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Le Vatican Information Service (VIS) est un service d'information de la Salle-de-Presse du Saint-Siège. Il propose des informations sur le Magistère et l'activité pastorale du Saint-Père et de la Curie Romaine... []

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lundi 13 juillet 2015

Vêpres en la cathédrale d'Asunción


Cité du Vatican, 12 juillet 2015 (VIS). Après sa rencontre avec les forces vives du pays, le Saint-Père s'est rendu hier en la cathédrale d’Asunción, qui conserve la seule des vingt-neuf croix plantées par Christophe Colomb au cours de ses quatre voyages. Accueilli par la foule, il a reçu des mains du Maire les clefs de la ville et assisté à un bref spectacle traditionnel, avant d'entrer pour célébrer les vêpres avec les prêtres, séminaristes, religieux et membres des mouvements catholiques du Paraguay. Puis il a prononcé le discours suivant: "Qu’il est beau de prier tous ensemble. Comment ne pas rêver d'une Eglise qui reflète et répète l’harmonie des voix et du chant dans la vie quotidienne? Nous le faisons en cette cathédrale tant de fois reconstruite, qui est le signe de l’Eglise et de chacun de nous. Parfois, les tempêtes du dehors et du dedans nous obligent à abattre ce qui a été construit et à recommencer, mais toujours avec l’espérance placée en Dieu... La prière liturgique, avec sa structure et sa forme rythmée, veut exprimer toute l’Eglise, épouse du Christ, qui essaie de se conformer à son Seigneur. Chacun de nous dans notre prière, nous voulons progressivement ressembler à Jésus. La prière fait émerger ce que nous vivons ou que nous devrions vivre dans la vie quotidienne, au moins la prière qui ne veut pas être aliénante ou seulement décorative. La prière nous donne impulsion pour agir ou nous examiner dans ce que nous récitions dans les psaumes: Nous sommes les mains de Dieu qui, du fumier retire le pauvre".

"C’est à nous de travailler afin que la tristesse de la stérilité se transforme en un champ fertile. Nous qui chantons qu’il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens, nous sommes ceux qui luttons, qui nous donnons du mal, nous défendons toute vie humaine, de la naissance jusqu’à ce que le nombre des années s’accroisse et que la force se réduise. La prière est reflet de l’amour que nous ressentons pour Dieu, pour les autres, pour le monde créé. Le commandement de l’amour est la meilleure configuration à Jésus du disciple missionnaire. Etre attachés à Jésus donne profondeur à la vocation chrétienne, liée au faire de Jésus cherche à nous faire ressembler à lui en tout ce qu’il accomplit. La beauté de la communauté ecclésiale naît de l’adhésion de chacun de ses membres à la personne de Jésus, formant un ensemble vocationnel dans la richesse de la variété harmonique. Les antiennes des cantiques de cette fin de semaine nous rappellent l’envoi des Douze par Jésus. Il est toujours bien de grandir dans cette conscience du travail apostolique en communion. Il est beau de vous voir collaborer pastoralement, toujours à partir de la nature et de la fonction ecclésiale de chaque vocation et de chaque charisme. Je désire vous exhorter tous, prêtres, religieux et religieuses, laïcs et séminaristes à vous engager dans cette collaboration ecclésiale, spécialement autour des plans pastoraux des diocèses et de la mission continentale, en coopérant avec toute votre disponibilité au bien commun. Si la division entre nous provoque la stérilité, il n’y a pas de doute que de la communion et de l’harmonie naît la fécondité, parce qu’elles sont profondément consonantes avec l’Esprit".


"Nous avons tous des limites, et personne ne peut reproduire Jésus-Christ dans sa totalité, et bien que chaque vocation se configure principalement avec certains traits de la vie et de l’œuvre de Jésus, il y en a quelques-uns qui sont communs et inaliénables. Nous venons de louer le Seigneur parce qu’il ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, et cela est une caractéristique de toute vocation chrétienne: Celui qui est appelé par Dieu ne se vante pas, ne va pas à la recherche de reconnaissances ni d’applaudissements éphémères, ne croit pas avoir monté en grade et ne traite pas les autres comme s’il était sur un piédestal. Le primat du Christ est décrit clairement dans la liturgie de l'épître aux hébreux: Qu’il vous forme en tout ce qui est bon comme le berger des brebis, le Pasteur par excellence. Cela suppose de reconnaître que chaque consacré se configure à Celui qui dans sa vie terrestre, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications, a atteint la perfection quand il a appris, en souffrant, ce que signifiait obéir. Cela fait aussi partie de notre appel... Le clocher de cette cathédrale a été refait plusieurs fois. Le son des cloches précède et accompagne en de nombreuses occasions notre prière liturgique... Solides comme un clocher, nous sommes joyeux d’annoncer les merveilles de Dieu, de partager le Magnificat en laissant le Seigneur accomplir, à travers notre vie consacrée, de grandes choses au Paraguay".

Visite d'un bidonville à Asunción


Cité du Vatican, 13 juillet 2015 (VIS). La dernière journée du Saint-Père au Paraguay a commencé par une visite à la population du Bañado Norte, un bidonville de la capitale, dans lequel l'Eglise collabore avec les pouvoirs publics. Plusieurs milliers d'habitants s'étaient rassemblés pour le saluer et l'écouter: Je ne pouvais me trouver au Paraguay, leur a-t-il dit, "sans vous rencontrer, sans fouler votre terre. Nous nous rencontrons dans cette paroisse consacrée à la Sainte Famille... En venant ici, tout me rappelait la Sainte Famille. Voir vos visages, vos enfants, vos parents âgés. Écouter vos histoires et tout ce que vous avez réalisé pour être ici, toutes les luttes que vous avez menées pour avoir une vie digne, un toit. Tout ce que vous faites pour vaincre les intempéries, les inondations de ces dernières semaines, tout évoque la petite famille de Bethléem. Une lutte qui ne vous a pas ôté le sourire, la joie, l’espérance. Un combat qui n’a pas enrayé chez vous la solidarité, au contraire il l’a stimulée, l’a fait grandir".


"Je veux m’arrêter sur Joseph et Marie à Bethléem. Ils avaient dû quitter leur terre, leurs proches, leurs amis. Ils avaient dû laisser leurs affaires et aller dans une autre terre. Une terre où ils ne connaissaient personne, où ils n’avaient ni maison ni famille. A ce moment, ce jeune couple eut Jésus. Dans ce contexte, ce jeune couple nous a offert Jésus. Ils étaient seuls, dans une terre étrangère, eux trois. A l’improviste, commencèrent à apparaître des bergers. Des personnes comme eux qui avaient dû abandonner leur propre réalité pour trouver de meilleures opportunités familiales. Leur vie était liée aux intempéries et à des inclémences d’autre genre. Quand ils se rendirent compte de la naissance de Jésus, ils s’approchèrent, ils se firent proches, voisins. Ils devinrent aussitôt la famille de Marie et de Joseph. La famille de Jésus. C’est ce qui arrive quand Jésus apparaît dans notre vie. C’est ce que la foi suscite. La foi nous rend proches, nous fait proches de la vie des autres. La foi suscite notre engagement, notre solidarité. La naissance de Jésus réveille notre vie. Une foi qui ne se fait pas solidarité est une foi morte. C’est une foi sans le Christ, une foi sans Dieu, une foi sans frères. Le premier à être solidaire a été le Seigneur, qui a choisi de vivre parmi nous. Moi, je viens comme ces bergers. Je veux me faire proche. Je veux bénir votre foi, bénir vos mains, bénir votre communauté. Je suis venu pour rendre grâce avec vous, parce que la foi s’est faite espérance et elle est une espérance qui stimule l’amour. La foi que Jésus suscite est une foi qui a la capacité de rêver l’avenir, de lutter pour lui dans le présent. C’est précisément pour cela que je veux vous encourager à continuer à être missionnaires, à continuer à transmettre cette foi..en vous faisant proches spécialement des plus jeunes et des personnes âgées. Je veux recommander vos familles à la Sainte Famille, pour que son modèle, son témoignage continuent à être lumière sur le chemin, encouragement dans les moments difficiles et nous offrent toujours ces bergers capables d’accompagner, de soutenir et de stimuler la vie de vos familles. Je vous invite à prier ensemble et je vous demande de ne pas oublier de prier pour moi". 

Apprendre à être accueillant


Cité du Vatican, 13 juillet 2015 (VIS). La seconde étape de la journée papale d'hier fut la messe célébrée par le Saint-Père sur le Campo grande de Nu Guazú, sanctuaire où Jean-Paul II canonisa en 1988 saint Roque González de Santa Cruz et ses compagnons. Un million et demi de fidèles y ont assisté. Voici l'homélie prononcée par le Pape François: "Le Seigneur donnera ses bienfaits, et notre terre donnera son fruit. Nous sommes invités à célébrer cette mystérieuse communion entre Dieu et son peuple, entre Dieu et nous. La pluie est le signe de sa présence dans la terre travaillée de nos mains. Une communion qui donne toujours du fruit, qui donne toujours la vie. Cette confiance jaillit de la foi, savoir que nous pouvons compter sur sa grâce, qui toujours transformera et irriguera notre terre. Une confiance qui s’apprend, qui s’éduque. Une confiance qui se forme progressivement au sein d’une communauté, dans la vie d’une famille. Une confiance qui devient témoignage sur les visages de tous ceux qui nous stimulent à suivre Jésus, à être disciples de celui qui ne déçoit jamais. Le disciple se sent invité à faire confiance, se sent invité par Jésus à être son ami, à partager son destin, à partager sa vie. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. Je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Les disciples sont ceux qui apprennent à vivre dans la confiance de l’amitié. L’Evangile nous parle de ce que signifie être disciple. Il nous présente la carte d’identité du chrétien. Sa lettre de présentation, ses lettres de créances".

