et des améliorations toujours nécessaires, mais d’une formation prioritaire à la responsabilité personnelle dans le plein respect de l’autre en tant que co-responsable de la promotion du développement national. C’est une tâche qui implique tout le peuple mexicain dans les diverses instances aussi bien publiques que privées, autant collectives qu’individuelles... Le Gouvernement mexicain peut compter sur la collaboration de l’Eglise catholique, qui a accompagné la vie de cette Nation et qui renouvelle son engagement ainsi que sa volonté de servir la grande cause de l’homme qu'est l’édification de la civilisation de l’amour. Je me prépare à parcourir ce beau et grand pays en missionnaire et pèlerin qui veut revivre avec vous l’expérience de la miséricorde comme un nouvel horizon de possibilité qui est inévitablement porteur de justice et de paix. J'en appelle à la Vierge de Guadalupe afin que, par son intercession, le Père miséricordieux fasse que ces journées soient une opportunité de rencontre, de communion et de paix pour l'avenir du Mexique".


samedi 13 février 2016

Arrivée du Saint-Père à Mexico


Cité du Vatican, 13 février 2016 (VIS). Après la signature à La Havane de la déclaration commune avec le Patriarche Cyrille de Moscou, le Pape a repris l'avion à destination du Mexique. Pendant le vol il s'est brièvement entretenu avec les journalistes exprimant surtout sa joie de la rencontre avec le Patriarche et la disponibilité du Président Castro. Le Pape a révélé qu'il avait parlé du projet avec le président cubain lors de sa visite de septembre dernier, puis il a évoqué sa rencontre avec le Patriarche Cyrille: "Franchement, je me suis senti en présence d'un frère. Deux évêques qui ont principalement parlé de la situation de leurs Eglises et de l'état du monde... Non seulement la guerre se présente maintenant en morceaux, mais elle implique le monde en entier... Au plan religieux, nous avons envisagé un programme d'activités conjointes, qui montreront que l'unité est la marche. Je l'ai déjà dit, si l'unité est faite d'études de théologie et autres, nous devons marcher vers le Seigneur... L'unité se construit en marchant... La Déclaration peut avoir plusieurs interprétations...mais elle n'est pas politique, ni sociologique. C'est une déclaration pastorale, qui se penche sur des questions de société comme la manipulation génétique".

Après trois heures de vol, l'avion papal est arrivé à 19 h 30' heure locale (2 h 30' ce matin à Rome) à l'aéroport de Mexico, où il a été accueilli par le Président Enrique Peña Nieto et des représentants du Conseil permanent des évêques mexicains. Après cet accueil officiel mais informel, et un bref entretien avec le chef de l'Etat, le Saint-Père a parcouru en papamobile les dix-neuf kilomètres qui le séparaient de la nonciature apostolique de Mexico, où il séjournera. Plus tard, il est sorti pour saluer et bénir les centaines de personnes qui l'attendaient.


Rencontre du Patriarche Cyrille et du Pape François à Cuba


Cité du Vatican, 13 février 2016 (VIS). Comme prévu, après douze heures de vol et avant d'entamer hier son voyage apostolique au Mexique, le Pape a fait halte à Cuba pour rencontrer à l'aéroport de La Havane le Patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie. Peu après 14 h heure locale (20 h heure de Rome), il a été accueilli par le Président Raul Castro, notamment accompagné par le Cardinal Jaime Ortega y Alamino, Archevêque de San Cristobal de la Havane.

