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Le Vatican Information Service (VIS) est un service d'information de la Salle-de-Presse du Saint-Siège. Il propose des informations sur le Magistère et l'activité pastorale du Saint-Père et de la Curie Romaine... []

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lundi 22 février 2016

Messe pour le Jubilé de la Curie Romaine


Cité du Vatican, 22 février 2016 (VIS). Ce matin, en la solennité de la Chaire de Pierre, le Pape a présidé une messe à la Basilique vaticane pour le Jubilé de la Curie Romaine, du Gouvernorat et des institutions dépendantes du Saint-Siège. Tous les participants à la messe, y compris le Pape, ont processionné de la salle Paul VI à la Basilique, en passant par la Porte Sainte. "En ce moment, le Seigneur Jésus répète à chacun de nous sa question: Et vous, qui dites-vous que je suis?", a dit le Pape à l'homélie. "Une question claire et directe, face à laquelle il n'est pas possible de fuir ou de rester neutre, ni d'en remettre la réponse ou la déléguer à quelqu'un d'autre. Mais, elle ne se veut nullement inquisitoire, au contraire, elle est pleine d'amour! L'amour de notre unique Maître qui nous appelle aujourd'hui à renouveler notre foi en lui, en le reconnaissant comme Fils de Dieu et Seigneur de notre vie. Le premier appelé à renouveler sa profession de foi est le successeur de Pierre qui porte avec lui la responsabilité de confirmer ses frères... Laissons la grâce modeler de nouveau notre cœur pour croire, et ouvrir notre bouche pour accomplir notre profession de foi et obtenir le salut. Faisons donc nôtres les paroles de Pierre: tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Notre pensée et notre regard sont fixés sur Jésus Christ, début et fin de toute action de l'Eglise. Il est la pierre de fondation et personne ne peut en poser d'autre. Il est la pierre sur laquelle nous devons construire. Saint Augustin le rappelait de façon expressive quand il écrivait que l'Eglise, bien qu'agitée et secouée par les vicissitudes de l'histoire, ne s'écroule pas parce qu'elle est fondée sur la pierre, d'où Pierre tire son nom. Ce n'est pas la pierre qui tire son nom de Pierre mais c'est Pierre qui le tire de la pierre. De même que ce n'est pas le nom de Christ qui dérive du nom chrétien, mais le nom chrétien qui dérive de Christ. La pierre est le Christ sur le fondement de laquelle Pierre aussi a été édifié".

Puis le Saint-Père a souligné que, "par cette profession de foi, dérive pour chacun de nous le devoir de correspondre à l'appel de Dieu. Il est demandé aux pasteurs surtout d'avoir comme modèle Dieu lui-même qui prend soin de son troupeau... Cela nous fait du bien à nous aussi, appelés à être pasteurs dans l'Eglise, de laisser le visage de Dieu Bon Pasteur nous illuminer, nous purifier, nous transformer et nous restituer pleinement renouvelés pour notre mission. Que dans nos milieux de travail également, nous puissions sentir, cultiver et pratiquer un fort sens pastoral, surtout envers les personnes que nous rencontrons tous les jours. Que personne ne se sente négligé ou maltraité, mais que chacun puisse expérimenter avant tout ici l'attention tendre du Bon Pasteur... Nous sommes appelés à être les collaborateurs de Dieu dans un projet aussi important et unique que celui de témoigner par notre existence la force de la grâce qui transforme et le pouvoir de l'Esprit qui renouvelle. Laissons le Seigneur nous libérer de toute tentation qui éloigne de l'essentiel de notre mission, et redécouvrons la beauté de professer la foi dans le Seigneur Jésus. La fidélité au ministère se conjugue bien avec la miséricorde dont nous voulons faire l'expérience. D'ailleurs, dans l'Ecriture Sainte, fidélité et miséricorde sont un binôme inséparable. Où se trouve l'une, se trouve aussi l'autre, et c'est justement dans leur réciprocité et complémentarité que l'on peut voir la présence même du Bon Pasteur. La fidélité qui nous est demandée est d'agir selon le cœur du Christ. Comme nous l'avons entendu des paroles de l'apôtre Pierre, nous devons paître le troupeau avec une âme généreuse et devenir un modèle pour tous. De cette façon, quand se manifestera le Chef des pasteurs, nous pourrons recevoir la couronne de gloire qui ne se flétrit pas".


Echo du voyage pastoral


Cité du Vatican, 21 février 2016 (VIS). A l'angélus, commentant l'épisode évangélique de la Transfiguration, le Saint-Père est revenu sur son voyage pastoral au Mexique, qu'il a qualifié d'expérience de transfiguration: "Le Seigneur nous a montré la lumière de sa gloire...dans le peuple saint vivant sur cette terre. C'est un peuple qui a souvent été blessé, opprimé, méprisé, violé dans sa dignité. Mais mes diverses rencontres mexicaines ont été remplies de lumière, de la lumière de la foi qui transfigure les visages et éclaire le chemin... Le coeur spirituel de ce pèlerinage fut le sanctuaire de la Vierge de Guadalupe, où je voulais avant tout prier en silence. Je remercie Dieu de me l'avoir concédé... Je me suis laissé conquérir par celle qui porte dans ses yeux les regards de ses fils. Elle souffre des violences, les enlèvements, les meurtres de tant de pauvres gens et de tant de femmes. Celui de Mexico est le sanctuaire marial le plus fréquenté du monde et l'on vient de toute l'Amérique prier la Morenita qui se manifesta à l'amérindien saint Juan Diego et marqua le débit de l'évangélisation du continent comme à une civilisation fruit de la rencontre des cultures. Tel est l'héritage que le Seigneur a donné au Mexique, conserver la richesse de la diversité en manifestant l'harmonie de la foi commune, d'une foi simple, robuste et vitale. Comme mes prédécesseurs, je suis venu confirmer le peuple mexicain dans la foi, mais aussi y être confirmé...au bénéfice de l'Eglise universelle... Les familles mexicaines m'ont accueilli en messager du Christ, pasteur de l'Eglise, témoignant de manière limpide et forte de leur foi vécue...au profit de toutes les familles chrétiennes. Même chose des jeunes, des prêtres, religieux et consacrés, pour les travailleurs et les détenus".


"Elevons aussi nos louanges à la Trinité, qui a voulu que je rencontre à Cuba le Patriarche Cyrille de Moscou, une rencontre tellement désirée y compris par mes prédécesseurs... Elle aussi constitue une lumière prophétique de la Résurrection, dont le monde a plus que jamais besoin. Puisse la Mère de Dieu continuer à nous guider sur le chemin de l'unité. Prions la Vierge de Kazan, dont le Patriarche m'a offert une copie de l'icône". 

Aucune exécution capitale pendant l'Année de la miséricorde


Cité du Vatican, 21 février 2016 (VIS). Après l'angélus, le Pape François a évoqué le congrès international intitulé "Pour un monde sans peine de mort", qui s'ouvre demain à Rome, organisé par la communauté Sant'Egidio, en vue de donner un nouvel élan pour l'abolition de la peine de mort. Le Pape a souligné le signe d'espérance en ce sens lié au développement dans l'opinion publique d'un sentiment plus répandu d'une certaine hostilité à la peine de mort même comme instrument de légitime défense sociale. "En effet, les sociétés modernes ont la possibilité de réprimer efficacement le crime sans enlever définitivement à celui qui l'a commis la possibilité de se racheter. Le problème doit être encadré dans l'optique d'une justice pénale qui soit davantage conforme à la dignité de l'homme et au dessein de Dieu sur l'homme et sur la société, mais également à une justice pénale ouverte à l'espérance de réinsertion dans la société. Le commandement de ne pas tuer a une valeur absolu et concerne autant l'innocent que le coupable".


"Le Jubilé extraordinaire de la miséricorde est une bonne occasion de promouvoir dans le monde des formes toujours plus mûres de respect de la vie et de la dignité de chaque personne. Même le criminel conserve l'inviolable droit à la vie, don de Dieu. Je fais appel à la conscience des gouvernants afin qu'ils se rejoignent dans un consensus international pour l'abolition de la peine de mort. Et je propose à ceux qui, parmi eux, sont catholiques, d'accomplir un geste courageux et exemplaire: qu'aucune condamnation ne soit exécutée au cours de cette Année sainte de la miséricorde. Tous les chrétiens et les hommes de bonne volonté sont appelés aujourd'hui à œuvrer non seulement pour l'abolition de la peine de mort, mais aussi en vue d'améliorer les conditions carcérales, dans le respect de la dignité humaine des personnes privées de la liberté". Le Pape a ensuite évoqué le chemin de croix qui, organisé par la communauté Pape Jean XXIII fondée par le P.Oreste Benzi, aura lieu, jeudi prochain, dans les rues de Rome en solidarité avec les femmes victimes de la traite des personnes et pour prier pour elles. Avant de conclure, il a rappelé que le carême était un temps propice pour entreprendre un chemin de conversion dont le centre est la miséricorde. "C'est pourquoi -a-t-il dit-, j'ai voulu vous offrir, à vous qui êtes sur la Place, un médicament spirituel appelé Misericordina. Nous l'avons déjà fait une fois mais celui-ci est de meilleure qualité, c'est la Misericordina plus. Une petite boîte qui contient un chapelet et l'image de Jésus miséricordieux. Nous la distribuons maintenant aux bénévoles, parmi lesquels se trouvent des pauvres, des sdf, des réfugiés et aussi des religieux. Accueillez ce don comme une aide spirituelle pour diffuser, spécialement en cette Année de la miséricorde, l'amour, le pardon et la fraternité".