"Jésus appelle ses disciples et il les envoie en leur donnant des règles claires et précises. Il les place face à des défis avec une série d’attitudes, de comportements qu’ils doivent avoir. Souvent elles peuvent nous paraître exagérées ou absurdes, plus facile à lire symboliquement ou spirituellement. Mais Jésus est très précis, il est très clair. Il ne leur dit pas Faites en sorte que ou Faites ce que vous pouvez... Ne prenez rien pour la route, mais seulement un bâton. Pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie. Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y. Cela semblerait quelque chose d’impossible. Nous pourrions nous concentrer sur les paroles comme pain, argent ou sac... Mais il y a une parole-clef, qui risque de passer inaperçue, une parole centrale dans la spiritualité chrétienne, dans l’expérience du fait d’être disciple: l’hospitalité. Jésus, en bon maître, pédagogue, les envoie pour vivre l’hospitalité. Il leur dit: Restez là où l’on vous accueillera. Il les envoie pour apprendre une des caractéristiques fondamentales de la communauté croyante. Nous pourrions dire que le chrétien est celui qui a appris à recevoir, à accueillir. Jésus ne les envoie pas comme des puissants, comme des propriétaires, des chefs, chargés de lois, de règles. Au contraire, il leur indique que le chemin du chrétien est de transformer le cœur. Apprendre à vivre d’une autre manière, avec une autre loi, sous une autre norme. C’est passer de la logique de l’égoïsme, de la fermeture, de l’affrontement, de la division, de la supériorité, à la logique de la vie, de la gratuité, de l’amour. De la logique de la domination, de l’oppression, de la manipulation, à la logique de l’accueil, du recevoir, de la sollicitude. Ce sont deux logiques qui sont en jeu, deux manières d’affronter la vie, la mission. Que de fois pensons-nous la mission sur la base de projets ou de programmes. Que de fois n’imaginons-nous pas l’évangélisation grâce à des milliers de stratégies, de tactiques, de manœuvres, de stratagèmes, cherchant à convertir les personnes avec nos argumentations. Aujourd’hui, le Seigneur nous le dit très clairement. Dans la logique de l’Evangile, on ne convainc pas avec les argumentations, les stratégies, les tactiques, mais en apprenant à accueillir. L’Eglise est la mère au cœur ouvert qui sait accueillir, recevoir, spécialement celui qui a besoin de plus de soin, celui qui est le plus en grande difficulté. L’Eglise est la maison de l’hospitalité. Que de bien pouvons-nous faire si nous acceptons d’apprendre le langage de l’hospitalité, de l’accueil! Que de blessures, que de désespoirs peuvent se soigner dans une maison où l’on peut se sentir accueilli. Hospitalité envers l’affamé, envers l’assoiffé, envers l’étranger, envers celui qui est nu, envers le malade, envers le prisonnier, envers le lépreux, envers le paralytique. Hospitalité envers celui qui ne pense pas comme nous, envers celui qui n’a pas la foi ou l’a perdue. Hospitalité envers le persécuté, envers le chômeur. Hospitalité envers les cultures différentes, dont cette terre est si riche. Hospitalité envers le pécheur. Bien souvent nous oublions qu’il y a un mal qui précède nos péchés. Il y a une racine qui cause beaucoup mais beaucoup de dommages, qui détruit silencieusement de nombreuses vies. Il y a un mal qui, peu à peu, se fait un nid dans notre cœur et consume notre vitalité. C'est la solitude. Solitude qui peut avoir beaucoup de causes, beaucoup de motifs. Combien cela détruit la vie et combien cela nous fait du mal. Elle nous sépare progressivement des autres, de Dieu, de la communauté. Elle nous renferme peu à peu sur nous-mêmes. Et donc, la caractéristique de l’Eglise, de cette mère, ce n’est pas principalement de gérer des choses, des projets, mais c’est d’apprendre à vivre la fraternité avec les autres. Le meilleur témoignage que Dieu est Père est la fraternité accueillante, parce que à ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples. Si vous avez de l’amour les uns pour les autres. De cette façon, Jésus nous ouvre à une logique nouvelle. Un horizon plein de vie, de beauté, de vérité, de plénitude".


"Dieu ne ferme jamais les horizons, Dieu n’est jamais passif devant la vie et la souffrance de ses enfants. Dieu ne se laisse jamais vaincre en générosité. A cause de cela, il nous envoie son fils, il le donne, il le livre et le partage afin que nous apprenions le chemin de la fraternité, du don. C’est définitivement un horizon nouveau, c’est définitivement une Parole nouvelle pour tant de situations d’exclusion, de désagrégation, de fermeture, d’isolement. C’est une Parole qui rompt le silence de la solitude. Et quand nous seront fatigués ou que l’évangélisation deviendra difficile, il est bien de rappeler que la vie que Jésus nous offre répond aux nécessités les plus profondes des personnes, parce que nous avons tous été créés pour l’amitié avec Jésus et l’amour fraternel. Une chose est certaine, nous ne pouvons obliger personne à nous recevoir, à nous héberger, c’est certain et cela fait partie de notre pauvreté et de notre liberté. Mais il est aussi certain que personne ne peut nous obliger à ne pas être accueillants, hospitaliers envers la vie de notre peuple. Personne ne peut nous demander de ne pas accueillir et embrasser la vie de nos frères, surtout de ceux qui ont perdu l’espérance et le goût de vivre. Comme il est beau d’imaginer nos paroisses, nos communautés, nos chapelles, les lieux où se trouvent les chrétiens, comme de vrais centres de rencontre entre nous et Dieu. L’Eglise est mère, comme Marie. En elle nous avons un modèle. Accueillir, comme Marie qui n’a pas dominé ni ne s’est appropriée la Parole de Dieu, mais, au contraire, l’a accueillie, l’a portée dans son sein et l’a donnée. Accueillir comme la terre qui ne domine pas la semence, mais la reçoit, la nourrit et la fait germer. C’est ainsi que nous voulons être nous chrétiens, c’est ainsi que nous voulons vivre la foi sur ce sol paraguayen, comme Marie, en accueillant la vie de Dieu dans nos frères avec confiance, avec la certitude que le Seigneur donnera ses bienfaits, et notre terre donnera son fruit".

Puisse l'Eglise être accueillante à l'image de Marie


Cité du Vatican, 13 juillet 2015 (VIS). A la fin de la messe, l'Archevêque d'Asunción et l'Archevêque pour les orthodoxe de l'Amérique latine ont remercié le Pape, qui s'est adressé à l'assemblée avant de réciter l'angélus: Maintenant "nous tournons notre regard confiant vers la Vierge Marie, Mère de Dieu et notre mère. Elle est le don de Jésus à son peuple. Il nous l’a donnée comme mère à l’heure de la croix et de la souffrance. Elle est fruit de l’oblation du Christ pour nous. Et depuis lors, elle a toujours été et elle sera toujours avec ses enfants, spécialement les plus petits et ceux qui sont le plus dans le besoin. Elle est entrée dans la trame de l’histoire de nos peuples et de leurs gens. Comme en beaucoup d’autres pays de l’Amérique Latine, la foi des paraguayens est imprégnée d’amour pour la Vierge Marie. Vous allez avec confiance chez votre mère, vous lui ouvrez votre cœur, et vous lui confiez vos joies et vos peines, vos espoirs et vos souffrances. La Vierge vous console et, avec la tendresse de son amour, elle allume en vous l’espérance. Ne cessez pas d’invoquer Marie et de lui faire confiance car elle est mère de miséricorde pour tous ses enfants sans distinction. A la Vierge, qui persévéra avec les apôtres dans l’attente de l’Esprit Saint, je demande aussi de veiller sur l’Eglise et de fortifier les liens fraternels entre tous ses membres. Avec l’aide de Marie, que l’Eglise soit la maison de tous, une maison qui sache accueillir, une mère pour tous les peuples... S’il vous plaît, priez aussi pour moi. Je sais bien combien on aime le Pape au Paraguay. Moi aussi je vous porte dans mon cœur et je prie pour vous ainsi que pour votre pays".


Le Pape s'adresse à la jeunesse avant de quitter le Paraguay


Cité du Vatican, 13 juillet 2015 (VIS). Avant de dire au revoir au Paraguay, le Saint-Père a rencontré deux cent mille jeunes sur la promenade du front de mer. Et plutôt que de lire le discours préparé, il préféré répondre aux témoignages qu'avaient présenté trois jeunes. Voici une large synthèse de ses propos: ''Après la lecture de l'Evangile, Orlando est venu me demander de prier pour la liberté de chacun de nous. Cette liberté nous la demandons maintenant tous ensemble parce qu'elle est un don de Dieu. Mais nous devons la recevoir...avec un cœur libre... Gardez votre cœur libre. L'exploitation, le manque de moyens, la toxicomanie, la tristesse, toutes ces choses peuvent emporter notre liberté. Alors...ayons tous le cœur libre, un cœur qui peut parler de l'esprit, qui peut dire ce que vous ressentez, qui vous permet faire ce que vous pensez et ce que vous ressentez... Nous avons entendu deux témoignages: celui de Liz et celui de Manuel. Elle aurait pu facilement mettre sa mère dans une maison de soins, sa grand-mère dans un autre asile, et vivre sa vie de jeune, étudier et se divertir. Non, elle a décidé de consacrer sa vie au service de sa mère et grand-mère qui ont besoin d'aide. Est-elle seule? Non. Elle a parlé d'une tante qui était comme un ange, elle a parlé de ses amis du week-end, de sa communauté d'évangélisation avec le groupe de jeunes qui a nourri sa foi. Et ces deux anges lui ont donné plus de force pour continuer. C'est ce qu'on appelle la solidarité".

"La solidarité. Voilà ce que nous apprend ce témoignage. Manuel n'a pas été favorisé par la vie... Il a dit avoir été exploité et abusé, avoir risqué de tomber dans la dépendance, d'être isolé. Mais au lieu d'aller faire de mauvaises choses, au lieu de sortir voler, il est allé travailler. Au lieu de sortir pour se venger de la vie, il travaille et lutte pour réussir sa vie... Il nous a dit que la vie n'est pas facile pour de nombreux jeunes... Si ma vie est relativement facile pour certains, d'autres garçons et filles n'ont pas sa chance et sa force de caractère. Et ce désespoir les pousse à la criminalité, à la corruption. Ceci dit, nous leur sommes proches, prêts à leur donner un coup de main. Nous devons les aider, avec solidarité, amour et espérance... Il y avait deux phrases belles de Liz et de Manuel.... Liz a dit qu'elle a commencé à connaître Jésus, ce qui lui a ouvert la porte de l'espérance. Et Manuel a affirmé que sa rencontre avec Dieu est devenue sa force... C'est de connaître Dieu, à travers de Jésus, qui donne l'espoir et la force dont nous avons besoin aujourd'hui. Les jeunes jeunes...qui savent qui est Jésus connaissent Dieu... Connaître Jésus. Connaître Dieu, là est notre force. Voilà notre chemin! Mais pour cela, il faut des sacrifices, nous devons marcher à contre-courant. Dans les Béatitudes nous lisons...le plan de Jésus pour nous... Il dit Heureux les pauvres en esprit, et non Bienheureux sont les riches, qui accumulent de l'argent. Heureux ceux qui ont l'âme des pauvres, ceux qui sont capables d'approcher et de comprendre ce qu'est un pauvre. Jésus ne dit pas Heureux ceux qui vont bien, mais ceux qui sont en mesure de partager la souffrance des autres. L'autre jour, un prêtre m'a dit en plaisantant: Vous continuez à conseiller aux jeunes de faire du bruit... Mais ne serait-ce pas mieux de les aider à organiser le désordre et s'organiser!... Si nous ne nous donnons pas un cœur libre, ce sera gâchis. Seule la solidarité nous donnera l'espérance, mais pour cela il faut avoir rencontré Jésus et en lui Dieu, qui est notre force".