Accompagné du Cardinal Kurt Koch, Président du Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens, le Saint-Père agagné un salon de l'aéroport où l'attendait SS Cyrille, assisté par le Métropolite Hilarion, Président du Département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou. Avant d'accéder au Patriarcat 2009, Cyrille a notamment consacré en 2006 la première église orthodoxe russe à Rome, et en 2008 consacré la cathédrale orthodoxe russe de La Havane. Lors de son intronisation, le Saint-Siège avait été représenté par le Cardinal Walter Kasper, le prédécesseur du Cardinal Koch. Après deux heures d'intenses discussions, le Patriarche et le Pape se sont rendu dans le salon d'honneur pour signer une longue déclaration commune, qui reconnaît d'abord que catholiques et orthodoxes partagent la tradition spirituelle du premier millénaire chrétien, puis qui exprime l'espoir que, en dépit de leurs différences, cette rencontre historique contribue à la réalisation de l'unité voulue par le Christ. Le texte rappelle aussi que les chrétiens subissent des persécutions dans plusieurs régions du monde, et lance un appel à la communauté internationale afin de mettre fin à l'exode des chrétiens au proche et moyen Orient. Les signataires y expriment leur joie de la renaissance de la foi en Russie et dans les pays d'Europe de l'est se préoccupent du sort de millions de migrants et de réfugiés qui frappent aux portes des pays riches, mais aussi de la crise de la famille dans certains pays. Ils lancent un appel pour défendre le droit inaliénable à la vie et à la mission qui unit orthodoxes et catholiques, celle de prêcher l'Evangile partout dans le monde et de surmonter la division entre les croyants en Ukraine.

Après la signature, le Pape a prononcé un bref discours improvisé: ''Nous parlons en frères, nous avons le même baptême, nous sommes évêques. Nous parlons de nos Eglises, et convenons que l'unité se fait en marchant, en parlant clairement, sans demi-paroles. Durant notre entretien j'ai ressenti le réconfort de l'Esprit et apprécié l'humilité fraternelle de Sa Sainteté... Nous avons convenu d'une série d'initiatives qui, je le pense, sont viables. Je tiens donc à remercier, une fois de plus...Son Eminence le Métropolite Hilarion et Son Eminence le Cardinal Koch, ainsi que leurs collaborateurs... Un grand merci à Cuba, au peuple cubain et à son Président pour leur active disponibilité. Si cela continue, Cuba sera la capitale de l'unité!" Ensuite, le Patriarche Cyrille a déclaré qu'au-delà des difficultés qui demeurent entre catholiques et orthodoxes, la rencontre avec le Pape a été très importante et riche de contenu. Elle lui a donné l'occasion de mieux comprendre les positions catholiques et de mieux exprimer les siennes. Les deux Eglises peuvent coopérer pour défendre les chrétiens de par le monde, travailler ensemble de sorte qu'il n'y ait pas de guerre, pour que la vie humaine soit respectée et la morale renforcée à tous les niveaux de la société. La réunion s'est terminée par un échange de cadeaux. Le Pape a donné une relique de saint Cyrille et un calice au Patriarche de Moscou, lequel lui a donné offert une copie de l'Icône de Notre-Dame de Kazan.

Voici maintenant le texte de la Déclaration commune du Pape François et du Patriarche Cyrille: "La grâce de Notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit soit avec vous tous.