Offrir aux autres le signe concret de la proximité de Dieu


Cité du Vatican, 20 février 2016 (VIS). 50.000 personnes ont assisté ce matin place St.Pierre à l'audience jubilaire du Saint-Père, rentré avant-hier de son voyage apostolique au Mexique. Sa catéchèse était consacrée à l'engagement que les chrétiens doivent prendre pour offrir à ceux qu'ils rencontrent un signe concret de la proximité de Dieu. "Le Jubilé de la miséricorde -a dit le Pape- est une véritable opportunité pour entrer en profondeur à l'intérieur du mystère de la bonté et de l'amour de Dieu. En ce temps de carême, l'Eglise nous invite à connaître davantage le Seigneur Jésus, et à vivre la foi de manière cohérente par un style de vie qui exprime la miséricorde du Père". Il est donc nécessaire de "s'engager" c'est à dire d'accepter une responsabilité envers quelqu'un et l'accomplir avec fidélité, dévotion et intérêt. "Chaque jour, il nous est demandé de nous investir dans les choses que nous faisons, dans la prière, le travail ou les études, mais aussi dans le sport... S'engager, en somme, signifie mettre de la bonne volonté et nos forces pour améliorer la vie".

"Dieu aussi s'est engagé pour nous. Son premier engagement a été de créer le monde et malgré nos actions destructrices, il s'engage à le maintenir vivant. Mais son engagement le plus grand a été de nous donner Jésus... Saint Paul le rappelle quand il écrit que Dieu n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous. Fort de cela, avec Jésus, le Père nous donnera ce dont nous avons besoin". Dans l'évangile, il est facile de voir comment se manifeste l'engagement de Dieu pour nous. "En Jésus, Dieu s'est engagé complètement pour redonner l'espérance aux pauvres, à ceux qui étaient privés de dignité, aux étrangers, aux malades, aux prisonniers, et aux pécheurs qu'il accueillait avec bonté. En tout cela, Jésus était l'expression vivante de la miséricorde du Père". Le Pape a souligné le fait que Jésus accueillait avec bonté les pécheurs qui, si nous y pensons de façon humaine, étaient ses ennemis. Au contraire, le Christ "s'approchait d'eux avec bonté, il les aimait et ainsi leur cœur changeait. Nous sommes tous pécheurs, tous, nous avons tous devant Dieu quelque faute, mais nous ne devons pas perdre confiance parce qu'il s'approche pour nous apporter consolation, pardon et miséricorde. Voilà l'engagement de Dieu, et c'est pourquoi il nous a envoyé Jésus, pour s'approcher de nous tous et ouvrir la porte de son cœur, de son amour, de sa miséricorde".


A partir de cet amour miséricordieux avec lequel Jésus a exprimé l'engagement de Dieu, nous aussi "nous pouvons et devons correspondre à son amour avec notre engagement. Surtout dans les situations de grande nécessité où il y a davantage de soif d'espérance. Je pense à notre engagement avec les personnes abandonnées, celles porteuses d'un handicap lourd, les plus grands malades, les mourants, ceux qui ne sont pas en mesure d'exprimer leur reconnaissance... Dans toutes ces réalités, nous apportons la miséricorde de Dieu par un engagement de vie, qui est témoignage de notre foi dans le Christ. Nous devons toujours apporter cette caresse de Dieu, parce que c'est ainsi que Dieu nous a caressé avec sa miséricorde, à ceux qui en ont besoin, à ceux qui souffrent ou sont tristes: cette caresse qui est la même que celle que Dieu nous a faite". Le Pape a conclu sa catéchèse souhaitant que le Jubilé contribue à ce que nos esprits et nos cœurs sentent au plus profond l'engagement de Dieu pour chacun de nous, et que grâce à cela nous transformions notre vie dans un engagement de miséricorde pour tous.

Communiqué du Secrétariat pour la communication


Cité du Vatican, 22 février 2016 (VIS). Le Secrétariat pour la communication a publié aujourd'hui le communiqué suivant:

"A l'occasion du départ imminent de Radio Vatican du Directeur général, le P.Federico Lombardi, SJ, et du Directeur administratif, M.Alberto Gasbarri, le Préfet du Secrétariat pour la communication, Mgr.Dario Edoardo Viganò, après approbation de la Secrétairerie d'Etat, a nommé ad interim, à partir du 1 mars prochain, comme représentant légal et responsable de la Direction administrative de Radio Vatican, M.Giacomo Ghisani, en vue de gérer les affaires administratives courantes de la Radio dans le contexte de la restructuration des médias en cours au Vatican".

Une note rappelle que par le Motu Proprio du 27 juin 2015, le Pape François a institué le Secrétariat pour la communication afin que tous les organismes, qui jusqu'à présent s'occupaient de la communication, soient intégrés dans un nouveau dicastère de la Curie romaine. Les médias concernés sont le Conseil pontifical pour les communications sociales, la Salle de Presse du Saint-Siège, le Service internet du Vatican, Radio Vatican, le Centre de télévision du Vatican, L'Osservatore Romano, la Typographie vaticane, le Service photographique et la Librairie éditrice du Vatican.

Outre le projet de faisabilité, a été présenté au Conseil des Cardinaux le 9 juin 2015, un calendrier indiquant les étapes du procès d'unification des réalités existantes pour lesquelles il a été aussi précisé, qu'à compter de la publication du Motu Proprio, elles devraient s'en tenir à leur activité dans l'attente des indications données par le Secrétariat pour la communication. Le processus a commencé et, depuis le 1 janvier 2016, le Conseil pontifical pour les communications sociales et la Salle de presse ont déjà été incorporés d'un point de vue administratif et de gestion. La compétence de la Secrétairerie d'Etat n'a pas été modifiée en ce qui concerne la communication institutionnelle.

Cette année, selon le calendrier présenté et approuvé, prévoit l'incorporation de Radio Vatican et du Centre de télévision du Vatican, unifiée déjà en pratique par certains services et pour une meilleure gestion des ressources humaines. Ce contexte explique qu'au terme, fin février, des mandats, quinquennal pour le Directeur de la Salle de Presse et pour cause de départ en retraite pour le Directeur administratif, il ne soit pas encore procédé à leur remplacement mais à la nomination d'un unique Représentant légal et Responsable du service administratif, en la personne de M.Giacomo Ghisani, actuellement Directeur adjoint de la direction générale du Secrétariat pour la communication, disposant d'une très bonne connaissance de Radio Vatican où il a travaillé de nombreuses années comme responsable du service juridique et des relations internationales. Le processus de restructuration s'accompagne de la formulation des nouveaux statuts du dicastère mais aussi de l'institution qui garantira la représentation légale dans les sièges institutionnels, européens et internationaux. Un nouvel organigramme est également prévu.

Le travail qui nous attend est l'occasion de mettre en valeur dans toutes les institutions, les domaines d'excellence et le patrimoine constitué par le multilinguisme et le multiculturalisme. Dans cette phase, le Centre de télévision du Vatican garde comme référent M.Stefano D'Agostini pour l'administration courante. Le personnel de Radio Vatican aura pour référent, outre M.Ghisani pour les questions administratives, le Père Andrzej Majewski, en ce qui concerne l'activité rédactionnelle et la situation des différentes rédactions linguistiques, et M.Sandro Piervenanzi, pour les aspects technologiques, y compris les achats et le développement des projets. Le Secrétariat pour la communication suivra avec une grande attention ce processus pour surmonter toute éventuelle difficulté et garantir le succès du projet.




Audiences


Cité du Vatican, 22 février 2016 (VIS). Le Saint-Père a reçu ce matin:

M.Egas da Costa Freitas, Ambassadeur du Timor Oriental, pour la présentation de ses lettres de créance.

M.Rogelio Francisco Emilio Pfirter, Ambassadeur d'Argentine, pour la présentation de ses lettres de créance.

Vendredi dernier, 19 février, il avait reçu le Cardinal Jean-Louis Tauran, Président du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux, accompagné par le Secrétaire Mgr.Miguel Angel Ayuso Guixot, MMCCJ.


Autres actes pontificaux


Cité du Vatican, 22 février 2016 (VIS). Le Saint-Père a nommé l'Abbé Angel Antonio Recinos Lemus, Evêque de Zacapa y Santo Cristo de Esquípulas (superficie 5.066, population 613.000, catholiques 528.000, prêtres 32, diacres 1, religieux 68), au Guatemala. L'Evêque élu, né en 1963 à Azulco (Guatemala) et ordonné prêtre en 1994, était jusqu'ici curé de paroisse dans ce même diocèse. Licencié en théologie, il a été professeur de séminaire, Directeur de l'Institut de théologie du séminaire national, en charge de la pastorale des indigènes, Représentant du Guatemala près le réseau informatique de l'Eglise en Amérique latine, coordinateur de la Commission pastorale de défense de la nature et curé de paroisses.


Samedi dernier, 20 février, il avait nommé Mgr.Ricardo Lingan Baccay, Evêque d'Alaminos (superficie 24.492, population 684.000, catholiques 565.000, prêtres 52, religieux 111), aux Philippines. Il était jusqu'ici Auxiliaire de l'Archevêque de Tuguegarao (Philippines).

vendredi 19 février 2016

Dans l'avion du retour


Cité du Vatican, 19 février 2016 (VIS). Hier dans l'avion le ramenant à Rome, et comme à son habitude, le Saint-Père a conversé avec les journalistes qui l'ont accompagné tout au long de son périple mexicain. Voici les principales questions auxquelles il a répondu:

Q. Pourquoi ne pas avoir rencontré les familles des 43 disparus d' Ayotzinapa, ou envoyé un message aux familles de milliers de disparus?

R. J'ai continuellement évoqué les meurtres, les vies volées pour tous ces gangs de la drogue et du trafic d'êtres humains. J'ai parlé d'une des plaies qui afflige le Mexique. Il était pratiquement impossible de recevoir tous les groupes. La société mexicaine est une victime de tout cela, de ces crimes, des enlèvements, de ce rejet des gens.