Après quoi le Pape François a gagné l'aéroport de Asunción, faisant halte devant le Ycuá Bolanos, pour bénir ce centre commercial reconstruit après le pire accident civil de l'histoire du pays, un incendie qui a provoqué la mort de 400 personnes et fait 500 blessés. L'avion papal a quitté le sol du Paraguay à 19 h locale, pour atterrir à Rome peu avant 14 h (heure de Rome).

Décès du Cardinal Biffi


Cité du Vatican, 11 juillet 2015 (VIS). Le Saint-Père a fait parvenir à l'Archevêque de Bologne (Italie) un télégramme de condoléances à la suite du décès, ce matin à 87 ans, de son prédécesseur le Cardinal Giacomo Biffi. Il y retrace la carrière pastorale du défunt, d'abord curé puis Auxiliaire du diocèse de Milan, avant d'être nommé Archevêque de Bologne. Il a participé à la formation humaine et chrétienne de générations entières par son enseignement et la publication de plusieurs ouvrages. Le Pape évoque aussi l'efficacité de son langage direct et actuel au service de la Parole de Dieu, ainsi que ses prédications des exercices spirituels tenus, en particulier, à la Curie Romaine.

Télégramme après un attentat en Egypte


Cité du Vatican, 11 juillet 2015 (VIS). Le Cardinal Secrétaire d'Etat a envoyé, au nom du Pape François, un télégramme au Président égyptien suite à l'attentat contre le consulat italien au Caire. Rappelant la "vague d'autres attentats qui avait déjà coûté la vie à de nombreuses personnes, le Pape François élève sa ferme condamnation contre de tels actes. Il appelle les acteurs politiques et religieux à tous les niveaux à unir leurs efforts pour combattre avec toujours plus de détermination le fléau du terrorisme et promouvoir la concorde et la solidarité. Le Pape exprime sa vive compassion aux familles affectées et à toutes les personnes touchées par ces violences aveugles, assurant de sa prière. En gage de consolation, il implore l'abondance des bénédictions divines sur tout le peuple égyptien".

Autres actes pontificaux


Cité du Vatican, 11 juillet 2015 (VIS). Le Saint-Père a nommé:

Le Cardinal Luis Antonio G.Tagle, Archevêque de Manille (Philippines) et Président de Caritas Internationalis, Membre du Conseil pontifical Cor Unum.

Mgr.Ennio Apeciti (Italie), Consulteur de la Congrégation pour les causes des saints.

L'Abbé Francesco Massagrande (Italie), Consulteur de la Congrégation pour les causes des saints.

Mgr.Lucas Van Looy, Evêque de Gand (Belgique) et Président de Caritas Europe, Membre du Conseil exécutif de Caritas Internationalis.

Mgr.Youssef Antoine Soueif, Archevêque maronite de Chypre et Président de Caritas Chypre, Membre du Conseil exécutif de Caritas Internationalis.

Mgr.Gerard Patrick Burns (Nouvelle Zélande), Président de Caritas Océanie, Membre du Conseil exécutif de Caritas Internationalis.


Le Cardinal Javier Errázuriz Ossa, son Envoyé spécial au VI Congrès eucharistique national du Mexique (Monterrey, 9 - 13 septembre).

samedi 11 juillet 2015

Hommage à la Vierge de Copacabana


Cité du Vatican, 11 juillet 2015 (VIS). Hier, après la messe privée à l'archevêché de Santa Cruz de la Sierra, rappelant que le Président bolivien lui avait offert au nom du pays plusieurs cadeaux, le Saint-Père a décidé de les confier à la Vierge de Copacabana, la patronne de la Bolivie. Puis il a récité une prière à Marie: Mère du Sauveur, notre mère, Reine de la Bolivie, écoute les suppliques de tes enfants, avant tout des plus pauvres et abandonnés. Protège les. Reçoit ces dons manifestation de l'attachement du peuple bolivien et de ma filiale affection... Ils rappellent la noblesse de ce peuple rassemblé à tes pieds...et le sacrifice du P.Espinal. Puissent-ils être le symbole du grand amour et de la persévérance des boliviens. Je dépose à tes pieds ma prière avec celles de ceux qui m'ont accueilli ces jours-ci. Protège la Bolivie et manifeste à ce pays ta tendresse de femme, de mère et de reine".    

Réclusion n'est pas exclusion


Cité du Vatican, 11 juillet 2015 (VIS). La dernière journée du Pape François a débuté hier par sa visite au pénitencier de Palmasola, où vivent des détenus de toute catégorie, âge et sexe, des assassins aux coupables de larcins. Dans la section visitée sont enfermés 2.800 hommes qui reçoivent chaque jour environ 1.500 visites de parents. La police pénitentiaire gère et contrôle l'enceinte de cette structure pratiquement auto-gérée par les détenus. En présence du Directeur, de l'Aumônier et du Responsable de la pastorale pénitentiaire de la Conférence épiscopale, il a prononcé le discours suivant:

"Je ne pouvais pas quitter la Bolivie sans venir vous rencontrer, sans partager la foi et l’espérance qui naissent de l’amour offert sur la croix. Merci de m’avoir accueilli. Je sais que vous vous êtes préparés et que vous avez prié pour moi. Je vous remercie beaucoup. Dans...les témoignages de ceux qui sont intervenus, j’ai pu constater combien la douleur n’est pas en mesure d’éteindre l’espérance au plus profond du cœur, et que la vie continue à germer avec force dans des circonstances adverses. Qui est devant vous? Vous pourriez vous le demander. J’aimerais répondre à la question avec une certitude de ma vie, avec une certitude qui m’a marqué pour toujours. Celui qui est devant vous est un homme pardonné. Un homme qui a été et qui est sauvé de ses nombreux péchés. Et c’est ainsi que je me présente. Je n’ai pas grand chose de plus à vous donner ou à vous offrir, mais ce que j’ai et ce que j’aime, oui, je veux vous le donner, oui, je veux partager avec vous Jésus-Christ, la miséricorde du Père. Il est venu nous montrer, rendre visible l’amour que Dieu a pour nous. Pour vous, pour moi. Un amour actif, réel. Un amour qui a pris au sérieux la réalité des siens. Un amour qui guérit, pardonne, relève, soigne. Un amour qui s’approche et restitue la dignité. Une dignité que nous pouvons perdre de multiples façons et formes. Mais Jésus est un obstiné. Il a donné sa vie pour cela, pour nous restituer l’identité perdue... Pierre et Paul, disciples de Jésus, ont aussi été prisonniers. Ils ont aussi été privés de la liberté. En cette circonstance, il y a quelque chose qui les a soutenus, quelque chose qui ne les a pas laissé tomber dans le désespoir, dans l’obscurité qui peut jaillir du non sens. Ce fut la prière. Personnelle et communautaire. Ils ont prié et on priait pour eux. Deux mouvements, deux actions qui ensemble forment un réseau qui soutient la vie et l’espérance. Ce réseau nous soutient dans le désespoir et nous stimule à continuer à marcher. Un réseau qui soutient la vie, la vôtre et celle de vos proches. Car, lorsque Jésus entre dans la vie de quelqu’un, celui-ci ne reste pas emprisonné dans son passé, mais il commence à regarder le présent d’une autre manière, avec une autre espérance. Il commence à se regarder lui-même d’autre autre œil, ainsi que sa propre réalité. Il ne reste pas ancré dans ce qui est arrivé, mais il est en mesure de pleurer et d’y trouver la force de recommencer. Et si à certains moments nous nous sentons tristes, mal, abattus, je vous invite à regarder le visage de Jésus crucifié. Dans son regard, nous pouvons tous trouver place. Nous pouvons tous lui confier nos blessures, nos douleurs ainsi que nos péchés. Dans ses plaies, nos plaies trouvent place. Pour être soignées, lavées, transformées, ressuscitées. Il est mort pour vous, pour moi, pour nous donner la main et nous soulager. Parlez avec les prêtres qui viennent, parlez de Jésus qui veut toujours nous relever. Cette certitude nous pousse à travailler pour notre dignité. La réclusion n’est pas la même chose que l’exclusion, parce que la réclusion fait partie d’un processus de réinsertion dans la société. Les éléments qui jouent contre vous sont nombreux en ce lieu: Le surpeuplement, la lenteur de la justice, le manque de thérapies d’occupation et de politiques de réhabilitation, la violence, etc. Et cela rend nécessaire une synergie rapide et efficace entre les institutions pour trouver des réponses. Toutefois, pendant qu’on lutte pour cela, nous ne pouvons pas considérer que tout est perdu. Il y a des choses que nous pouvons faire déjà maintenant".



Ici, "la cohabitation dépend en partie de vous. La souffrance et la privation peuvent rendre notre cœur égoïste et donner lieu à des conflits, mais nous avons aussi la capacité de les transformer en occasion d’authentique fraternité. Aidez-vous entre vous. N’ayez pas peur de vous entraider. Le diable cherche la rivalité, la division, les factions. Luttez pour aller de l’avant. J’aimerais vous demander de porter mes salutations à vos familles. Leur présence et leur aide sont si importantes! Les grands-parents, le père, la mère, les frères, la femme, les enfants. Ils nous rappellent qu’il vaut la peine de vivre et de lutter pour un monde meilleur. Enfin, une parole d’encouragement à tous ceux qui travaillent dans ce centre, aux dirigeants, aux agents de la Police pénitentiaire, à tout le personnel. Vous accomplissez un service public fondamental. Vous avez une mission importante dans ce processus de réinsertion. La mission de relever et non d’abaisser, de donner la dignité et non d’humilier, d’encourager et non de causer de la peine. Un processus qui demande d’abandonner une logique de bons et de mauvais pour passer à une logique centrée sur l’aide à la personne. Cela créera de meilleures conditions pour tous. Car un processus vécu ainsi nous grandit, nous encourage et nous relève tous. Avant de vous donner la bénédiction je voudrais que nous priions un moment en silence. Chacun sait comment le faire. S’il vous plaît, je vous demande de continuer à prier pour moi, parce que j’ai moi aussi mes erreurs et je dois faire pénitence. Merci".