1.Par la volonté de Dieu le Père de qui vient tout don, au nom de Notre Seigneur Jésus Christ et avec le secours de l’Esprit Saint Consolateur, nous, Pape François et Kirill, Patriarche de Moscou et de toute la Russie, nous sommes rencontrés aujourd’hui à La Havane. Nous rendons grâce à Dieu, glorifié en la Trinité, pour cette rencontre, la première dans l’histoire. Avec joie, nous nous sommes retrouvés comme des frères dans la foi chrétienne qui se rencontrent pour se parler de vive voix, de cœur à cœur, et discuter des relations mutuelles entre les Eglises, des problèmes essentiels de nos fidèles et des perspectives de développement de la civilisation humaine.
2.Notre rencontre fraternelle a eu lieu à Cuba, à la croisée des chemins entre le Nord et le Sud, entre l’Est et l’Ouest. De cette île, symbole des espoirs du Nouveau Monde et des événements dramatiques de l’histoire du XX siècle, nous adressons notre parole à tous les peuples d’Amérique latine et des autres continents. Nous nous réjouissons de ce que la foi chrétienne se développe ici de façon dynamique. Le puissant potentiel religieux de l’Amérique latine, sa tradition chrétienne séculaire, réalisée dans l’expérience personnelle de millions de personnes, sont le gage d’un grand avenir pour cette région.
3.Nous étant rencontrés loin des vieilles querelles de l’Ancien Monde, nous sentons avec une force particulière la nécessité d’un labeur commun des catholiques et des orthodoxes, appelés, avec douceur et respect, à rendre compte au monde de l’espérance qui est en nous.
4.Nous rendons grâce à Dieu pour les dons que nous avons reçus par la venue au monde de son Fils unique. Nous partageons la commune Tradition spirituelle du premier millénaire du christianisme. Les témoins de cette Tradition sont la Très Sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, et les saints que nous vénérons. Parmi eux se trouvent d’innombrables martyrs qui ont manifesté leur fidélité au Christ et sont devenus semence de chrétiens.
5.Malgré cette Tradition commune des dix premiers siècles, catholiques et orthodoxes, depuis presque mille ans, sont privés de communion dans l’Eucharistie. Nous sommes divisés par des blessures causées par des conflits d’un passé lointain ou récent, par des divergences, héritées de nos ancêtres, dans la compréhension et l’explicitation de notre foi en Dieu, un en Trois Personnes, Père, Fils et Saint Esprit. Nous déplorons la perte de l’unité, conséquence de la faiblesse humaine et du péché, qui s’est produite malgré la Prière sacerdotale du Christ Sauveur: Que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous.
6.Conscients que de nombreux obstacles restent à surmonter, nous espérons que notre rencontre contribue au rétablissement de cette unité voulue par Dieu, pour laquelle le Christ a prié. Puisse notre rencontre inspirer les chrétiens du monde entier à prier le Seigneur avec une ferveur renouvelée pour la pleine unité de tous ses disciples. Puisse-t-elle, dans un monde qui attend de nous non pas seulement des paroles mais des actes, être un signe d’espérance pour tous les hommes de bonne volonté.
7.Déterminés à entreprendre tout ce qui nécessaire pour surmonter les divergences historiques dont nous avons hérité, nous voulons unir nos efforts pour témoigner de l’Evangile du Christ et du patrimoine commun de l’Eglise du premier millénaire, répondant ensemble aux défis du monde contemporain. Orthodoxes et catholiques doivent apprendre à porter un témoignage unanime à la vérité dans les domaines où cela est possible et nécessaire. La civilisation humaine est entrée dans un moment de changement d’époque. Notre conscience chrétienne et notre responsabilité pastorale ne nous permettent pas de rester inactifs face aux défis exigeant une réponse commune.
8.Notre regard se porte avant tout vers les régions du monde où les chrétiens subissent la persécution. En de nombreux pays du proche Orient et d’Afrique du nord, nos frères et sœurs en Christ sont exterminés par familles, villes et villages entiers. Leurs églises sont détruites et pillées de façon barbare, leurs objets sacrés sont profanés, leurs monuments, détruits. En Syrie, en Irak et en d’autres pays du proche Orient, nous observons avec douleur l’exode massif des chrétiens de la terre d’où commença à se répandre notre foi et où ils vécurent depuis les temps apostoliques ensemble avec d’autres communautés religieuses.
9.Nous appelons la communauté internationale à des actions urgentes pour empêcher que se poursuive l’éviction des chrétiens du proche Orient. Elevant notre voix pour défendre les chrétiens persécutés, nous compatissons aussi aux souffrances des fidèles d’autres traditions religieuses devenus victimes de la guerre civile, du chaos et de la violence terroriste.