Q. Le drame de la pédophilie a au Mexique des racines dangereuses et douloureuses. Le cas Maciel a laissé une blessure profonde et durable, y compris chez les victimes. On a encore l'impression que le déplacement du prêtre suspect et son changement paroisse sont l'option choisie.

R. Un évêque qui déplace un curé quand sa pédophile est découverte est un inconscient. La meilleure chose à faire pour lui serait de démissionner. Quant au cas Maciel, je voudrais rendre hommage à celui qui a combattu alors qui n'était pas en mesure de s'imposer: Le Cardinal Ratzinger. Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, il avait tout en main. Il mené des enquêtes mais sans pouvoir aller plus loin. Dix jours avant la mort de Jean-Paul II, il avait dit l'urgence de nettoyer l'Eglsie de sa saleté. Lors de la messe d'entrée en conclave, alors qu'il se savait éligible, il ne s'est pas soucié pas de corriger sa position et redit la même chose. Il est l'homme courageux qui a tant aidé pour ouvrir cette porte. Nous poursuivons ce travail, et il a notamment été décidé de nommer un troisième sous-secrétaire pour la Doctrine de la foi, pour prendre en charge spécifiquement la question. Il y a désormais aussi la Commission pour la protection des mineurs, qui renforce son action. Quant à la congrégation fondée par le P.Maciel, le Supérieur général est maintenant élu par le Conseil et le Chapitre général, mais le Vicaire est choisi par le Pape. Deux Conseillers généraux sont élus par le Chapitre Général et deux nommés par le Pape.

Q. Vous avez parlé avec éloquence aujourd'hui des problèmes de l'immigration. Mais de l'autre côté de la frontière, c'est un thème très débattu dans la campagne électorale. L'un des candidats à la Maison Blanche, le républicain Donald Trump, a récemment dit que vous seriez un politique, un pion du gouvernement mexicain et de sa politique de l'immigration. S'il est élu, il veut construire un mur de 2500 km le long de la frontière et expulser onze millions d'immigrants illégaux. Que pensez-vous de cette accusation, et si un catholique américaine peut voter pour un candidat de ce genre.

R. Aristote a dit que l'homme est un animal politique. Etant homme je dois être politique! Un pion? Peut-être, je ne sais pas. A chacun de juger. Quant à une personne qui pense à dresser des murs plutôt que des ponts, elle n'est pas chrétienne. Recommander à l'électeur de voter ou de ne pas voter, je ne veux pas m'en mêler. Ceci dit, s'il a vraiment dit ces choses, cet homme n'est pas chrétien.

Q. La rencontre avec le Patriarche Cyrille a été saluée comme une étape historique. Mais les greco-catholiques d'Ukraine se sentent trahis. Ils parlent de la déclaration commune comme d'un document politique d'appui de la Russie. Pensez-vous aller à Moscou, le Patriarche vous a-t-il invité, peut-être au concile pan-orthodoxe de Crète?

R. J'y serai spirituellement par un message mais aussi dans la prière. Ils entendent inviter des observateurs et il y aura des catholiques. J'aurais aimé m'y rendre mais je dois respecter nos frères orthodoxes. Nous prierons tous pour que l'orthodoxie aille de l'avant. Avec le Patriarche nous avons parlé pendant deux heures et rien n'a filtré. J'ai été surpris et même préoccupé de la réaction de Mgr.Sviatoslav Shevchuk. Je le connais bien, depuis Buenos Aires, et nous avons travaillé quatre ans ensemble. Après son élection, il est revenu chercher ses affaires, et m'a laissé une petite icône. Je l'aie sur mon bureau à Rome. L'Ukraine est en guerre et il faut d'autant plus prier pour eux. Personnellement j'ai salué et encouragé les accords de Minsk. Quant à l'Eglise de Rome et au Pape, ils ont toujours encouragé à rechercher la paix.

Q. Le parlement italien débat des unions civiles. Le débat est violent au sein de la classe politique, de la société, mais aussi parmi les catholiques.

R.Tout d'abord, je ne sais pas ce qui se passe au parlement italien. Le Pape ne doit pas interférer dans la politique italienne. Le Pape étant pour tout le monde, il ne peut entrer dans les débats de politique intérieure. Mon opinion est celle de l'Eglise. Je pense ce que l'Eglise a toujours dit.

Q. En Amérique latine, mais aussi en Europe, la préoccupation grandit face au danger du virus Zika, qui fait courir un grave risque aux femmes enceintes. Certaines autorités ont proposé l'avortement ou éviter une grossesse. Dans ce cas, l'Eglise ne peut prendre en compte en concept de je de «mineur masculin»?

R. L'avortement n'est jamais un moindre mal, mais un crime, le mal absolu. Ce moindre mal de l'avortement comme de la contraception pour prévenir la grossesse touche au cinquième et sixième commandement. Paul VI, le grand, dans une situation difficile en Afrique, accorda une permission pour les religieuses en cas de violence. Evitons de confondre le mal qu'est éviter la grossesse avec l'avortement.

Q. Vous allez recevoir le Prix Charlemagne, l'une des récompenses les plus prestigieuses de la Communauté européenne.

R. J'avais pour habitude de n'accepter aucune distinction ni doctorats honoris causa. Mais Dans ce cas, on ne m'a pas forcé mais le Cardinal Kasper m'a persuadé d'accepter le prix. A Strasbourg j'avais plaidé en faveur d'une maman Europe contre la perspective d'une grand-mère Europe. J'ai récemment lu à propos de la crise une formule qui m'a plu: Une refondation de l'Union européenne. L'Europe est pas vraiment une unité, mais une force, une culture, une histoire dont on ne peut pas se priver. L'Union européenne doit avoir la force et l'Inspiration d'aller de l'avant.

Q. Pendant le voyage, vous avez parlé à beaucoup de familles et de l'Année de la Miséricorde. Comment une Eglise que se dit miséricordieuse peut-elle pardonner plus facilement un assassin que des divorcés remariés?

R. Deux Synodes et le Pape chaque mercredi en ont parlé toute l'année. Il faut une nouvelle pastorale de préparation au mariage. Par exemple, il existe encore trop souvent le recours au mariage à la hâte parce qu'un bébé est en route et qu'il faut sauvegarder socialement l'honneur de la famille. Souvent cela donne des mariages vides. Les évêques doivent aussi penser au bien premier de l'enfant. L'éducation des enfants est un sujet crucial également. Nous devons aller à la rencontre des familles. Lors de la rencontre de Tuxtla, j'ai parlé à un couple de divorcés remariés pour montrer que leur situation doit être intégrée dans la pastorale de l'Eglise. Intégrer a été le mot-clé utilisé au Synode.

Q. Pourront-ils communier?

R. Intégration dans Eglise ne signifie pas communier. Ses portes sont ouvertes, mais on ne peut pas dire qu'à partir de maintenant ces fidèles peuvent prendre la communion. Ce serait une blessure également pour eux.

Q. Les media ont évoqué l'intense correspondance amicale entre Jean-Paul II et la philosophe américaine Anna Tymieniecka. Selon vous, un Pape peut-il avoir un rapport aussi amical avec une femme?

R. Je connaissais cette amitié. Les livres de cette personne sont connus. Pour moi un homme qui ne sait pas avoir de bons amis femme est un homme auquel il manque quelque chose. Une amitié féminine n'est pas un péché. L'homme, même Pape, a besoin de la pensée des femmes. Pensons à François et Claire! A Thérèse d'Avila et Jean de la Croix!

Q. Après Moscou, Le Caire? Un autre dégel s'annonce-t-il avec Al-Azhar?

R. Le Secrétaire Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux, présidé par le Cardinal Tauran, est allé au Caire pour dire que je voudrais rencontrer l'Imam, pour chercher ensemble comment reprendre notre chemin.

Q. Revenant sur la loi qui va être votée par le parlement italien: Quel doit être le comportement des parlementaires catholiques. Le document de 2003 de la Congrégation pour la doctrine de la foi est-il encore valable?

R. Je ne me souviens pas bien du document de 2003. En tout cas un parlementaire catholique doit voter selon sa conscience, selon une conscience bien formée, non selon celle qui me convient.

Q. Pensez-vous déjà à de prochains voyages pastoraux? Quand viendrez-vous en Argentine? Retournerez-vous en Amérique latine, irez-vous en Chine?