Arrivée du Pape au Paraguay


Cité du Vatican, 11 juillet 2015 (VIS). Hier, après sa visite au pénitencier de Palmasola, le Saint-Père a rencontré l'Episcopat bolivien pendant une heure de dialogue informel. Puis il a gagné l'aéroport de Santa Cruz de la Sierra en voiture panoramique. Après deux heures de vol, l'avion papal a atterri à 15 h locales à Asunción, la capitale du Paraguay. Accueilli par le Président Horacio Manuel Cartes Jara, il a assisté à un bref spectacle exprimant la culture et l'histoire du pays, puis béni la plaque commémorative de la visite de Jean-Paul II en mai 1988. Après quoi, il a rejoint par la route la capitale, faisant une brève halte devant la prison pour femmes du Bon Pasteur. Les détenues ont chanté "Cinquante voix d'espérance" en son honneur. Arrivé en ville, le Pape a gagné la nonciature apostolique avant de se rendre en voiture panoramique au palais présidentiel, où il a prononcé un discours devant les corps constitués du pays et le corps diplomatique:

"Un merci spécial à toutes les personnes et institutions qui ont collaboré avec zèle et dévouement à la préparation de ce voyage en sorte que je me sente à la maison. Il n'est pas difficile de se sentir à la maison en cette terre si accueillante. Le Paraguay est connu comme le cœur de l'Amérique, et non seulement en raison de sa position géographique, mais aussi pour sa chaleureuse hospitalité et la proximité de ses gens. Dès ses premiers pas comme nation indépendante, et jusqu'à des époques très récentes, l'histoire du Paraguay a connu la terrible souffrance de la guerre, de l'affrontement fratricide, du manque de liberté et de violation des droits de l'homme. Que de douleur et de mort! Mais la persévérance et la capacité du peuple paraguayen à se surpasser pour se refaire face à tant d'adversité et pour continuer à s'efforcer de construire une Nation prospère et en une paix, sont admirables. Dans le jardin de ce palais témoin de l'histoire paraguayenne, du temps où ce n'était qu'une rive fréquentée par les guaranis jusqu'aux derniers événements contemporains je veux rendre hommage à ces milliers de paraguayens simples, dont les noms n'apparaîtront pas dans les livres d'histoire, mais qui ont été et continueront d’être de véritables protagonistes de la vie de votre peuple. Et je voudrais reconnaître avec émotion et admiration le rôle joué par la femme paraguayenne en ces moments dramatiques de l'histoire. Sur leurs épaules de mères, d'épouses et de veuves, elles ont porté la plus grande charge, ont su faire avancer leurs familles et leur pays, en insufflant aux nouvelles générations l'espérance d’un lendemain meilleur. Un peuple qui oublie son passé, son histoire, ses racines, n'a pas d'avenir. La mémoire, reposant fermement sur la justice, éloignée de sentiments de vengeance et de haine, transforme le passé en source d'inspiration pour construire un avenir de convivialité et d'harmonie, en nous rendant conscients de la tragédie et l’absurdité de la guerre. Plus jamais de guerres entre frères. Construisons toujours la paix. Egalement une paix de tous les jours, une paix de la vie quotidienne, à laquelle nous participons tous en évitant des gestes arrogants, des paroles blessantes, des attitudes hautaines, et en promouvant en revanche la compréhension, le dialogue et la collaboration".

"Depuis quelques années, le Paraguay s’est engagé dans la construction d'un projet démocratique solide et stable. Il est juste de reconnaître avec satisfaction la grande avancée sur ce chemin grâce à l'effort de tous, même au milieu de grandes difficultés et incertitudes. Je vous encourage à continuer de travailler de toutes vos forces pour consolider les structures et les institutions démocratiques qui donnent une réponse aux justes aspirations des citoyens. La forme de gouvernement adoptée dans votre constitution: Une démocratie représentative, participative et pluraliste fondée sur la promotion et le respect des droits de l'homme, nous éloigne de la tentation de la démocratie formelle que le Document d'Aparecida définissait comme celle qui se contentait d’être fondée sur la transparence des processus électoraux. Dans tous les divers secteurs de la société, mais spécialement dans l'activité publique, le dialogue doit être renforcé comme moyen privilégié pour favoriser le bien commun, sur la base d’une culture de la rencontre, du respect et de la reconnaissance des différences légitimes et des opinions des autres. Il ne faut pas s'arrêter sur ce qui est conflictuel, c'est un exercice intéressant que de décanter dans l'amour de la patrie et du peuple, toute perspective qui naît des convictions d'une option partisane ou idéologique. Et ce même amour doit servir de ressort pour s’améliorer chaque jour davantage dans des gestions transparentes, qui militent avec acharnement contre la corruption".

"Chers amis, dans la volonté de servir et de travailler pour le bien commun, les pauvres et ceux qui sont le plus dans le besoin doivent occuper une place prioritaire. Beaucoup d'efforts sont faits pour que le Paraguay progresse sur la voie de la croissance économique. Des pas importants ont été accomplis dans le domaine de l'éducation et de la santé. Que ne s’arrête pas l'effort de tous les acteurs sociaux, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'enfants sans accès à l'éducation, de familles sans foyer, d’ouvriers sans un travail digne, de paysans sans des terres à cultiver et tant de personnes obligées à émigrer vers un avenir incertain. Qu’il n’y ait plus de victimes de la violence, de la corruption ou du trafic de stupéfiants. Un développement économique qui ne tient pas compte des plus faibles et des défavorisés, n'est pas un vrai développement. La mesure du modèle économique doit être la dignité intégrale de l’être humain, spécialement du plus vulnérable et de celui qui est sans défense. Au nom aussi de mes frères évêques du Paraguay, je désire vous assurer de l'engagement et de la collaboration de l'Eglise catholique dans l’effort commun pour construire une société juste et inclusive, dans laquelle l’on puisse vivre ensemble dans la paix et dans l’harmonie. Car, tous, y compris les pasteurs de l'Eglise, nous sommes appelés à nous préoccuper de la construction d’un monde meilleur. La certitude de notre foi en un Dieu, qui a voulu se faire homme et, vivant parmi nous, a voulu partager notre sort, nous y pousse. Le Christ nous ouvre le chemin de la miséricorde qui, fondée sur la justice, va plus loin et éclaire la charité, pour que personne ne demeure marginalisé dans cette grande famille qu’est le Paraguay, que vous aimez et que vous voulez servir. Avec l’immense joie de me trouver sur cette terre consacrée à la Vierge de Caacupé, j'implore la bénédiction du Seigneur sur vous tous, sur vos familles et surtout sur le cher peuple paraguayen. Que le Paraguay soit fertile, comme l'indique la fleur du passiflore dans le manteau de la Vierge".


Renvoi du procès contre Jozef Wesolowski


Cité du Vatican, 11 juillet 2015 (VIS). A 9 h 30' près le Tribunal de l'Etat de la Cité du Vatican s'est tenue la première audience du procès pénal contre l'ex Nonce en République Dominicaine Józef Wesolowski, accusé de détention de matériel pédo-pornographique et d'actes pédophiles. Le tribunal est composé du Président M.Giuseppe Dalla Torre et des Suppléants M.Piero Antonio Bonnet, M.Paolo Papanti-Pellettier et M.Venerando Marano. Le Promoteur de Justice est M.Gian Piero Milani, assisté de M.Alessandro Diddi et M.Roberto Zannotti. L'avocat de l'accusé est M.Antonello Blasi. En ouverture d'audience, le Promoteur de Justice a notifié l'absence de l'accusé qui n'a pu comparaître car hospitalisé à la suite d'un malaise. Il se trouve dans une structure publique italienne en thérapie intensive. Au titre de l'article 471 du Code de procédure pénale le Tribunal a suspendu l'audience et renvoyé le procès à une date ultérieure, qui sera fixée dès qu'aura cessé la cause de ce renvoi.   

vendredi 10 juillet 2015

Messe d'ouverture du V Congrès eucharistique bolivien


Cité du Vatican, 10 juillet 2015 (VIS). L'Eucharistie, pain partagé pour la vie du monde, tel est le thème du V Congrès eucharistique bolivien que le Pape a inauguré hier à Santa Cruz de la Sierra. La grand messe, qui s'est déroulée sur la place du Rédempteur en présence de près de deux millions de fidèles, a utilisé outre l'espagnol diverses langues indigènes. Voici l'homélie prononcée par le Saint-Père: "Nous sommes venus de divers lieux, régions, localités, pour célébrer la présence vivante de Dieu parmi nous. Nous sommes sortis depuis des heures de nos maisons et communautés pour pouvoir être ensemble, comme peuple saint de Dieu. La croix et l’image de la mission nous portent à l’esprit le souvenir de toutes les communautés qui sont nées au nom de Jésus sur ces terres, dont nous sommes des héritiers. Dans l’Evangile que nous venons d’entendre, est décrite une situation assez semblable à celle que nous vivons. Comme eux, nous sommes désireux d’écouter la parole de Jésus et de recevoir sa vie. Eux hier et nous aujourd’hui, avec le Maître, Pain de vie".

"Ces jours-ci, j’ai pu voir beaucoup de mères avec leurs enfants dans le dos, portant sur elles la vie, l’avenir de leur peuple, portant les raisons de leur joie, de leurs espérances, portant les bénédictions de la terre dans les fruits, portant le travail réalisé de leurs mains. Mains qui ont façonné le présent et qui tisseront les aspirations du lendemain. Mais elles portent aussi sur leurs épaules des déceptions, des tristesses et des chagrins, l’injustice qui semble ne pas avoir de fin et les cicatrices d’une justice qui ne s’est pas réalisée. Elles portent sur elles la joie et la douleur d’une terre. Vous portez la mémoire de votre peuple. Car, les peuples ont une mémoire, une mémoire qui se transmet de génération en génération, une mémoire en chemin. Souvent nous faisons l’expérience de la fatigue de ce chemin, lorsque les forces manquent pour maintenir vivante l’espérance. Que de fois nous vivons des situations qui ont la prétention de nous anesthésier la mémoire, et ainsi s’affaiblit l’espérance et se perdent progressivement les motifs de joie. Et une tristesse qui devient individualiste, qui nous fait perdre la mémoire de peuple aimé, peuple élu, commence à nous gagner. Cette perte nous désagrège, fait en sorte que nous nous fermons aux autres, spécialement aux plus pauvres. Cela peut nous arriver comme aux disciples d’autrefois, quand ils virent le grand nombre de gens qui était là. Ils demandèrent à Jésus de les renvoyer, du moment qu’il était impossible de donner à manger à tout ce monde. Face à tant de situations de faim dans le monde nous pouvons dire: Les chiffres ne sont pas bons, le compte n’y est pas, c’est impossible d’affronter ces situations, et alors le désespoir finit par nous envahir. Dans un cœur désespéré il est très facile que prenne place la logique qui prétend s’imposer dans le monde d’aujourd’hui. Une logique qui cherche à tout transformer en objet d’échange, de consommation, qui rend tout négociable. Une logique qui prétend donner espace à un petit nombre, en écartant tous ceux qui ne produisent pas, qui ne sont pas considérés aptes ou dignes parce que apparemment le compte n’y est pas. Jésus encore une autre fois nous parle et nous dit: Il n’est pas nécessaire qu’ils s’en aillent, donnez-leur vous-mêmes à manger. C’est une invitation qui résonne avec force aujourd’hui pour nous: Personne ne doit s’en aller, c’en est assez des rejets, donnez-leur vous-mêmes à manger. Jésus continue à nous le dire ici même".