10.En Syrie et en Irak, la violence a déjà emporté des milliers de vies, laissant des millions de gens sans abri ni ressources. Nous appelons la communauté internationale à mettre fin à la violence et au terrorisme et, simultanément, à contribuer par le dialogue à un prompt rétablissement de la paix civile. Une aide humanitaire à grande échelle est indispensable aux populations souffrantes et aux nombreux réfugiés dans les pays voisins. Nous demandons à tous ceux qui pourraient influer sur le destin de ceux qui ont été enlevés, en particulier des Métropolites d’Alep Paul et Jean Ibrahim, séquestrés en avril 2013, de faire tout ce qui est nécessaire pour leur libération rapide.
11.Nous élevons nos prières vers le Christ, le Sauveur du monde, pour le rétablissement sur la terre du Proche Orient de la paix qui est le fruit de la justice, pour que se renforce la coexistence fraternelle entre les diverses populations, Eglises et religions qui s’y trouvent, pour le retour des réfugiés dans leurs foyers, la guérison des blessés et le repos de l’âme des innocents tués. Nous adressons un fervent appel à toutes les parties qui peuvent être impliquées dans les conflits pour qu’elles fassent preuve de bonne volonté et s’asseyent à la table des négociations. Dans le même temps, il est nécessaire que la communauté internationale fasse tous les efforts possibles pour mettre fin au terrorisme à l’aide d’actions communes, conjointes et coordonnées. Nous faisons appel à tous les pays impliqués dans la lutte contre le terrorisme pour qu’ils agissent de façon responsable et prudente. Nous exhortons tous les chrétiens et tous les croyants en Dieu à prier avec ferveur le Dieu Créateur du monde et Provident, qu’il protège sa création de la destruction et ne permette pas une nouvelle guerre mondiale. Pour que la paix soit solide et durable, des efforts spécifiques sont nécessaires afin de redécouvrir les valeurs communes qui nous unissent, fondées sur l’Evangile de Notre Seigneur Jésus-Christ.
12.Nous nous inclinons devant le martyre de ceux qui, au prix de leur propre vie, témoignent de la vérité de l’Evangile, préférant la mort à l’apostasie du Christ. Nous croyons que ces martyrs de notre temps, issus de diverses Eglises, mais unis par une commune souffrance, sont un gage de l’unité des chrétiens. A vous qui souffrez pour le Christ s’adresse la parole de l’apôtre: Très chers, dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse.
13.En cette époque préoccupante est indispensable le dialogue inter-religieux. Les différences dans la compréhension des vérités religieuses ne doivent pas empêcher les gens de fois diverses de vivre dans la paix et la concorde. Dans les circonstances actuelles, les leaders religieux ont une responsabilité particulière pour éduquer leurs fidèles dans un esprit de respect pour les convictions de ceux qui appartiennent à d’autres traditions religieuses. Les tentatives de justifications d’actions criminelles par des slogans religieux sont absolument inacceptables. Aucun crime ne peut être commis au nom de Dieu, car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix.
14.Attestant de la haute valeur de la liberté religieuse, nous rendons grâce à Dieu pour le renouveau sans précédent de la foi chrétienne qui se produit actuellement en Russie et en de nombreux pays d’Europe de l’est, où des régimes athées dominèrent pendant des décennies. Aujourd’hui les fers de l’athéisme militant sont brisés et en de nombreux endroits les chrétiens peuvent confesser librement leur foi. En un quart de siècle ont été érigés là des dizaines de milliers de nouvelles églises, ouverts des centaines de monastères et d’établissements d’enseignement théologique. Les communautés chrétiennes mènent une large activité caritative et sociale, apportant une aide diversifiée aux nécessiteux. Orthodoxes et catholiques œuvrent souvent côte à côte. Ils attestent des fondements spirituels communs de la convivance humaine, en témoignant des valeurs évangéliques.
15.Dans le même temps, nous sommes préoccupés par la situation de tant de pays où les chrétiens se heurtent de plus en plus souvent à une restriction de la liberté religieuse, du droit de témoigner de leurs convictions et de vivre conformément à elles. En particulier, nous voyons que la transformation de certains pays en sociétés sécularisées, étrangère à toute référence à Dieu et à sa vérité, constitue un sérieux danger pour la liberté religieuse. Nous sommes préoccupés par la limitation actuelle des droits des chrétiens, voire de leur discrimination, lorsque certaines forces politiques, guidées par l’idéologie d’un sécularisme si souvent agressif, s’efforcent de les pousser aux marges de la vie publique.