R. J'aimerais tant aller en Chine! D'abord je voudrais dire que le peuple mexicain est surprenant, un peuple d'une grande richesse de cultures et de foi. Il a conservé la foi malgré la persécution religieuse. Il a souffert et a ses martyrs. Il ne peut se résumer, pour l'expliquer, au mot peuple. Le mot peuple n'est pas une catégorie logique mais mystique. Au-delà de son héritage millénaire, la vitalité du peuple mexicain s'explique par la Guadalupe. Je vous invite tous à sérieusement étudier la question Guadalupe. La Vierge est là!



jeudi 18 février 2016

Le Pape s'adresse à des détenus en rééducation sociale


Cité du Vatican, 18 février 2016 (VIS). Hier à 10 h locales, le Pape est arrivé à Ciudad Juárez, la dernière étape de son périple mexicain. Située sur la frontière des Etats-Unis, cette ville fait face à El Paso (Texas), formant avec elle une mégalopole de deux millions d'habitants. Grand centre industriel et majeur point de passage frontalier, Ciudad Juárez est la ville la plus violente au monde à cause de la présence de la criminalité dominant la fabrication et le trafic de drogue destinée aux Etats-Unis. Les bandes armées sont largement composées de mexicains expulsés et depuis quatre ans Ciudad Juárez est le terrain d'une guerre sanglante, qui a poussé près de 20% de la population à quitter la ville. A peine arrivé, le Saint-Père s'est rendu au grand centre de rééducation de 3.000 détenus, où opèrent notamment des prêtres spécialisés en pastorale carcérale. Il s'est d'abord rendu dans la chapelle pour parler aux personnels et leur remettre un crucifix artistique en verre, improvisant un petit discours pour la fragilité humaine du Christ sur la croix. Passé dans la grande cour du pénitencier, en présence de 700 détenus et de leurs familles, il a prononcé le discours suivant:

"Je suis sur le point de conclure ma visite au Mexique et je ne voulais pas m’en aller sans venir vous saluer, sans célébrer le Jubilé de la miséricorde avec vous...qui m'avez manifesté beaucoup d’espérance et d’aspirations, mais aussi beaucoup de souffrance, de crainte et d’interrogations. Lors de mon voyage en Afrique, j’ai pu ouvrir à Bangui la première porte de la miséricorde pour le monde entier. Aujourd’hui, uni à vous et avec vous, je veux réaffirmer une fois de plus la confiance à laquelle Jésus nous invite: La miséricorde qui embrasse tout le monde, et jusqu’aux confins de la terre. Il n’y a pas d’endroit où sa miséricorde ne puisse arriver, il n’y a pas de milieu ni de gens qu’elle ne puisse toucher. Célébrer le Jubilé de la miséricorde avec vous, c’est rappeler le chemin que nous devons emprunter pour rompre les cercles de la violence et de la délinquance. Nous avons déjà perdu plusieurs décennies, pensant et croyant que tout se résout en isolant, en écartant, en emprisonnant, en nous débarrassant des problèmes, en croyant que ces mesures solutionnent vraiment les problèmes. Nous avons oublié de nous concentrer sur ce qui doit être réellement notre préoccupation, la vie des personnes, celle de leurs familles et de qui souffre... La miséricorde divine nous rappelle que les prisons sont un symptôme du genre de société que nous formons, elles sont un symptôme, dans de nombreux cas, des silences et des omissions qui ont provoqué une culture du rejet. Elles sont un symptôme d’une culture qui a cessé de miser sur la vie, d’une société qui a abandonné progressivement ses enfants. La miséricorde nous rappelle que la réinsertion ne commence pas ici dans cette enceinte, mais qu’elle commence avant, elle commence dehors, dans les rues de la ville. La réinsertion ou la réhabilitation commence par la création d’un système que nous pourrions qualifier de santé sociale, c'est à dire, d’une société qui cherche non pas à rendre malade en polluant les relations dans le quartier, dans les écoles..., dans les maisons, dans l’ensemble de la société ; mais un système de santé sociale qui permet de générer une culture efficace et qui cherche à prévenir ces situations, ces chemins qui finissent par abîmer et détériorer le tissu social. Il semblerait parfois que les prisons se proposent de mettre les personnes dans l’incapacité de continuer à commettre des délits, plus que de promouvoir les processus de réhabilitation qui permettent de répondre aux problèmes sociaux, psychologiques et familiaux ayant conduit une personne à une attitude déterminée. Le problème de la sécurité ne se résout pas par le seul emprisonnement, mais il est un appel à intervenir pour faire face aux causes structurelles et culturelles de l’insécurité qui touchent tout le tissu social".


"Le soucis qu'a Jésus de répondre aux affamés et aux assoiffés, à ceux qui n’ont pas de toit et aux prisonniers était pour exprimer la miséricorde du Père. Cela devient un impératif moral pour toute société qui désire avoir les conditions nécessaires pour une meilleure cohabitation. Dans la capacité à construire une société qui inclut ses pauvres, ses malades ou ses prisonniers, réside la possibilité que ceux-ci puissent guérir de leurs blessures et être les artisans d’une bonne cohabitation. La réinsertion sociale commence par l’insertion de tous nos enfants dans les écoles et par un travail digne à leurs familles, par la création d’espaces publiques de loisirs et de divertissement, par l’habilitation des instances de participation citoyenne, des services sanitaires, par l’accès aux services de base, pour n’énumérer que quelques mesures. Célébrer le Jubilé de la miséricorde avec vous c’est apprendre à ne pas rester prisonnier du passé, d’hier. C’est apprendre à ouvrir la porte de l’avenir, c’est croire que les choses peuvent être différentes. Célébrer le Jubilé de la miséricorde avec vous, c’est vous inviter à relever la tête et à travailler pour gagner cet espace de liberté désiré. On ne peut revenir en arrière. Nous savons que ce qui a été fait. C’est pourquoi j’ai voulu célébrer avec vous le Jubilé de la miséricorde, puisque cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de possibilité d’écrire une nouvelle histoire en avançant. Vous expérimentez la douleur de la chute, vous sentez le remords à cause de vos actes et je sais que, dans beaucoup de cas, au sein des grandes limitations, que vous cherchez à refaire votre vie dans la solitude. Vous avez connu la force de la douleur et du péché, n’oubliez pas que vous avez à votre portée la force de la résurrection, la force de la miséricorde divine qui renouvelle toute chose. Maintenant, vous pouvez affronter la partie plus dure, la plus difficile, mais qui, peut être, sera celle qui portera plus de fruit: Luttez ici, à l’intérieur, pour inverser les situations qui causent le plus d’exclusion. Parlez avec les vôtres, tirez profit de vos expériences, aidez à briser le cercle de la violence et de l’exclusion. Celui qui a affronté la douleur jusqu’au plus haut point et dont nous pourrions dire il a vécu l’enfer peut devenir prophète dans la société. Travaillez pour que cette société qui utilise et jette ne continue pas à faire des victimes". Félicitant à nouveau le personnel du Centre et saluant "l’effort des aumôniers, les personnes consacrées et les laïcs qui se dévouent pour maintenir vivante l’espérance de l’Evangile de la miséricorde dans la prison", le Pape a demander de prier en silence: "Que chacun demande à Dieu, dans l’intimité du cœur, de nous aider à croire en sa miséricorde. Et je vous demande de ne pas oublier de prier pour moi".

Dieu rejettera les nouveaux esclavagistes


Cité du Vatican, 18 février 2016 (VIS). Après le centre de détention, le Saint-Père s'est rendu vers midi au Collège des bacheliers de l'Etat de Chihuhua pour s'adresser au monde du travail. Voici son intervention:

"J’ai voulu vous rencontrer ici, sur cette terre de Juárez, à cause de la relation spéciale de cette ville avec le monde du travail. Non seulement, je vous remercie pour la salutation de bienvenue et pour vos témoignages, qui ont révélé les soucis, les joies et les espérances que vous expérimentez dans vos vies, mais je voudrais aussi vous remercier pour cette opportunité d’échanges et de réflexion. Tout ce que nous pourrons faire pour dialoguer, pour nous rencontrer, pour chercher de meilleures alternatives et opportunités est déjà un acquis à valoriser et à souligner. Evidemment, cela ne suffit pas, mais aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous permettre le luxe de supprimer les instances de rencontre, de débat, de confrontation, de recherche. C’est pour nous l’unique manière de pouvoir continuer de construire l’avenir, de tisser des relations durables capables d’ériger l’échafaudage nécessaire qui, peu à peu, reconstruira les liens sociaux si abîmés par manque de communication, si abîmés par manque de respect du minimum nécessaire pour une saine cohabitation. Merci et que cette instance serve à construire l’avenir, qu’elle soit une bonne opportunité pour forger le Mexique que votre peuple et vos enfants méritent. Je voudrais m’arrêter sur ce dernier aspect. Aujourd’hui, se trouvent ici diverses organisations de travailleurs ainsi que des représentants de chambres et de corporations d’entreprises. A première vue, vous pouvez paraître antagonistes, mais une même responsabilité vous unit: Chercher à créer des milieux de travail digne et vraiment utile pour la société et surtout pour les jeunes de ce pays. L’un des plus grands fléaux auxquels sont exposés les jeunes est le manque d’opportunités de formation ainsi que de travail durable et rémunéré qui leur permette de faire des projets ; cela crée dans beaucoup de cas des situations de pauvreté. Et donc, cette pauvreté est le meilleur terreau du cercle vicieux du narcotrafic et de la violence. C’est un luxe que personne ne peut se permettre. On ne peut laisser seuls et abandonnés le présent et l’avenir du Mexique".
"Malheureusement, le temps que nous vivons a imposé le paradigme de l’utilité économique comme principe des relations personnelles. La mentalité régnante prône le plus de profits possible, à n’importe quel prix et immédiatement. Non seulement elle provoque la perte de la dimension éthique des entreprises mais on oublie aussi que le meilleur investissement qu’on puisse faire est d’investir dans les gens, dans les personnes, dans leurs familles. Le meilleur investissement est de créer des opportunités. La mentalité régnante met le flux des personnes au service du flux des capitaux, provoquant dans beaucoup de cas l’exploitation des employés comme s’ils étaient des objets à utiliser et à jeter. Dieu demandera compte aux ‘‘esclavagistes’’ d’aujourd’hui, et nous, nous devons faire tout le possible pour que ces situations ne se reproduisent plus. Le flux du capital ne peut déterminer le flux et la vie des personnes. Bien souvent, par rapport à certaines prises de position, on remet en question la doctrine sociale de l’Eglise, en disant Ils veulent que nous soyons des organisations de bienfaisance ou que nous transformions nos entreprises en institutions de philanthropie. L’unique prétention de la doctrine sociale de l’Eglise est de veiller à l’intégrité des personnes et des structures sociales. Chaque fois que, pour diverses raisons, cette intégrité est menacée ou réduite à un bien de consommation, la doctrine sociale de l’Eglise sera la voix prophétique qui nous aidera tous à ne pas nous perdre dans la mer séductrice de l’ambition. Chaque fois que l’intégrité d’une personne est violée, c’est toute la société qui, d’une certaine manière, commence à se détériorer. Et cela n’est contre personne, mais en faveur de tous. Chaque secteur a l’obligation de veiller au bien de l’ensemble ; nous sommes tous dans la même barque. Nous devons tous lutter pour que le travail soit un lieu d’humanisation et d’avenir, pour qu’il soit un espace pour construire la société et la citoyenneté. Cette attitude non seulement crée une amélioration immédiate, mais aussi à la longue se transforme peu à peu en une culture capable de promouvoir des espaces dignes pour tous. Cette culture, née souvent de tensions, donne progressivement naissance à un nouveau type de relations, un nouveau type de nation".