"Oui, c'en est assez de ces personnes mises à l’écart. Donnez-leur vous-mêmes à manger. Le regard de Jésus n’accepte pas de logique, ni n’accepte que l'on taille toujours du côté du plus faible, de qui est dans le besoin. En acceptant le pari, lui-même nous donne l’exemple, nous indique la route. Une attitude en trois gestes: Il prend un peu de pain et quelques poissons, les bénit et les donne pour que les disciples les partagent avec les autres. C’est le miracle, et certainement pas de magie ou d’idolâtrie. Jésus, par ces trois actions, réussit à transformer une logique de la mise à l’écart, en une logique de communion, de communauté. Je voudrais souligner brièvement chacune de ces actions. Le point de départ est qu’il prend très au sérieux la vie des siens. Il les regarde dans les yeux et à travers ces yeux il comprend leur vie, leurs sentiments. Il voit dans ces regards ce qui palpite et ce qui a cessé de palpiter dans la mémoire et dans le cœur de son peuple. Il le considère et le valorise. Il valorise tout ce qu’ils peuvent offrir de bon, tout le bien sur la base duquel on peut construire. Mais il ne parle pas des objets ou des biens culturels, ou des idées, mais des personnes. La richesse authentique d’une société se mesure dans la vie de ses gens, elle se mesure dans les personnes âgées qui réussissent à transmettre leur sagesse et la mémoire de leur peuple aux plus petits. Jésus ne néglige jamais la dignité de personne, avec l’excuse qu’il n’a rien à donner ou à partager. Il bénit. Jésus prend sur lui, et il bénit le Père. Il sait que ces dons sont un don de Dieu. C’est pourquoi il ne les traite pas comme une chose quelconque, parce que toute cette vie est le fruit de l’amour miséricordieux. Il le reconnaît. Il va au-delà de la simple apparence et dans le geste de bénédiction, dans la louange, il demande à son Père le don de l’Esprit Saint. Bénir comporte ce double regard, d’une part remercier et de l’autre pouvoir transformer. C’est reconnaître que la vie est toujours un don, un cadeau qui, placé entre les mains de Dieu, acquiert une force de multiplication. Notre Père n’enlève rien, il multiplie tout".


"Dans la vie de Jésus il n’y a pas un geste qui ne soit une bénédiction, et il n’y a pas une bénédiction qui ne soit engagement. La bénédiction est toujours aussi mission, elle a une finalité, partager, le fait de partager ensemble ce qui est reçu, car c’est seulement dans l’engagement, c’est dans le partager-avec que nous trouvons, comme personnes humaines, la source de la joie et nous faisons l’expérience du salut. Un engagement qui désire reconstruire la mémoire d’être un peuple saint, un peuple invité, appelé à porter la joie du salut. Les mains que Jésus lève pour bénir le Dieu du ciel sont les mêmes qui distribuent le pain à la multitude qui a faim. Nous pouvons imaginer comment passaient de main en main les pains et les poissons jusqu’à atteindre ceux qui étaient le plus loin. Jésus réussit à créer un courant entre les siens, tous partageaient ce qu’ils avaient, le faisant devenir don pour les autres et ce fut ainsi qu’ils mangèrent à satiété et incroyablement il en resta : ils le recueillirent en sept corbeilles. Une mémoire prise entre les mains, bénie et offerte rassasie toujours un peuple. L’Eucharistie est pain rompu pour la vie du monde... Elle est sacrement de communion, qui nous fait sortir de l’individualisme pour vivre ensemble la suite de Jésus et nous donne la certitude que ce que nous possédons et ce que nous sommes, si c’est accueilli, béni et offert, par la puissance de Dieu, avec la puissance de son amour, devient pain de vie pour les autres. L'Eglise est une communauté qui fait mémoire. C’est pourquoi, fidèle au mandat du Seigneur, elle répète le: Faites cela en mémoire de moi. Elle actualise de génération en génération, dans les coins les plus divers de notre terre, le mystère du Pain de Vie. Elle nous le rend présent et nous l’offre. Jésus veut que nous participions de sa vie et que, par nous, elle se multiplie dans notre société. Nous ne sommes pas des personnes isolées, séparées, mais le Peuple de la mémoire actualisée et toujours offerte. Une vie qui fait mémoire a besoin des autres, des relations, de la rencontre, d’une solidarité réelle qui soit capable d’entrer dans la logique de l’accueil, de la bénédiction et de l’offrande dans la logique de l’amour. Que Marie, qui, comme beaucoup de vous, a porté sur elle la mémoire de son peuple, la vie de son Fils, et a expérimenté en elle-même la grandeur de Dieu, proclamant avec jubilation qu’il comble de biens les affamés, soit aujourd’hui notre exemple pour nous confier à la bonté du Seigneur, qui accomplit de grandes œuvres par l’humilité de ses serviteurs". 

Ne pas entendre les personnes c'est être sourd à la Parole


Cité du Vatican, 10 juillet 2015 (VIS). Devant 4.000 prêtres, séminaristes et religieux rassemblés au Colisée Don Bosco de Santa Cruz de la Sierra, le Pape a commenté le récit par Marc de l'histoire de Bartimée, un disciple de la dernière heure: "Aveugle et mendiant, il était au bord du chemin, marginalisé, et quand il a appris que Jésus passait, il a commencé à crier au milieu de la foule. Autour de Jésus il y avait les apôtres, les disciples, les femmes qui le suivaient d'habitude, avec qui il a parcouru durant sa vie les chemins de la Palestine pour annoncer le Royaume... On a d'un côté, le cri d'un mendiant et de l'autre, les diverses réactions des disciples. C’est comme si l'Evangéliste voulait nous montrer quel genre d'écho trouva le cri de Bartimée dans la vie des gens et des disciples de Jésus. Comment réagissent-ils en face de la douleur de celui qui est au bord du chemin, de celui qui est replié sur sa douleur? Ceci vaut aujourd'hui pour nous tous, pour toutes les composantes du peuple de Dieu!". De trois manières différentes, passer son chemin, se taire et l'encouragement à se lever. "Passer sans s’arrêter: Certains, peut-être parce qu'ils n'ont pas entendu. Passer, c'est l'écho de l'indifférence, de passer à côté des problèmes et que ceux-ci ne nous touchent pas. Nous ne les entendons pas, nous ne les reconnaissons pas. C'est la tentation de voir la douleur comme quelque chose de naturel, de s'habituer à l'injustice. Nous nous disons que c’est normal, qu'il en a été toujours ainsi. C'est l'écho qui naît dans un cœur blindé, fermé, qui a perdu la capacité d'étonnement et, par conséquent, la possibilité de changement. Il s'agit d'un cœur qui s'est habitué à passer sans se laisser toucher. C'est une existence qui, en passant d'ici vers là-bas, n’arrive pas à s'enraciner dans la vie de son peuple. Nous pourrions l'appeler, la spiritualité du Zapping. Elle passe et repasse, mais rien ne reste. Combien de fois des évêques, des prêtres des religieux entendent sans écouter les cris lancés sur le passage! Ce sont ceux qui courent après la dernière nouveauté, après le dernier Best Seller mais ne réussissent pas à entrer en contact, à entrer en relation, à s’impliquer. On pourrait dire qu'ils étaient attentifs aux paroles du Maître. Je crois que c’est le plus difficile de la spiritualité chrétienne. Comme l'Evangéliste Jean nous le rappelle, comment peut aimer Dieu qu'on ne voit pas celui qui n'aime pas son frère qu'il voit? Diviser cette unité, c'est l'une des grandes tentations qui nous accompagneront tout le long du chemin. Et nous devons en être conscients. Comme nous écoutons notre Père, c’est de cette même manière que nous écoutons le peuple fidèle de Dieu. Passer sans écouter la douleur de nos gens, sans nous enraciner dans leurs vies, dans leur terre, c’est comme écouter la parole de Dieu, sans permettre qu’elle prenne racine en nous et soit féconde. Une plante, une histoire sans racines, c’est une vie sans sève... Non, on ne peut conduire une vie religieuse en pensant, d'accord c'est triste mais il est naturel qu'il y ait des malades, des pauvres, des personnes qui souffrent, qui se lamentent et demandent une aide".

"Tais-toi, c’est la deuxième attitude en face du cri de Bartimée. Tais-toi, ne gêne pas, ne dérange pas. A la différence de l'attitude antérieure, celle-ci écoute, reconnaît, entre en contact avec le cri de l'autre. Elle sait qu'il est là et réagit d'une façon très simple, en le reprenant. C'est l'attitude de ceux qui face au peuple de Dieu, le reprennent continuellement, ronchonnant, en lui ordonnant de se taire. C'est le drame de la conscience isolée, de ceux qui pensent que la vie de Jésus est seulement pour ceux qui se croient aptes. Il semblerait permis que trouvent place seulement les autorisés, une caste de différents qui se sépare peu à peu, en se différenciant de leur peuple. Ils ont fait de l'identité une question de supériorité. Ils écoutent mais n'entendent pas, ils voient mais ne regardent pas. La nécessité de se différencier leur a bloqué le cœur. La nécessité de se dire: Je ne suis pas comme lui, comme eux, les a écartés non seulement du cri de leur gens et de leurs pleurs, mais aussi spécialement des motifs de joie. Rire avec ceux qui rient, pleurer avec ceux qui pleurent, voilà, cela part du mystère du cœur sacerdotal".