16.Le processus d’intégration européenne, initié après des siècles de conflits sanglants, a été accueilli par beaucoup avec espérance, comme un gage de paix et de sécurité. Cependant, nous mettons en garde contre une intégration qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses. Tout en demeurant ouverts à la contribution des autres religions à notre civilisation, nous sommes convaincus que l’Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes. Nous appelons les chrétiens européens d’Orient et d’Occident à s’unir pour témoigner ensemble du Christ et de l’Evangile, pour que l’Europe conserve son âme formée par deux mille ans de tradition chrétienne.
17.Notre regard se porte sur les personnes se trouvant dans des situations de détresse, vivant dans des conditions d’extrême besoin et de pauvreté, alors même que croissent les richesses matérielles de l’humanité. Nous ne pouvons rester indifférents au sort de millions de migrants et de réfugiés qui frappent à la porte des pays riches. La consommation sans limite, que l’on constate dans certains pays plus développés, épuise progressivement les ressources de notre planète. L’inégalité croissante dans la répartition des biens terrestres fait croître le sentiment d’injustice à l’égard du système des relations internationales qui s’est institué.
18.Les Eglises chrétiennes sont appelées à défendre les exigences de la justice, le respect des traditions des peuples et la solidarité effective avec tous ceux qui souffrent. Nous, chrétiens, ne devons pas oublier que c'est qu’il y a de faible dans le monde que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort. Il a choisi ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est. Ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu.
19.La famille est le centre naturel de la vie humaine et de la société. Nous sommes inquiets de la crise de la famille dans de nombreux pays. Orthodoxes et catholiques, partageant la même conception de la famille, sont appelés à témoigner que celle-ci est un chemin de sainteté, manifestant la fidélité des époux dans leurs relations mutuelles, leur ouverture à la procréation et à l’éducation des enfants, la solidarité entre les générations et le respect pour les plus faibles.
20.La famille est fondée sur le mariage, acte d’amour libre et fidèle d’un homme et d’une femme. L’amour scelle leur union, leur apprend à se recevoir l’un l’autre comme don. Le mariage est une école d’amour et de fidélité. Nous regrettons que d’autres formes de cohabitation soient désormais mises sur le même plan que cette union, tandis que la conception de la paternité et de la maternité comme vocation particulière de l’homme et de la femme dans le mariage, sanctifiée par la tradition biblique, est chassée de la conscience publique.
21.Nous appelons chacun au respect du droit inaliénable à la vie. Des millions d’enfants sont privés de la possibilité même de paraître au monde. La voix du sang des enfants non nés crie vers Dieu. Le développement de la prétendue euthanasie conduit à ce que les personnes âgées et les infirmes commencent à se sentir être une charge excessive pour leur famille et la société en général. Nous sommes aussi préoccupés par le développement des technologies de reproduction biomédicale, car la manipulation de la vie humaine est une atteinte aux fondements de l’existence de l’homme, créé à l’image de Dieu. Nous estimons notre devoir de rappeler l’immuabilité des principes moraux chrétiens, fondés sur le respect de la dignité de l’homme appelé à la vie, conformément au dessein de son Créateur.
22.Nous voulons adresser aujourd’hui une parole particulière à la jeunesse chrétienne. A vous, les jeunes, appartient de ne pas enfouir le talent dans la terre, mais d’utiliser toutes les capacités que Dieu vous a données pour confirmer dans le monde les vérités du Christ, pour incarner dans votre vie les commandements évangéliques de l’amour de Dieu et du prochain. Ne craignez pas d’aller à contre-courant, défendant la vérité divine à laquelle les normes séculières contemporaines sont loin de toujours correspondre.
23.Dieu vous aime et attend de chacun de vous que vous soyez ses disciples et apôtres. Soyez la lumière du monde, afin que ceux qui vous entourent, voyant vos bonnes actions, rendent gloire à votre Père céleste. Eduquez vos enfants dans la foi chrétienne, transmettez-leur la perle précieuse de la foi que vous avez reçue de vos parents et aïeux. N’oubliez pas que vous avez été rachetés à un cher prix, au prix de la mort sur la croix de l’Homme-Dieu Jésus-Christ.