"Quel monde voulons-nous laisser à nos enfants? Je crois qu’en grande majorité, nous pouvons tomber d’accord. C’est précisément cela notre horizon, voilà notre but, et pour eux, aujourd’hui nous devons nous unir et travailler. Il est toujours bon de penser à ce que je voudrais laisser à mes enfants, et c’est également une bonne façon de penser aux enfants des autres. Qu’est-ce que le Mexique voudrait léguer à ses enfants? Veut-il léguer une mémoire d’exploitation, de salaires insuffisants, de harcèlement au travail? Ou bien voudrait-il léguer une culture de la mémoire d’un travail digne, d’un logement décent et d’une terre à travailler? Dans quelle culture voudrions-nous voir naître ceux qui nous suivront? Quelle atmosphère vont-ils respirer? Un air vicié par la corruption, la violence, l’insécurité et la méfiance ou, au contraire, un air capable de créer des alternatives, de générer du renouvellement et du changement? Je sais que ce qui a été abordé n’est pas facile, mais je sais aussi qu’il est pire de laisser l’avenir dans les mains de la corruption, de la sauvagerie, de l’injustice. Je sais également qu’il n’est pas souvent facile de mettre d’accord toutes les parties dans une négociation, mais je sais aussi que le manque de négociation ainsi que le manque de valorisation sont pires et finissent par nous causer plus de dommages. Je sais qu’il n’est pas facile de s’entendre dans un monde toujours plus compétitif, mais il est pire de permettre au monde compétitif de finir par déterminer le destin des peuples. Le profit et le capital ne sont pas un bien au-dessus de l’homme, ils sont au service du bien commun. Et lorsque le bien commun est contraint à être au service du profit et du capital, jugés l’unique gain possible, cela s’appelle l’exclusion".


"Je commençais en vous remerciant pour l’opportunité de nous rencontrer, je voudrais vous inviter à rêver le Mexique, à construire le Mexique que vos enfants méritent: Le Mexique où il n’y aura pas des personnes de première, de deuxième ou de quatrième catégorie, mais le Mexique qui sait reconnaître dans l’autre la dignité de l’enfant de Dieu. Que la Guadalupana, qui s’est manifestée à Juan Diego, et a révélé comment ceux qui étaient apparemment laissés pour compte étaient ses amis privilégiés, vous aide et vous accompagne dans cette construction". 

Messe devant la frontière du Texas


Cité du Vatican, 17 février 2016 (VIS). Le Saint-Père s'est rendu au parc des expositions de Ciudad Juárez, situé le long de la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, pour y célébrer sa dernière messe en terre mexicaine. A l'homélie, situant son propos dans le cadre de l'Année Sainte, il a évoqué un "temps de conversion, le temps du salut, le temps de la miséricorde. Tous ensemble, face à tant de souffrance disons: Pitié pour moi, Seigneur, dans ton amour, selon ta grande miséricorde. Purifie-nous de nos péchés et crée en nous un cœur pur, un esprit nouveau". Puis il a affirmé, à la suite de saint Irénée, que "la gloire de Dieu est la vie de l’homme. La gloire du Père est la vie de ses enfants. Il n’y a pas de plus grande gloire pour un père que de voir la réussite de ses proches. Il n’y a pas pour lui de plus grande satisfaction que de les voir progresser, de les voir grandir et s’épanouir". Alors que Ninive allait disparaître en s’auto-détruisant par sa violence et son injustice, voilà qu’apparut "le Seigneur, secouant le cœur de Jonas, voilà qu’apparut le Père envoyant son messager. Jonas est convoqué pour recevoir une mission", car dans quarante jours Ninive sera détruite: "Va, aide-les à comprendre qu’avec cette manière de se traiter, de se réguler, de s’organiser, ils ne font que provoquer la mort et la destruction, la souffrance et l’oppression. Montre-leur qu’il n’y a de vie pour personne, ni pour le roi ni pour ses sujets, ni pour les champs ni pour le bétail. Va et annonce qu’ils se sont tellement habitués à la dégradation qu’ils ont perdu la sensibilité face à la douleur. Va et dis-leur que l’injustice s’est installée dans leur regard. C’est pour cela que Jonas part. Dieu l’envoie pour mettre en évidence ce qui se passe, il l’envoie pour réveiller un peuple ivre de lui-même. Dans ce texte nous nous trouvons face au mystère de la miséricorde divine. La miséricorde rejette toujours le mal, en prenant au sérieux l’être humain. Elle s’adresse toujours à la bonté endormie, anesthésiée de chaque personne. Loin d’anéantir comme bien souvent nous souhaitons ou voulons le faire, la miséricorde s’approche de toute situation pour la transformer de l’intérieur. C’est précisément le mystère de la miséricorde divine. Elle s’approche et invite à la conversion, elle invite au repentir. Elle invite à voir le dommage qu’on crée à tous les niveaux. La miséricorde pénètre toujours le mal pour le transformer... La miséricorde de Dieu révèle ce qui est notre certitude et notre espérance: Il y a toujours une possibilité de changement, il est temps de réagir et de transformer, de modifier et de changer, de convertir ce qui nous détruit comme peuple, ce qui nous dégrade comme humanité. La miséricorde nous encourage à regarder le présent et à faire confiance à ce qui bat de sain et de bon dans chaque cœur. La miséricorde de Dieu est notre bouclier et notre force". Comme pour Jonas il faut être capables de pleurer, "de pleurer pour l’injustice, de pleurer pour la dégradation, de pleurer pour l’oppression. Ce sont des larmes qui peuvent ouvrir la voie à la transformation, ce sont les larmes...qui peuvent purifier le regard et aider à voir le cercle du péché dans lequel souvent on est enfermé. Ce sont les larmes qui réussissent à rendre sensible le regard ainsi que l’attitude rigide et surtout d’indifférence face à la souffrance d’autrui. Ce sont les larmes qui peuvent provoquer une rupture capable de nous ouvrir à la conversion. Cette parole résonne avec force aujourd’hui au milieu de nous, cette parole est la voix qui crie dans le désert et nous invite à la conversion. En cette année de la miséricorde, je voudrais avec vous, implorer ici la miséricorde divine, je voudrais demander avec vous le don des larmes, le don de la conversion".

"Ici, à Juárez, comme dans d’autres régions frontalières, se sont concentrés des milliers de migrants centre-américains et mexicains qui cherchent à passer de l’autre côté. C'est un parcours parsemé de terribles dangers, avec des personnes réduites en esclavage, séquestrées, victimes d’extorsion et objets du trafic des êtres humains. On ne peut nier la crise humanitaire qui, ces dernières années, a provoqué la migration de milliers de personnes. Par le rail ou la route, souvent à pied. Elles ont parcouru des centaines de kilomètres, franchi montagnes et déserts, des zones inhospitalières. La tragédie humaine que représente la migration forcée constitue désormais un phénomène global. Si cette crise se mesure en chiffres, nous voulons la mesurer par des noms, des histoires, des familles. Ce sont nos frères et sœurs expulsés par la pauvreté et la violence, par le trafic de drogue et la criminalité organisée. A cause des immenses lacunes du droit, toute une série de pièges s'est mise en place, dont sont toujours victimes les plus pauvres. Non seulement ces personnes souffrent de la pauvreté, mais ils doivent subir ces formes de violence. L'injustice radicalise une jeunesse devenue simple chair à canon. Ainsi les jeunes sont-ils persécutés et menacés lorsqu'ils tentent d'échapper à la spirale de la violence et à l'enfer de la drogue. Et de dire tant de femmes auxquelles la vie a été arrachée!".

"Comme les Ninivites, demandons à Dieu le don de la conversion, le don des larmes, demandons-lui d’avoir le cœur ouvert à son appel à travers le visage souffrant de tant d’hommes et de femmes. Plus de mort ni d’exploitation! Il est toujours temps de changer, il y a toujours une issue et une opportunité, il est toujours temps d’implorer la miséricorde du Père. Comme du temps de Jonas, nous comptons sur la conversion. Des signes deviennent lumière sur le chemin et annoncent le salut. Je connais le travail de nombreuses d’organisations de la société civile en faveur des droits des migrants. Je connais également le travail engagé de tant de religieuses, de religieux et prêtres, de laïcs qui se dévouent dans l’accompagnement et la défense de la vie. Ils sont en première ligne, risquant souvent leur propre vie. Par leurs vies, ils sont des prophètes de la miséricorde, ils sont le cœur compréhensif et les pieds solidaires de l’Eglise qui ouvre ses bras et soutient. Le temps de la conversion, le temps du salut, le temps de la miséricorde est donc arrivé".


Avant de prononcer l'homélie, le Pape François s'est adressé aux fidèles suivant la messe de l'autre côté de la frontière, sur de grands écrans dressés au stade universitaire de El Paso, rappelant qu'aucune frontière ne pourra nous empêcher de partager notre vie de communauté chrétienne, de frères et soeurs. 