Enfin, "Courage, lève-toi. Et finalement nous nous trouvons avec le troisième écho. Un écho qui ne naît pas directement du cri de Bartimée, mais du fait de regarder comment Jésus a agi devant le cri de l'aveugle mendiant. C'est un cri qui se transforme en Parole, en invitation en changement, en proposition de nouveauté face à nos façons de réagir devant le saint peuple de Dieu. Contrairement aux autres, qui passaient, l'Evangile dit que Jésus s'est arrêté et a demandé ce qui se passait. Il s'arrête face au cri d'une personne. Il sort de l'anonymat de la foule pour l'identifier et de cette manière s’engage avec lui. Il s'enracine dans sa vie. Et loin de lui ordonner de se taire, il lui demande: Que puis-je faire pour toi? Il n'a pas besoin de se différencier, de se séparer, il ne le classe pas pour voir s'il est autorisé ou non à parler. Il lui pose seulement une question, l’identifie en voulant faire partie de la vie de cet homme, en voulant assumer le même sort que lui. Ainsi il lui restitue peu à la peu la dignité qu'il avait perdue, il l'inclut. Loin de le voir du dehors, il décide de s’identifier à ses problèmes et ainsi lui manifester la force transformatrice de la miséricorde. Il n’existe pas de compassion qui ne s'arrête pas, n’écoute pas et ne se solidarise pas avec l'autre. La compassion n'est pas du Zapping, ce n'est pas d'étouffer la douleur, au contraire, c'est la logique même de l'amour. C'est la logique qui ne se concentre pas sur la peur mais sur la liberté qui naît du fait d'aimer et met le bien de l'autre au-dessus de toutes choses. C'est la logique qui naît du fait de ne pas avoir peur de s'approcher de la douleur de nos gens. Bien que souvent, ce ne soit que pour être à leur côté et pour faire de ce moment une opportunité de prière. C'est la logique du fait d’être disciple, c'est ce que fait l'Esprit avec nous et en nous. De cela, nous sommes témoins. Un jour, Jésus nous a vus au bord du chemin, assis sur nos douleurs, sur nos misères. Il n'a pas étouffé nos cris, au contraire il s'est arrêté, s'est approché et nous a demandé ce qu'il pouvait faire pour nous. Et grâce à tant de témoins, qui nous ont dit : ‘‘courage lève-toi’’, peu à peu nous avons touché cet amour miséricordieux, cet amour qui transforme, qui nous a permis de voir la lumière. Nous ne sommes pas témoins d'une idéologie, d'une recette, d'une manière de faire de la théologie. Nous sommes témoins de l'amour purificateur et miséricordieux de Jésus. Nous sommes témoins de son agir dans la vie de nos communautés. C'est la pédagogie du Maître, c'est la pédagogie de Dieu avec son Peuple. Passer de l'indifférence du Zapping au Courage, lève-toi, le Maître t’appelle. Non parce que nous sommes spéciaux, non parce que nous sommes meilleurs, non parce que nous sommes fonctionnaires de Dieu, mais seulement parce que nous sommes des témoins reconnaissants de la miséricorde qui nous transforme".


"Nous ne sommes pas seuls sur ce chemin. Nous nous aidons les uns les autres par l'exemple et la prière. Nous avons autour de nous une multitude de témoins. Souvenons-nous de la bienheureuse Nazaria Ignacia, qui a dédié sa vie à l'annonce du Royaume à travers l'attention aux personnes âgées, avec la ‘‘marmite du pauvre’’ pour ceux qui n'avaient pas à manger, en ouvrant des asiles pour les enfants orphelins, des hôpitaux pour les blessés de la guerre, et même en créant un syndicat féminin pour la promotion de la femme. Souvenons-nous aussi de la vénérable Virginia Blanco Tardío, totalement dévouée à l'évangélisation et au soin des personnes pauvres et malades. Elles et tant d’autres constituent un encouragement sur notre chemin. Allons de l’avant grâce à l'aide de Dieu et à la collaboration de tous. Le Seigneur se sert de nous pour que sa lumière arrive aux confins de la terre".

Rencontre du Pape avec les Mouvements populaires


Cité du Vatican, 10 juillet 2015 (VIS). Le dernier rendez-vous du Pape François hier en Bolivie a été son intervention devant la II Rencontre mondiale des Mouvements populaires à Santa Cruz de la Sierra, organisée en collaboration avec le Conseil pontifical Iustitia et Pax et l'Académie pontificale des sciences sociales. La manifestation regroupe trois mille délégués du monde entier, travailleurs précaires, paysans sans terre, habitants de banlieues défavorisées, indigènes et émigrés... La premier Rencontre s'était déroulée au Vatican en octobre dernier, en présence notamment du Président bolivien. Voici le discours du Saint-Père: "J’ai présent à l’esprit cette première rencontre de Rome. Durant ce temps, je vous ai portés dans mon cœur et dans mes prières. Je me réjouis de vous voir ici, échangeant sur les meilleures façons d’affronter les graves situations d’injustice dont souffrent les exclus dans le monde entier... La dernière fois, j’ai senti quelque chose de très beau, la fraternité, l’entraide, l’engagement, la soif de justice. Aujourd’hui, à Santa Cruz de la Sierra, je ressens de nouveau la même chose. Merci pour cela". J’ai appris grâce au Cardinal Turkson "qu’ils sont nombreux dans l’Eglise ceux qui se sentent plus proches des mouvements populaires. Je m'en réjouis beaucoup. De voir l’Eglise ouvrant les portes à vous tous, l’Eglise qui s’implique, accompagne et arrive à systématiser dans chaque diocèse, dans chaque Commission de Justice et Paix, une collaboration réelle, permanente et engagée avec les mouvements populaires. Je vous invite tous, évêques, prêtres et laïcs, ensemble avec les organisations sociales des périphéries urbaines et rurales, à approfondir cette rencontre. Dieu a permis que nous nous voyions une fois encore. La Bible nous rappelle que Dieu écoute le cri de son peuple et je voudrais moi aussi unir de nouveau ma voix à la vôtre: Terre, toit et travail pour tous nos frères et sœurs. Je l’ai dit et je le répète, ce sont des droits sacrés. Cela vaut la peine, cela vaut la peine de lutter pour ces droits. Que le cri des exclus soit entendu en Amérique latine et par toute la terre".

"Commençons par reconnaître que nous avons besoin d’un changement. Je veux clarifier, pour qu’il n’y ait pas de malentendus, que je parle des problèmes communs de tous les latino-américains et, en général, de toute l’humanité. Des problèmes qui ont une racine globale et qu’aujourd’hui aucun pays ne peut résoudre seul. Cette clarification faite, je propose que nous nous posions ces questions:
-Reconnaissons-nous que les choses ne marchent pas bien dans un monde où il y a tant de paysans sans terre, tant de familles sans toit, tant de travailleurs sans droits, tant de personnes blessées dans leur dignité?
-Reconnaissons-nous que les choses ne vont bien quand éclatent tant de guerres absurdes et que la violence fratricide s’empare même de nos quartiers? -Reconnaissons-nous que les choses ne vont pas bien quand le sol, l’eau, l’air et tous les êtres de la création sont sous une permanente menace?
Donc, disons-le sans peur, nous avons besoin d’un changement et nous le voulons.
Par vos lettres comme au cours de nos rencontres, vous m'avez informé des multiples exclusions et les injustices dont vous souffrez dans chaque activité de travail, dans chaque quartier, dans chaque territoire. Elles sont nombreuses et si diverses comme nombreuses et diverses sont les manières de les affronter. Il y a, toutefois, un fil invisible qui unit chacune de ces exclusions. Pouvons-nous le reconnaître? Car, il ne s’agit pas de questions isolées. Je me demande si nous sommes capables de reconnaître que ces réalités destructrices répondent à un système qui est devenu global. Reconnaissons-nous que ce système a imposé la logique du gain à n’importe quel prix sans penser à l’exclusion sociale ou à la destruction de la nature? S’il en est ainsi, disons-le sans peur, nous voulons un changement, un changement réel, un changement de structures. On ne peut plus supporter ce système, les paysans ne le supportent pas, les travailleurs ne le supportent pas, les communautés ne le supportent pas, les peuples ne le supportent pas... Et la terre non plus ne le supporte pas, la sœur terre comme disait saint François. Nous voulons un changement dans nos vies, dans nos quartiers, dans le terroir, dans notre réalité la plus proche, également un changement qui touche le monde entier parce qu’aujourd’hui l’interdépendance planétaire requiert des réponses globales aux problèmes locaux. La globalisation de l’espérance, qui naît des peuples et s’accroît parmi les pauvres, doit substituer cette globalisation de l’exclusion et de l’indifférence! Je voudrais aujourd’hui réfléchir avec vous sur le changement que nous voulons et dont nous avons besoin. Vous savez que récemment j’ai écrit sur les problèmes du changement climatique. Mais, cette fois-ci, je veux parler d’un changement dans l’autre sens. Un changement positif, un changement qui nous fasse du bien. Car nous en avons besoin. Je sais que vous cherchez un changement et pas vous uniquement. Au cours de nos diverses rencontres, au cours de différents voyages, j’ai constaté qu’il existe une attente, une intense recherche, un ardent désir de changement de la part des peuples du monde. Même dans cette minorité toujours plus réduite qui croit bénéficier de ce système règnent l’insatisfaction et spécialement la tristesse. Beaucoup espèrent un changement qui les libère de cette tristesse individualiste asservissante".

"Le temps, frères et sœurs, il semble que le temps soit sur le point de s’épuiser, nous quereller entre nous ne nous a pas suffi, et nous nous nous acharnons contre notre maison. Aujourd’hui, la communauté scientifique accepte ce que depuis longtemps de simples privés dénonçaient déjà on est en train de causer des dommages peut-être irréversibles à l’écosystème. On est en train de châtier la terre, les peuples et les personnes de façon presque sauvage. Et derrière tant de douleur, tant de mort et de destruction, se sent l’odeur de ce que Basile de Césarée appelait le fumier du Diable, l’ambition sans retenue de l’argent qui commande. Le service du bien commun est relégué à l’arrière-plan. Quand le capital est érigé en idole et commande toutes les options des êtres humains, quand l’avidité pour l’argent oriente tout le système socio-économique, cela ruine la société, condamne l’homme, le transforme en esclave, détruit la fraternité entre les hommes, oppose les peuples les uns aux autres, et comme nous le voyons, met même en danger notre maison commune. Je ne veux pas m’étendre en décrivant les effets pernicieux de cette dictature subtile : vous les connaissez. Il ne suffit pas non plus de signaler les causes structurelles du drame social et environnemental contemporain. Nous souffrons d’un certain excès de diagnostic qui nous conduit parfois à un pessimisme charlatanesque ou à nous complaire dans le négatif. En considérant la chronique noire de chaque jour, nous croyons qu’il n’y a rien à faire sauf prendre soin de soi-même ainsi que du petit cercle de la famille et de ceux qui nous sont cher. Alors que puis-je faire, moi, chiffonnier, comptable, ramasseur d’ordures, agent de recyclage, face à tant de problèmes si je gagne à peine assez pour manger? Que puis-je faire, moi, artisan, vendeur ambulant, transporteur, travailleur exclu si je n’ai même pas les droits des travailleurs? Que puis-je faire, moi, paysanne, indigène, pêcheur qui peut à peine résister à l’asservissement des grands groupes? Que puis-je faire, moi, depuis mon bidonville, depuis ma cabane, de mon village, de ma ferme quand je suis quotidiennement discriminé et marginalisé ? Que peut faire cet étudiant, ce jeune, ce militant, ce missionnaire qui parcourt les banlieues et les environs, le cœur plein de rêves, mais sans presqu’aucune solution pour mes problèmes? Ils peuvent faire beaucoup. Vous, les plus humbles, les exploités, les pauvres et les exclus, vous pouvez et faites beaucoup. J'ose vous dire que l'avenir de l'humanité est, dans une grande mesure, dans vos mains, dans votre capacité de vous organiser et de promouvoir des alternatives créatives, dans la recherche quotidienne des 3 T (travail, toit, terre) et aussi, dans votre participation en tant que protagonistes aux grands processus de changement, nationaux, régionaux et mondiaux. Ne vous sous-estimez pas!".