24.Orthodoxes et catholiques sont unis non seulement par la commune Tradition de l’Eglise du premier millénaire, mais aussi par la mission de prêcher l’Evangile du Christ dans le monde contemporain. Cette mission implique le respect mutuel des membres des communautés chrétiennes, exclut toute forme de prosélytisme. Nous ne sommes pas concurrents, mais frères. Et de cette conception doivent découler toutes nos actions les uns envers les autres et envers le monde extérieur. Nous exhortons les catholiques et les orthodoxes, dans tous les pays, à apprendre à vivre ensemble dans la paix, l’amour et à avoir les uns pour les autres la même aspiration. Il ne peut donc être question d’utiliser des moyens indus pour pousser des croyants à passer d’une Eglise à une autre, niant leur liberté religieuse ou leurs traditions propres. Nous sommes appelés à mettre en pratique le précepte de l’apôtre Paul: Je me suis fait un honneur d’annoncer l’Evangile là où le Christ n’avait point été nommé, afin de ne pas bâtir sur le fondement d’autrui.
25.Nous espérons que notre rencontre contribuera aussi à la réconciliation là où des tensions existent entre gréco-catholiques et orthodoxes. Il est clair aujourd’hui que la méthode de l’uniatisme du passé, comprise comme la réunion d’une communauté à une autre, en la détachant de son Eglise, n’est pas un moyen pour recouvrir l’unité. Cependant, les communautés ecclésiales qui sont apparues en ces circonstances historiques ont le droit d’exister et d’entreprendre tout ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins spirituels de leurs fidèles, recherchant la paix avec leurs voisins. Orthodoxes et gréco-catholiques ont besoin de se réconcilier et de trouver des formes de coexistence mutuellement acceptables.
26.Nous déplorons la confrontation en Ukraine qui a déjà emporté de nombreuses vies, provoqué d’innombrables blessures à de paisibles habitants et placé la société dans une grave crise économique et humanitaire. Nous exhortons toutes les parties du conflit à la prudence, à la solidarité sociale, et à agir pour la paix. Nous appelons nos Eglises en Ukraine à travailler pour atteindre la concorde sociale, à s’abstenir de participer à la confrontation et à ne pas soutenir un développement ultérieur du conflit.
27.Nous exprimons l’espoir que le schisme au sein des fidèles orthodoxes d’Ukraine sera surmonté sur le fondement des normes canoniques existantes, que tous les chrétiens orthodoxes d’Ukraine vivront dans la paix et la concorde et que les communautés catholiques du pays y contribueront, de sorte que soit toujours plus visible notre fraternité chrétienne.
28.Dans le monde contemporain, multiforme et en même temps uni par un même destin, catholiques et orthodoxes sont appelés à collaborer fraternellement en vue d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut, à témoigner ensemble de la dignité morale et de la liberté authentique de la personne, pour que le monde croie. Ce monde, dans lequel disparaissent progressivement les piliers spirituels de l’existence humaine, attend de nous un fort témoignage chrétien dans tous les domaines de la vie personnelle et sociale. De notre capacité à porter ensemble témoignage de l’Esprit de vérité en ces temps difficiles dépend en grande partie l’avenir de l’humanité.
29.Que dans le témoignage hardi de la vérité de Dieu et de la Bonne Nouvelle salutaire nous vienne en aide l’Homme-Dieu Jésus Christ, notre Seigneur et Sauveur, qui nous fortifie spirituellement par sa promesse infaillible: Sois sans crainte, petit troupeau, à vous le Père a trouvé bon de donner le Royaume. Le Christ est la source de la joie et de l’espérance. La foi en lui transfigure la vie de l’homme, la remplit de sens. De cela ont pu se convaincre par leur propre expérience tous ceux à qui peuvent s’appliquer les paroles de l’apôtre Pierre: Vous qui jadis n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le peuple de Dieu, qui n’obteniez pas miséricorde et qui maintenant avez obtenu miséricorde.

30.Remplis de gratitude pour le don de la compréhension mutuelle manifesté lors de notre rencontre, nous nous tournons avec espérance vers la Très Sainte Mère de Dieu, en l’invoquant par les paroles de l’antique prière: Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu. Puisse la Bienheureuse Vierge Marie, par son intercession, conforter la fraternité de ceux qui la vénèrent, afin qu’ils soient au temps fixé par Dieu rassemblés dans la paix et la concorde en un seul Peuple de Dieu, à la gloire de la Très Sainte et indivisible Trinité".
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