Le Pape quitte le Mexique rempli d'espoir


Cité du Vatican, 18 février 2016 (VIS). Hier à 19 h locales (3 heures de ce jour à Rome), le Saint-Père s gagné l'aéroport de Ciudad Juárez pour prendre l'avion qui le ramènera à Rome vers 15 h 15'. Saluant les autorités venues prendre congé, il a rendu grâce au Seigneur pour avoir permis cette visite pastorale au Mexique: "Je ne voudrais pas m’en aller sans remercier de leurs efforts ceux qui ont rendu possible ce pèlerinage. Je remercie les autorités fédérales et locales, pour l’intérêt et l’aide prévenante avec lesquels elles ont contribué au bon déroulement du séjour... Merci aussi à tant de serviteurs anonymes qui, dans le silence, ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour que ces jours soient une fête de famille. Je me suis senti accueilli, reçu par l’affection, par la fête, par l’espérance de cette grande famille mexicaine. Merci de m’avoir ouvert les portes de vos vies, de votre pays". Et de citer un poème du grand écrivain mexicain Octavio Paz: "Je suis un homme. Je dure peu et la nuit est immense. Mais je regarde vers le haut, où les étoiles écrivent. Sans saisir, je comprends car je suis également écriture à l’instant même quelqu’un m’épelle". La présence mystérieuse mais réelle de Dieu s'épelle concrètement dans "toutes les personnes, surtout dans les plus pauvres et les plus nécessiteux du Mexique. La nuit peut nous sembler immense et très obscure, mais ces jours-ci j’ai pu constater qu’il y a dans ce peuple beaucoup de lumières qui annoncent l’espérance. J’ai pu voir à travers beaucoup de témoignages, à travers beaucoup de visages, la présence de Dieu qui continue de marcher sur cette terre en vous guidant et en soutenant l’espérance, l'espérance de nombreux hommes et femmes qui, par leur effort quotidien, permettent à la société mexicaine de ne pas rester dans le noir. Ce sont les prophètes de l’avenir, les signes d’une aube nouvelle. Que Marie, la Mère de Guadalupe, continue de vous visiter, qu’elle continue de parcourir ce pays, en vous aidant à être des missionnaires ainsi que des témoins de miséricorde et de réconciliation". 

Autres actes pontificaux


Cité du Vatican, 18 février 2016 (VIS). Le Saint-Père a nommé l'Abbé Felice Accrocca, Archevêque métropolitain de Benevento (superficie 1.691, population 273.700, catholiques 271.700, prêtres 207, diacres 53, religieux 315), en Italie. L'Evêque élu, né en 1959 à Cori (Italie) et ordonné prêtre en 1986, était jusqu'ici Vicaire épiscopal et curé de paroisse dans le diocèse de Latina - Terracina - Sezze - Priverno (Italie). Il succède à Mgr.Andrea Mugione, dont la renonciation a été acceptée pour limite d'âge. Docteur en histoire ecclésiastique, il a été aumônier de l'Action Catholique, secrétaire du Synode diocésain, chancelier, curé de paroisses, rédacteur en chef de la revue diocésaine, directeur de l'école diocésaine de théologie, responsable des séminaristes du diocèse.


mercredi 17 février 2016

Le clergé ne doit pas céder à la tentation de la résignation


Cité du Vatican, 17 février 2016 (VIS). Hier mardi, peu après 8 h 45' h locale, le Pape est arrivé à Morelia, centre géographique du Mexique, capitale de l'état de Michoacán, et depuis 1991 déclarée par l'Unesco patrimoine de l'humanité pour son centre historique. Elle est aussi le siège d'une importante université fondée en 1551 et comptant actuellement plus de 45.000 étudiants. Depuis l'aéroport, le Pape a parcouru en papamobile les 9 kilomètres qui le séparaient du stade Venustiano Carranza, d'une capacité de 20.000 personnes, où l'attendaient les prêtres, religieux et religieuses, consacrés et séminaristes du diocèse. Au cours de la messe, la langue purhépecha a été utilisée pour la prière des fidèles. Le Pape a commencé son homélie sur un ton familier: "Dis-moi comment tu pries et je te dirai comment tu vis, dis-moi comment tu vis et je te dirai comment tu pries. En me montrant comment tu pries, je pourrai découvrir le Dieu que tu vis et en me montrant comment tu vis, je pourrai croire au Dieu que tu pries... En priant, on apprend à prier, comme nous apprenons à marcher, à parler, à écouter. L’école de la prière est l’école de la vie et c’est à l’école de la vie que nous fréquentons l’école de la prière". Puis il a ajouté que Paul disait à son disciple préféré Timothée, quand il lui enseignait ou l'exhortait à vivre la foi, de se souvenir de sa mère et de sa grand-mère. Ainsi a-t-il rappelé que les séminaristes qui entraient au séminaire, lui demandaient souvent: Je voudrais faire une prière plus profonde et plus mentale, et le Pape leur répondait: Ecoute, continue à prier comme on te l’a enseigné à la maison. Et ensuite, peu à peu, ta prière grandira, de même que ta vie a grandi. On apprend à prier comme dans la vie. "Jésus a voulu introduire les siens dans le mystère de la Vie, dans le mystère de sa vie. Il leur a montré ce que signifie être Fils de Dieu, en mangeant, en dormant, en soignant, en prêchant, en priant. Il les a invités à partager sa vie, son intimité et en étant avec lui; il leur a fait toucher dans sa chair la vie du Père. Il leur a fait expérimenter dans son regard, dans sa démarche, la force, la nouveauté de dire: Notre Père. En Jésus, cette expression, Notre Père, n’a pas l’arrière-goût de la routine ou de la répétition; au contraire, elle a le goût de la vie, de l’expérience, de l’authenticité. Il a su vivre en priant et prier en vivant, disant: Notre Père. Et il nous a invités à faire de même. Nous sommes d’abord appelés à faire l’expérience de cet amour miséricordieux du Père dans notre vie, dans notre histoire. Il nous appelle d’abord pour nous introduire dans cette nouvelle dynamique d’amour, de filiation. Nous sommes d’abord appelés à apprendre à dire Notre Père, comme Paul insiste: Abba. Malheur à moi, si je n’évangélise pas, dit Paul, malheur à moi! Car, évangéliser, poursuit-il, n’est pas un motif de gloire mais une nécessité".

"Il nous a invités à participer à sa vie, à sa vie divine, malheur à nous, consacrés, séminaristes, prêtres, évêques, malheur à nous si nous ne la partageons pas, malheur à nous si nous ne sommes pas des témoins de ce que nous avons vu et entendu, malheur à nous! Nous ne voulons pas être des fonctionnaires du divin, nous ne sommes pas, ni ne voulons jamais être des employés de l’entreprise de Dieu, car nous sommes invités à participer à sa vie, nous sommes invités à nous introduire dans son cœur, un cœur qui prie et qui vit en disant: Notre Père. Et qu’est-ce que c’est la mission, sinon dire avec notre vie...Notre Père? C’est ce Père que nous prions avec insistance tous les jours. Et que lui disons-nous, entre autres invocations? Ne nous laisse pas tomber en tentation. Jésus lui-même l’a fait. Il a prié pour que ses disciples, d’aujourd’hui comme d'hier, ne tombent pas en tentation. Quelle peut être l’une des tentations qui peuvent nous assiéger? Quelle peut être l’une des tentations qui provient non seulement de la contemplation de la réalité mais aussi du fait de la vivre? Quelle tentation peut venir de milieux souvent dominés par la violence, la corruption, le trafic de drogue, le mépris de la dignité de la personne, l’indifférence face à la souffrance et à la précarité? Quelle tentation pouvons-nous avoir sans cesse, nous qui sommes appelés à la vie consacrée, au sacerdoce, à l’épiscopat. Quelle tentation pouvons-nous avoir face à tout cela, face à cette réalité qui semble devenir un système inamovible?".

"Je crois que nous pourrions la résumer en un seul mot: résignation. Et face à cette réalité, l’une des armes préférées du démon, la résignation, peut nous tenter. Et que pouvons-nous y faire? La vie est ainsi. Une résignation qui nous paralyse et nous empêche non seulement de marcher, mais aussi de faire du chemin; une résignation qui non seulement nous effraie, mais qui nous fait aussi nous retrancher dans nos sacristies et dans nos sécurités apparentes; une résignation qui non seulement nous empêche d’annoncer, mais qui nous empêche aussi de louer, nous retire l’allégresse, la joie de louer. Une résignation qui non seulement nous empêche de prévoir, mais qui nous empêche aussi de prendre des risques et de transformer. Par conséquent, Notre Père, ne nous laisse succomber à la tentation. Qu’il nous fait du bien de recourir, dans les moments de tentation, à notre mémoire! Comme cela nous aide de regarder l’étoffe dont nous sommes faits. Tout n’a pas commencé avec nous, tout ne finira pas non plus avec nous, c’est pourquoi cela nous fait du bien de récupérer l’histoire qui nous a conduits jusqu’ici! Et dans ce souvenir, nous ne pouvons pas passer sous silence une personne qui tant aimé cet endroit, qui s’est fait fils de cette terre. Une personne qui a su dire d’elle-même: Ils m’ont arraché à la magistrature et ils m’ont placé au timon du sacerdoce à cause de mes péchés. Moi, inutile et entièrement inapte pour l’exécution d’une si grande entreprise; moi, qui ne savais pas manier la pagaie, ils m’ont fait premier évêque de Michoacán".