"Vous êtes des semeurs de changement. Ici en Bolivie, j'ai entendu une formule qui me plaît beaucoup, le processus de changement. Le changement conçu non pas comme quelque chose qui un jour se réalisera parce qu’on a imposé telle ou telle option politique ou parce que telle ou telle structure sociale a été instaurée. Nous avons appris douloureusement qu'un changement de structures qui n’est pas accompagné d'une conversion sincère des attitudes et du cœur finit tôt ou tard par se bureaucratiser, par se corrompre et par succomber. Voilà pourquoi me plaît tant l'image du processus, où la passion de semer, d’arroser sereinement ce que d’autres verront fleurir, remplace l'obsession d’occuper tous les espaces de pouvoir disponibles et de voir des résultats immédiats. Chacun de nous n’est qu’une part d’un tout complexe et divers, interagissant dans le temps : des peuples qui luttent pour une signification, pour un destin, pour vivre avec dignité, pour vivre bien. A partir des mouvements populaires, vous assumez des activités de toujours, motivés par l'amour fraternel qui se révèle contre l'injustice sociale. Quand nous regardons le visage de ceux qui souffrent, le visage du paysan menacé, du travailleur exclu, de l'indigène opprimé, de la famille sans toit, du migrant persécuté, du jeune en chômage, de l'enfant exploité, de la mère qui a perdu son fils dans une fusillade parce que le quartier a été accaparé par le trafic de stupéfiants, du père qui a perdu sa fille parce qu'elle a été soumise à l'esclavage ; quand nous nous rappelons ces visages et ces noms, nous sommes retournés face à tant de douleur et nous sommes émus. Car nous avons vu et entendu’, non pas la statistique froide mais les blessures de l'humanité souffrante, nos blessures, notre chair. Cela est très différent de la théorisation abstraite ou de l'indignation élégante. Cela nous émeut, nous fait bouger et nous cherchons l'autre pour bouger ensemble. Cette émotion faite action communautaire ne se comprend pas uniquement avec la raison. Elle a un supplément de sens que seuls comprennent les peuples et qui donne aux vrais mouvements populaires leur mystique particulière. Vous vivez chaque jour au cœur de la tempête humaine. Vous m’avez parlé de vos causes, vos m’avez fait part de vos luttes et je vous en remercie. Chers frères, vous travaillez bien souvent dans ce qui est petit, proche, dans la réalité injuste qui vous a été imposée et à laquelle nous ne vous résignez pas, en opposant une résistance active au système idolâtrique qui exclut, dégrade et tue. Je vous ai vus travailler inlassablement pour la terre et pour l'agriculture paysanne, pour vos territoires et vos communautés, pour la promotion de la dignité de l'économie populaire, pour l'intégration urbaine de vos bidonvilles et campements, pour l'auto construction de logements et le développement d'infrastructure de quartier, et dans tant d'activités communautaires qui visent la réaffirmation de quelque chose de si élémentaire et d’indéniablement nécessaire comme le droit aux 3 T. Cet enracinement dans le quartier, dans la terre, dans le territoire, dans le métier, dans la corporation, ce fait de se reconnaître dans le visage de l'autre, cette proximité de chaque jour, avec ses misères et ses héroïsmes quotidiens, est ce qui permet de vivre le commandement de l'amour, non pas à partir des idées ou des concepts mais à partir de la rencontre authentique entre des personnes, parce que ni les concepts ni les idées ne s'aiment ; ce sont les personnes qui s'aiment. L’engagement, le véritable engagement surgit de l'amour envers des hommes et des femmes, envers des enfants et des vieillards, des populations et des communautés, des visages et des noms qui remplissent le cœur. De ces graines d'espérance semées patiemment dans les périphéries oubliées de la planète, de ces bourgeons de tendresse qui luttent pour subsister dans l'obscurité de l'exclusion, croîtront de grands arbres, surgiront des forêts denses d'espérance pour oxygéner ce monde".

"Je constate avec joie que vous travaillez sur ce qui est proche, en soignant les bourgeons, mais, en même temps, dans une perspective plus ample, en protégeant le bosquet. Vous travaillez dans une perspective qui non seulement aborde la réalité sectorielle que chacun de vous représente et dans laquelle il est heureusement enraciné, mais vous cherchez également à affronter à la racine les problèmes généraux de pauvreté, d'inégalité et d'exclusion. Je vous en félicite. Il est indispensable que, avec la revendication de leurs droits légitimes, les peuples et leurs organisations sociales construisent une alternative humaine à la globalisation qui exclut. Vous êtes des semeurs de changement. Que Dieu vous donne courage, joie, persévérance et passion pour continuer à semer. Soyez sûrs que tôt ou tard nous verrons les fruits. Aux dirigeants, je demande d'être créatifs: Ne perdez jamais l’enracinement dans ce qui est proche, parce que le père du mensonge sait usurper de nobles paroles, promouvoir des modes intellectuelles et adopter des positions idéologiques, mais si vous construisez sur des bases solides, sur les besoins réels et sur l’expérience vivante de vos frères, des paysans et des indigènes, des travailleurs exclus et des familles marginalisées, sûrement vous n’allez pas vous tromper. L’Eglise ne peut pas ni ne doit être étrangère à ce processus dans l’annonce de l’Evangile. De nombreux prêtres et agents pastoraux accomplissent une énorme tâche en accompagnant et en promouvant les exclus dans le monde entier, avec des coopératives, en impulsant des initiatives, en construisant des logements, en travaillant avec abnégation dans les domaines de la santé, du sport et de l’éducation. Je suis convaincu que la collaboration respectueuse avec les mouvements populaires peut renforcer ces efforts et fortifier les processus de changement. Ayons toujours présent au cœur la Vierge Marie, une humble fille d’un petit village perdu dans la périphérie d’un grand empire, une mère sans toit qui a su transformer une caverne d’animaux en la maison de Jésus avec quelques langes et une montagne de tendresse. Marie est signe d’espérance pour les peuples qui souffrent les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce que germe la justice. Je prie la Vierge du Carmel, patronne de la Bolivie, afin qu’elle permette que notre rencontre soit ferment de changement. Je voudrais, enfin, que nous pensions ensemble quelques tâches importantes pour ce moment historique, parce que, nous le savons, nous voulons un changement positif pour le bien de tous nos frères et soeurs. Nous voulons un changement qui s’enrichisse, nous le savons aussi, grâce au travail concerté des gouvernements, des mouvements populaires et des autres forces sociales. Mais il n'est pas si facile de définir le contenu du changement, on pourrait dire, le programme social qui reflète ce projet de fraternité et de justice que nous attendons. Dans ce sens, n'attendez pas de ce Pape une recette. Ni le Pape ni l'Eglise n’ont le monopole de l'interprétation de la réalité sociale ni le monopole de proposition de solutions aux problèmes contemporains. J'oserais dire qu'il n’existe pas de recette. L’histoire, ce sont les générations successives des peuples en marche à la recherche de leur propre chemin et dans le respect des valeurs que Dieu a mises dans le cœur, qui la construisent".
"Je voudrais, cependant, proposer trois grandes tâches qui requièrent l'apport décisif de l'ensemble des mouvements populaires:
-La première tâche est de mettre l'économie au service des peuples : les êtres humains et la nature ne doivent pas être au service de l'argent. Disons non à une économie d'exclusion et d'injustice où l'argent règne au lieu de servir. Cette économie tue. Cette économie exclut. Cette économie détruit la terre nourricière. L'économie ne devrait pas être un mécanisme d'accumulation mais l'administration adéquate de la maison commune. Cela implique de prendre jalousement soin de la maison et de distribuer convenablement les biens entre tous. Son objet n'est pas uniquement d'assurer la nourriture ou une convenable subsistance. Ni même, bien que ce serait déjà un grand pas, de garantir l'accès aux 3 T pour lesquels vous luttez. Une économie vraiment communautaire, l’on pourrait dire, une économie d'inspiration chrétienne, doit garantir aux peuples dignité, un accomplissement sans fin Cela implique les 3 T mais aussi l'accès à l'éducation, à la santé, à l'innovation, aux manifestations artistiques et culturelles, à la communication, au sport et au loisir. Une économie juste doit créer les conditions pour que chaque personne puisse jouir d'une enfance sans privations, développer ses talents durant la jeunesse, travailler de plein droit pendant les années d'activité et accéder à une retraite digne dans les vieux jours. C'est une économie où l'être humain, en harmonie avec la nature, structure tout le système de production et de distribution pour que les capacités et les nécessités de chacun trouvent une place appropriée dans l'être social. Vous, et aussi d'autres peuples, vous résumez ce désir ardent d'une manière simple et belle: Vivre bien. Cette économie est non seulement désirable et nécessaire mais aussi possible. Ce n'est pas une utopie et une imagination. C'est une perspective extrêmement réaliste. Nous pouvons l’atteindre. Les ressources disponibles dans le monde, fruit du travail intergénérationnel des peuples et les dons de la création, sont plus que suffisants pour le développement intégral de tout homme et tout l'homme. Le problème est, en revanche, autre. Un système existe avec d'autres objectifs. Un système qui même en accélérant de façon irresponsable les rythmes de la production, même en mettant en œuvre des méthodes dans l'industrie et dans l'agriculture, méthodes préjudiciables à la terre au nom de la productivité, continue de nier à des milliers de millions de frères les droits économiques, sociaux et culturels les plus élémentaires. Ce système porte atteinte au projet de Jésus. La juste distribution des fruits de la terre et du travail humain n'est pas de la pure philanthropie. C'est un devoir moral. Pour les chrétiens, la charge est encore plus lourde, c'est un commandement. Il s'agit de rendre aux pauvres et aux peuples ce qui leur appartient. La destination universelle des biens n'est pas une figure de style de la doctrine sociale de l'Eglise. C'est une réalité antérieure à la propriété privée. La propriété, surtout quand elle affecte les ressources naturelles, doit toujours être en fonction des nécessités des peuples. Et ces nécessités ne se limitent pas à la consommation. Il ne suffit pas de laisser tomber quelques gouttes quand les pauvres agitent cette coupe qui ne se renverse jamais d’elle-même. Les plans d'assistance qui s'occupent de certaines urgences devraient être pensés seulement comme des réponses passagères. Ils ne pourront jamais substituer la vraie inclusion, celle qui donne le travail digne, libre, créatif, participatif et solidaire. Sur ce chemin, les mouvements populaires ont un rôle essentiel, non seulement en exigeant et en réclamant, mais fondamentalement en créant. Vous êtes des poètes sociaux, es créateurs de travail, des constructeurs de logements, des producteurs de nourriture, surtout pour ceux qui sont marginalisés par le marché mondial. J'ai connu de près diverses expériences où les travailleurs, unis dans des coopératives et dans d'autres formes d'organisation communautaire, ont réussi à créer un travail là où il y avait seulement des restes de l'économie idolâtre. Les entreprises récupérées, les marchés aux puces et les coopératives de chiffonniers sont des exemples de cette économie populaire qui surgit de l'exclusion et, petit à petit, avec effort et patience, adopte des formes solidaires qui la rendent digne. Que cela est différent de l’exploitation des marginalisés du marché formel comme des esclaves! Les gouvernements qui assument comme leur la tâche de mettre l'économie au service des peuples doivent promouvoir le raffermissement, l'amélioration, la coordination et l'expansion de ces formes d'économie populaire et de production communautaire. Cela implique d’améliorer les processus de travail, de pourvoir une infrastructure adéquate et de garantir tous les droits aux travailleurs de ce secteur alternatif. Quand l'Etat et les organisations sociales assument ensemble la mission des 3 T, s'activent les principes de solidarité et de subsidiarité qui permettent d'édifier le bien commun dans une démocratie pleine et participative.
-La deuxième tâche est d'unir nos peuples sur le chemin de la paix et de la justice. Les peuples du monde veulent être artisans de leur propre destin. Ils veulent conduire dans la paix leur marche vers la justice. Ils ne veulent pas de tutelles ni d'ingérence où le plus fort subordonne le plus faible. Ils veulent que leur culture, leur langue, leurs processus sociaux et leurs traditions religieuses soient respectés. Aucun pouvoir de fait ou constitué n'a le droit de priver les pays pauvres du plein exercice de leur souveraineté et, quand on le fait, nous voyons de nouvelles formes de colonialisme qui affectent sérieusement les possibilités de paix et de justice parce que la paix se fonde non seulement sur le respect des droits de l'homme, mais aussi sur les droits des peuples particulièrement le droit à l'indépendance. Les peuples de l'Amérique latine ont accouché de leur indépendance politique dans la douleur et, depuis lors, ils ont passé deux siècles d'une histoire dramatique et pleine de contradictions à essayer de conquérir une pleine indépendance. Au cours de ces dernières années, après tant de désaccords, beaucoup de pays latino-américains ont vu croître la fraternité entre leurs peuples. Les gouvernements de la région ont uni leurs efforts pour faire respecter leur souveraineté, celle de chaque pays et celle de l'ensemble de la région, que, comme nos pères, ils appellent si admirablement la Grande Patrie. Je vous demande, frères et sœurs des mouvements populaires, de soigner et d’accroître cette unité. Maintenir l'unité face à toute tentative de division est nécessaire pour que la région croisse dans la paix et la justice. Malgré ces progrès, subsistent encore des facteurs qui compromettent le développement humain équitable et limitent la souveraineté des pays de la Grande Patrie et sous d’autres latitudes de la planète. Le nouveau colonialisme adopte des visages différents. Parfois, c'est le pouvoir anonyme de l'idole argent: Des corporations, des prêteurs sur gages, quelques traités dénommés de libre commerce et l'imposition de mesures d’austérité qui serrent toujours la ceinture des travailleurs et des pauvres. Les évêques latino-américains le dénoncent avec une clarté totale dans le Document d'Aparecida quand ils affirment: Les institutions financières et les entreprises transnationales se fortifient au point de subordonner les économies locales, surtout, en affaiblissant les états, qui apparaissent de plus en plus incapables de conduire des projets de développement au service de leurs populations. En d'autres occasions, sous la noble apparence de la lutte contre la corruption, contre le trafic de stupéfiants ou le terrorisme, des fléaux graves qui requièrent une action internationale coordonnée, nous voyons qu'on impose aux états des mesures qui ont peu à voir avec la résolution de ces questions et bien des fois aggravent les choses. De la même façon, la concentration sous forme de monopoles des moyens de communication sociale qui essaie d'imposer des directives aliénantes de consommation et une certaine uniformité culturelle est l’une des autres formes que le nouveau colonialisme adopte. C'est le colonialisme idéologique. Comme le disent les évêques d'Afrique, souvent on essaie de transformer les pays pauvres en pièces d'un mécanisme, en parties d'un engrenage gigantesque".