"Avec vous, je voudrais faire mémoire de cet évangélisateur, connu également comme Tata Vasco, comme l’espagnol qui s’est fait indien. La réalité que vivaient les indiens Purhépecha décrits par lui comme vendus, harcelés et errants dans les marchés, recueillant les miettes jetées au sol, loin de le conduire à la tentation et à la paresse de la résignation, a stimulé sa foi, a stimulé sa vie, a stimulé sa compassion et l’a incité à réaliser divers projets qui ont donné du souffle face à cette réalité si paralysante et injuste. La douleur de la souffrance de ses frères s’est faite prière et la prière s’est faite réponse. Et cela lui a fait donner le nom parmi tous les indiens de Tata Vasco qui, en langue purhépecha, signifie papa. Père, papa, tata, abba…. Voilà la prière, voilà l’expression à laquelle Jésus nous a invités -a conclu le Pape-. Père, papa, abba, ne nous laisse pas tomber dans la tentation de la résignation, ne nous laisse pas tomber dans la tentation de l’acédie, ne nous laisse pas tomber dans la tentation de la perte de la mémoire, ne nous laisse pas tomber dans la tentation d’oublier nos anciens qui nous ont appris par leur vie à dire Notre Père".


Après la messe, le Pape a rejoint l'archevêché où il a déjeuné avant d'aller visiter la cathédrale de la Transfiguration. Dans la sacristie, où à côté de peintures du XVI siècle se trouve un Christ réalisé avec un mélange de mais et de miel selon les techniques pré-hispaniques, 14 recteurs d'université mexicains et 6 représentants d'autres confessions chrétiennes, attendaient le Pape qui s'est entretenu avec eux. Celui-ci a également salué un centaine d'enfants, élèves du catéchisme, réunis dans la cathédrale et les a remercié de leur visite. "Je voudrais vous dire que Jésus vous voit grandir avec beaucoup d'amour. Avec beaucoup d'amour pour être vraiment des chrétiens , pour accomplir le commandement que Jésus nous a donné: aimer Dieu par-dessus tout et notre prochain comme Jésus les a aimé, comme nous-mêmes ou plus, comme lui nous a aimé. Demandons aussi à la Vierge de nous protéger, de nous bénir. Que chacun de vous surtout pense dans son cœur à la famille qu'il a et à ses amis, et si vous vous êtes disputé avec quelqu'un, pensez aussi à lui, et demandez à la Vierge de la protéger lui aussi: c'est une façon de nous faire des amis et pas trop d'ennemis, parce que la vie n'est pas heureuse avec des ennemis, et celui qui fait les vrais amis c'est Dieu dans notre cœur". Le Pape a enfin remercié le chœur qui lui avait chanté une chanson, ajoutant que "l'art, le sport élargissent l'âme et font bien grandir, avec de l'air frais et n'aplatissent pas la vie. Continuez d'être créatifs, continuez ainsi, en cherchant la beauté, les belles choses, les choses qui durent toujours, et ne vous laissez jamais piétiner par personne".

La jeunesse est la première richesse du Mexique


Cité du Vatican, 17 février 2016 (VIS). Hier à 16 h locales, le Pape est arrivé au stade de Morelia, où il s'est adressé à 50.000 jeunes après avoir entendu plusieurs de leurs témoignages quant à leur vie et leurs perspectives. Après avoir de nouveau salué la vitalité, la joie et l’esprit festif du peuple mexicain, il a déclaré qu’un des plus grands trésors de cette terre a un visage jeune. La jeunesse est la première richesse du Mexique:

"On ne peut pas vivre l’espérance, sentir l’avenir si on ne parvient pas d’abord à se valoriser, si on ne parvient pas à sentir que sa vie, ses mains, son histoire en valent la peine. L’espérance naît lorsque l’on peut expérimenter que tout n’est pas perdu. Et pour cela, il faut faire l’effort de commencer par chez-soi, de commencer par soi-même. Tout n’est pas perdu. Je ne suis pas perdu, je vaux, et je vaux beaucoup. La principale menace contre l’espérance, ce sont les discours qui te dévalorisent, qui te font sentir être de seconde catégorie. La principale menace contre l’espérance, c’est quand tu sens que tu ne comptes pour personne ou que tu es laissé de côté. La principale menace contre l’espérance, c’est quand tu sens que cela revient au même que tu sois là ou non. Cela tue, cela nous anéantit, et constitue la porte d’entrée à tant de souffrance. La principale menace contre l’espérance, c’est de se faire croire que l'on commence à avoir de la valeur quand on revêt des habits de marque, dernier cri, ou bien quand on devient célèbre, important parce qu'on a de l’argent. Mais au fond, le cœur ne croit pas que tu es digne d’affection, digne d’amour. La principale menace, c’est quand quelqu’un sent qu’il doit avoir de l’argent pour tout acheter, même l’affection des autres. La principale menace, c’est de croire qu’avoir une grosse voiture te rend heureux".

Vous les jeunes "êtes la richesse du Mexique, vous êtes la richesse de l’Eglise. Je comprends que, souvent, il devient difficile de sentir qu’on est une richesse quand nous voyons des amis ou des proches continuellement exposés à se perdre à cause du narcotrafic, des drogues, des organisations criminelles qui sèment la terreur. Il est difficile de sentir qu’on est la richesse d’une nation quand on n’a pas d’opportunités de travail digne, de possibilités d’études et de formation, quand on ne sent pas que vous sont reconnus les droits qui finissent par vous pousser dans des situations limites. Il est difficile de sentir qu’on est la richesse d’un milieu quand, parce que vous êtes jeunes, on vous utilise à des fins mesquines, en vous séduisant par des promesses qui en fin de compte ne sont pas vraies. Ne croyez pas que je le dise pour vous faire plaisir... Je vous le dis, et j’en suis convaincu, savez-vous pourquoi? Parce que, comme vous, je crois en Jésus-Christ. Et c’est lui qui renouvelle continuellement en moi l’espérance, qui renouvelle continuellement mon regard et m’invite à convertir mon cœur. Oui, je vous le dis parce que, en Jésus, j’ai trouvé Celui qui est capable d’éveiller le meilleur de moi-même. Et c’est grâce à lui que nous pouvons faire du chemin, c’est grâce à lui que sans cesse nous pouvons recommencer, c’est grâce à lui que nous pouvons nous encourager à dire: Ce n’est pas vrai que la seule manière de vivre, de pouvoir être jeune, c’est de remettre sa vie entre les mains du narcotrafic ou de tous ceux qui ne font que semer la destruction et la mort. C’est grâce à lui que nous pouvons dire qu’il n’est pas vrai que la seule manière dont doivent vivre les jeunes ici, c’est dans la pauvreté et dans la marginalisation, dans la marginalisation quant aux opportunités, dans la marginalisation quant aux espaces, dans la marginalisation quant à la formation et à l’éducation, dans la marginalisation quant à l’espérance. Jésus-Christ est celui qui dément toutes les tentatives de vous rendre inutiles, ou simples mercenaires des ambitions d’autrui".

"Vous m’avez demandé une parole d’espérance, celle que je peux vous donner s’appelle Jésus-Christ. Quand tout paraîtra difficile, quand il semblera que le monde s’effondre, embrassez sa croix, embrassez-le et, s’il vous plaît, ne lâchez jamais sa main, s’il vous plaît, ne vous détournez jamais de lui. Car, grâce à lui, il est possible de vivre à fond, grâce à lui il est possible de croire qu’il vaut la peine de donner le meilleur de soi-même, d’être ferment, sel et lumière au milieu de ses amis, de son quartier, de sa communauté. C’est pourquoi, chers amis, je vous demande de ne pas permettre qu’on vous arrache de la main de Jésus, de ne pas vous laisser dévaloriser, de ne pas vous laisser traiter comme de la marchandise. Certes, il est possible que vous n’ayez pas la dernière voiture à la porte, que vous n’ayez pas les poches pleines d’argent, mais vous aurez une chose que personne ne pourra jamais vous arracher: L’expérience de vous sentir aimés, embrassés et accompagnés. C’est l’expérience de se sentir une famille, de se sentir une communauté. Aujourd’hui le Seigneur continue à vous appeler, il continue à vous convoquer, comme il le fit avec Juan Diego. Il vous invite à construire un sanctuaire. Un sanctuaire qui n’est pas un lieu matériel, mais une communauté, un sanctuaire appelé paroisse, un sanctuaire appelé nation. La communauté, la famille, le fait de se sentir citoyen est l’un des principaux antidotes contre tout ce qui nous menace, parce que cela nous permet de nous sentir membre de cette grande famille de Dieu. Non pas pour nous isoler, non pas pour nous enfermer, au contraire, pour sortir inviter les autres, pour sortir annoncer aux autres qu’être jeune au Mexique est la plus grande richesse et que, par conséquent, celle-ci ne peut pas être sacrifiée. Jésus ne nous invite pas à être des mercenaires, mais il nous appelle disciples. Il ne nous enverrait jamais à l’abattoir. Tout en lui est une invitation à la vie. Une vie en famille, une vie en communauté, une famille et une communauté en faveur de la société. Vous êtes la richesse de ce pays, et quand vous en doutez, regardez Jésus-Christ, lui qui vous protège des tentatives de vous rendre inutiles, ou de vous transformer en simples mercenaires des ambitions d’autrui".


Ayant regagné l'aéroport de la ville, le Saint-Père est rentré Mexico où il est arrivé à peu après 19 h 30' locales. Il était 2 h 30' à Rome aujourd'hui.

Condoléances pour la mort de Boutros Boutros-Ghali


Cité du Vatican, 17 février 2016 (VIS). Le Saint-Père a fait parvenir au Secrétaire Général de l'ONU un télégramme de condoléances, à la suite du décès hier au Caire de son prédécesseur (1992 - 1996) M.Boutros Boutros-Ghali (93 ans). Il assure prier pour le repos éternel de cet homme de paix, égyptien copte, juriste, politologue, diplomate et homme d'Etat. Ministre des affaires étrangères de son pays, il fut en 1979 un des principaux acteurs de l'accord de paix israélo-égyptien.  