"Il faut reconnaître qu'aucun des graves problèmes de l'humanité ne peut être résolu sans l’interaction entre les états et les peuples au plan international. Tout acte d'envergure réalisé dans une partie de la planète se répercute sur l’ensemble en termes économiques, écologiques, sociaux et culturels. Même le crime et la violence se sont globalisés. Par conséquent, aucun gouvernement ne peut agir en marge d'une responsabilité commune. Si nous voulons réellement un changement positif, nous devons humblement assumer notre interdépendance. Mais interaction n'est pas synonyme d'imposition, ce n'est pas une subordination des uns en fonction des intérêts des autres. Le colonialisme, nouveau et ancien, qui réduit les pays pauvres en de simples fournisseurs de matière première et de travail bon marché, engendre violence, misère, migrations forcées et tous les malheurs qui vont de pair, précisément parce que, en ordonnant la périphérie en fonction du centre, le colonialisme refuse à ces pays le droit à un développement intégral. C’est de l’injustice et l’injustice génère la violence qu’aucun recours policier, militaire ni aucun service d'intelligence ne peut arrêter. Disons non aux vieilles et nouvelles formes de colonialisme. Disons oui à la rencontre entre les peuples et les cultures. Bienheureux les artisans de paix. Ici je veux m'arrêter sur un sujet important. Car, quelqu’un pourra dire, avec raison, quand le Pape parle du colonialisme il oublie certaines actions de l'Eglise. Je leur dis, avec peine que de nombreux et de graves péchés ont été commis contre les peuples originaires de l'Amérique au nom de Dieu. Mes prédécesseurs l'ont reconnu, le CELAM l'a dit et je veux le dire également. A l’instar de Jean-Paul II, je demande que l'Eglise s'agenouille devant Dieu et implore le pardon des péchés passés et présents de ses fils. Et je voudrais vous dire, je veux être très clair, comme l’a été Jean-Paul II: Je demande humblement un pardon, non seulement pour les offenses de l’Eglise même, mais pour les crimes contre les peuples autochtones durant ce que l’on appelle la conquête de l’Amérique. Je demande aussi à vous tous, croyants et non croyants, de vous souvenir de tant d'évêques, prêtres et laïcs qui ont annoncé et annoncent la bonne nouvelle de Jésus avec courage et douceur, respect et dans la paix qui sur leur passage en cette vie ont laissé des œuvres émouvantes de promotion humaine et d'amour, souvent auprès des peuples indigènes ou en accompagnant les mouvements populaires de ceux-ci, y compris jusqu'au martyre. L'Eglise, ses fils et ses filles, font partie de l'identité des peuples latino-américains. Une identité qu’ici comme dans d'autres pays certains pouvoirs s’évertuent à effacer, peut-être parce que notre foi est révolutionnaire, parce que notre foi défie la tyrannie de l'idole argent. Aujourd'hui nous voyons avec frayeur comment beaucoup de nos frères au Moyen-Orient et en d'autres endroits du monde sont persécutés, torturés, assassinés pour leur foi en Jésus. Cela, nous devons aussi le dénoncer : en cette troisième guerre mondiale fragmentée que nous vivons, il y a une espèce de génocide en marche qui doit cesser. Frères et sœurs du mouvement indigène latino-américain, permettez-moi de vous manifester mon affection la plus profonde et de vous féliciter pour chercher l’union de vos peuples et cultures, ce que je nomme polyèdre, une forme de cohabitation où les parties conservent leur identité en construisant ensemble une pluralité qui n'attente pas à l’unité, mais la renforce. Votre recherche de cette interculturalité qui combine la réaffirmation des droits des peuples autochtones avec le respect de l'intégrité territoriale des états nous enrichit et nous fortifie tous.
-La troisième tâche, peut-être la plus importante que nous devons assumer aujourd’hui est de défendre la Mère Terre. La maison commune de nous tous est pillée, dévastée, bafouée impunément. La lâcheté dans sa défense est un grave péché. Nous voyons avec une déception croissante comment des sommets internationaux se succèdent les uns après les autres sans aucun résultat important. Il y a un impératif éthique clair, définitif et urgent d’agir, qui n’est pas accompli. On ne peut pas permettre que certains intérêts, qui sont globaux mais non universels, s'imposent, soumettent les pays ainsi que les organisations internationales, et continuent de détruire la création. Les peuples et leurs mouvements sont appelés à interpeller, à se mobiliser, à exiger pacifiquement mais tenacement l'adoption urgente de mesures appropriées. Je vous demande, au nom de Dieu, de défendre la terre. Sur ce thème, je me suis exprimé dûment dans l’encyclique Laudato Si’. Pour finir, je voudrais vous dire de nouveau que l'avenir de l'humanité n'est pas uniquement entre les mains des grands dirigeants, des grandes puissances et des élites. Il est fondamentalement dans les mains des peuples ; dans leur capacité à s’organiser et aussi dans vos mains qui arrosent avec humilité et conviction ce processus de changement. Je vous accompagne. Disons ensemble de tout cœur qu'aucune famille sans logement, aucun paysan sans terre, aucun travailleur sans droits, aucun peuple sans souveraineté, aucune personne sans dignité, aucun enfant sans enfance, aucun jeune sans des possibilités, aucun vieillard sans une vieillesse vénérable. Continuez votre lutte et, s'il vous plaît, prenez grand soin de la terre. Je prie pour vous, je prie avec vous et je veux demander à Dieu notre Père de vous accompagner et de vous bénir, de vous combler de son amour et de vous défendre sur le chemin en vous donnant abondamment cette force qui nous maintient sur pied. Cette force, c’est l'espérance, l'espérance qui ne déçoit pas".


Aujourd'hui 10 juillet, le Pape rendra visite aux détenus d'une prison de haute sécurité, puis rencontrera l'épiscopat bolivien. Peu avant 13 h locales, il gagnera l'aéroport de Santa Cruz de la Sierra d'où l'avion papal décollera à destination du Paraguay.

Autres actes pontificaux


Cité du Vatican, 10 juillet 2015 (VIS). Le Saint-Père a nommé:

Mgr.Dominique Lebrun, Archevêque métropolitain de Rouen (superficie 4.228, population 868.500, catholiques 652.000, prêtres 135, diacres 19, religieux 218), en France. Jusqu'ici Evêque de Saint-Etienne (France), il succède à Mgr.Jean-Charles Descubes, dont la renonciation a été acceptée pour limite d'âge.

Le P.George Bugeja, OFM, Coadjuteur du Vicaire apostolique de Tripoli (Libye). L'Evêque élu, né en 1962 à Xaghara (Malte), a prononcé ses voeux religieux en 1983 et a été ordonné prêtre en 1986. Diplômé en journalisme, il a occupé diverses fonctions au sein de son ordre, a été juge ecclésiastique, curé de paroisse et Official de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples.


Avis


Cité du Vatican, 10 juillet 2015 (VIS). En raison du voyage apostolique en Amérique latine, le bulletin V.I.S. sera diffusé demain samedi 11 juillet.


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