Autres actes pontificaux


Cité du Vatican, 17 février 2016 (VIS). Le Saint-Père a:

Nommé Mgr.John D. Deshotel, Evêque de Lafayette (superficie 14.962, population 634.000, catholiques 332.000, prêtres 213, diacres 94, religieux 217), aux Etats-Unis d'Amérique. Jusqu'ici Auxiliaire de Dallas (USA), il succède à Mgr.Charles M.Jarrell, dont la renonciation a été acceptée pour limite d'âge.

Nommé l'Abbé Ricardo Hoepers, Evêque de Rio Grande (superficie 12.270, population 300.000, catholiques 211.000, prêtres 29, diacres 11, religieux 72), au Brésil. L'Evêque élu, né en 1970 à Curitiba (Brésil) et ordonné prêtre en 1999, était jusqu'ici Curé de la paroisse St.Augustin de Curitiba. Il succède à Mgr.José Mário Stroeher, dont la renonciation a été acceptée pour limite d'âge. Docteur en théologie, il a été Doyen de la Faculté de philosophie et Vice Recteur du séminaire Bom Pastor, professeur, curé de paroisses, coordinateur diocésain du clergé, membre du Presbyterium et membre du Comité d'éthique de l’Université fédérale du Paraná et de la Société brésilienne de théologie morale.

Nommé le P.Richard Kuuia Baawobr, M.Afr, Evêque de Wa (superficie 18.476, population 700.000, catholiques 341.000, prêtres 104, religieux 186), au Ghana. L'Evêque élu, né en 1959 à Tom-Zendagangn (Ghana), a prononcé ses voeux religieux en 1981 et a été ordonné prêtre en 1987. Jusqu'ici Supérieur général de son ordre, il succède à Mgr.Paul Bemile, dont la renonciation a été acceptée pour limite d'âge. Il a occupé diverses fonctions au sein de son ordre, Vice Grand Chancelier de l'Institut pontifical d'études arabo-islamiques), membre du Synode sur la famille.

Nommé le P.Carlos Alberto Breis Pereira, OFM, Coadjuteur de l'Evêque de Juazeiro (Brésil). L'Evêque élu, né en 1965 à São Francisco do Sul (Brésil), a prononcé ses voeux religieux en 1987 et a été ordonné prêtre en 1994. Il était jusqu'ici Ministre provincial de son ordre à Recife (Brésil). Licencié en théologie, il a été curé de paroisses et a occupé diverses fonctions au sein de son ordre.

Accepté pour limite d'âge la renonciation de Mgr.Dieter Bernd Scholz, SJ à la charge pastorale du diocèse de Chinhoyi (Zimbabwe).

Nommé Mgr.Robert Cristopher Ndlovu, Archevêque de Harare (Zimbabwe), Administrateur apostolique sede vacantedu diocèse de Chinhoyi (Zimbabwe).


mardi 16 février 2016

Le Pape demande pardon aux populations indigènes


Cité du Vatican, 16 février 2016 (VIS). Hier à 9 h locales, le Saint-Père est arrivé par avion à Tuxtla Gutiérrez, la capitale du Chiapas. Malgré les richesses naturelles de cet Etat mexicain confinant avec le Guatemala, sa population est parmi les plus pauvres, avec une basse espérance de vie. De ses quatre millions d'habitants, plus de 30% ne parlent qu'une langue indigène. La rébellion des années 1983 - 1994 a été principalement soutenue en résistance passive par les populations rurales réclamant la possession de la terre, la reconnaissance de leurs droits et de la culture locale. Puis le Pape s'est déplacé en hélicoptère à San Cristóbal de las Casas, ville fondée en 1528 et considérée comme le coeur culturel du Chiapas. Elle porte le nom de son premier évêque (1544 - 1566), le célèbre dominicain espagnol protecteur des amérindiens. La messe, qui a été célébrée en espagnol au stade de la ville en présence de 100.000 fidèles, a inclus trois langues indigènes dont l'usage liturgique a été approuvé par le Saint-Père. En voici l'homélie:

La loi du Seigneur est parfaite qui redonne vie, a-t-il dit en langue locale. "Ainsi commence le psaume que nous avons écouté. La loi du Seigneur est parfaite, et le psalmiste énumère tout ce qu'elle apporte à qui l’écoute et l’observe. La loi du Seigneur redonne vie, rend sage les simples, réjouit le cœur, clarifie le regard. C’est cette loi que le peuple d’Israël avait reçue des mains de Moïse, une loi qui devait l'aider à vivre dans la liberté à laquelle il avait été appelé. Une loi qui est destinée à être lumière sur le chemin du peuple et l’accompagner dans sa marche. Un peuple qui avait subi l’esclavage et le despotisme du pharaon, qui avait expérimenté la souffrance et les abus, jusqu’à ce que Dieu dise Assez, j’ai vu la misère, j’ai entendu les cris, je connais vos souffrances. En cela s'est révélé la nature du Père qui souffre devant la souffrance, les abus, l’injustice subie par ses enfants. Sa parole, sa loi devient alors symbole de liberté, symbole de joie, de sagesse et de lumière. Expérience, réalité qui trouve écho dans cette expression qui naît de la sagesse bercée en ce pays depuis des temps lointains et qui, dans le Popol Vuh, dit ce qui suit: L’aube s’est levée sur toutes les tribus réunies. La face de la terre a tout de suite été assainie par le soleil. L’aube s’est levée pour les peuples qui ont sans cesse marché dans les diverses ténèbres de l’histoire. Dans cette expression, il y a une aspiration à vivre en liberté, il y a une aspiration qui a un goût de terre promise, où l’oppression, les mauvais traitements et la dégradation ne sont pas monnaie courante. Dans le cœur de l’homme, et dans la mémoire de beaucoup de nos peuples, est inscrit le désir d’une terre, d’un temps où le mépris sera vaincu par la fraternité, l’injustice par la solidarité, et où la violence sera réduite au silence par la paix".

"Notre Père non seulement partage ce désir, mais lui-même l’a aussi suscité et le suscite, en nous offrant son fils Jésus-Christ. En lui, nous trouvons la solidarité du Père qui marche à nos côtés. En lui, nous voyons comment cette loi parfaite prend chair et visage, entre dans l’histoire pour accompagner et soutenir son peuple, se fait Voie, Vérité et Vie pour que les ténèbres n’aient pas le dernier mot et que l’aube ne tarde pas à se lever sur la vie de ses enfants. De multiples façons et sous de multiples formes, on a voulu réduire au silence et taire ce désir. De multiples façons, on a voulu anesthésier notre âme, de multiples manières on a essayé d’engourdir et d’endormir la vie de nos enfants et de nos jeunes par l’insinuation que rien ne peut changer ou que ce sont des rêves impossibles. Devant ces manières, la création aussi sait élever la voix" et de rebeller devant "les dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. Nous avons grandi en pensant que nous étions ses propriétaires et ses dominateurs, autorisés à l’exploiter. La violence qu’il y a dans le cœur humain blessé par le péché se manifeste aussi dans les symptômes de maladie que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et dans les êtres vivants. C’est pourquoi, parmi les pauvres les plus abandonnés et maltraités, se trouve notre terre opprimée et dévastée, qui gémit en travail d’enfantement. Le défi environnemental que nous vivons et ses racines humaines nous touchent tous et nous interpellent. Nous ne pouvons plus faire la sourde oreille face à l’une des plus grandes crises environnementales de l’histoire. En cela, vous avez beaucoup de choses à nous enseigner, à enseigner à l’humanité. Vos peuples, comme l’ont reconnu les évêques de l’Amérique latine, savent entrer en relation, d’une manière harmonieuse, avec la nature qu’ils respectent comme source de subsistance, maison commune et autel du partage humain. Cependant, souvent, de manière systématique et structurelle, vos peuples ont été incompris et exclus de la société. Certains ont jugé inférieures vos valeurs, votre culture et vos traditions. D’autres, étourdis par le pouvoir, l’argent et les lois du marché, vous ont dépossédés de vos terres ou ont posé des actes qui les polluent. C’est si triste! Que cela nous ferait du bien, à tous, de faire un examen de conscience et d’apprendre à dire pardon. Le monde d’aujourd’hui, dépouillé par la culture du déchet, a besoin de vous".

"Exposés à une culture qui essaie de supprimer toutes les richesses et caractéristiques culturelles en vue d’un monde homogène, les jeunes ont besoin que la sagesse de leurs anciens ne se perde pas. Le monde d’aujourd’hui, pris par le pragmatisme, a besoin de réapprendre la valeur de la gratuité. Nous affirmons avec certitude que le Créateur ne nous abandonne pas, que jamais il ne fait marche arrière dans son projet d’amour, qu’il ne se repend pas de nous avoir créés. Nous célébrons le fait que Jésus-Christ meurt encore et ressuscite en chaque geste que nous accomplissons envers le plus petit de nos frères. Ayons à cœur de continuer à être témoins de sa Passion, de sa Résurrection en donnant chair à la loi du Seigneur est parfaite qui redonne vie".


A la fin de la messe, le Pape a été salué par un représentant des populations indigènes, reconnaissantes d'être venu les prendre en considération, alors qu'elles vivent si loin de Rome. Il a dit ressentir être compris et encouragés jusque dans la gestion de la terre que Dieu a attribué à leurs ancêtres, et remercié tout particulièrement le Saint-Père d'avoir honoré leur culture en approuvant l'usage liturgique de leurs langues. Du stade, le Pape s'est rendu à l'évêché pour déjeuner avec huit délégués des communautés indigènes. Après quoi, il a gagné la cathédrale pour saluer un groupe de personnes âgées et de malades. Ensuite, il s'est recueilli sur la tombe de Mgr.Samuel Ruiz, décédé en 2011 après quarante ans d'épiscopat, dont la mémoire est vénérée dans tout le Chiapas.  
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